Chapitre 10 : Fuite vers l'Inconnu
— Camélia ! On doit bouger ! C’est dangereux !
Nica tirait sur mon bras afin de m’encourager à continuer notre course, mais je devais m’assurer que mon amant ne se trouvait pas au milieu des combats.
Je glissai un coup d’œil par le côté du mur. J’étais terrifiée à l’idée d’attirer l’attention d’une des créatures car je savais qu’elle se ferait un plaisir de se précipiter sur nous mais cette pensée ne m’empâcha pas d’observer les combattants.
Après avoir compris que les rebels étaient constitués principalement de forces humaines, je savais que si quelqu’un me voyait, il risquait très probablement de penser que j’en faisais partie aussi.
Alors que j’observai la foule en retenant mon souffle, je vis la Hurleuse qui enserrait le cou d’une jeune humaine à l’air affolé. Cette dernière croisa mon regard et ouvrit la bouche avec un air suppliant, comme pour m’appeler à l’aide. Elle fut brusquement interrompue lorsque sa tête se détacha de ses épaules dans un bruit de déchirure répugnant.
Lorsque le crâne de la femme rencontra le sol dans un bruit sourd, la créature se précipita vers d’autres rebels sans s’attarder. J’avais remarqué l’air réjoui qui peignait ses traits disgracieux et le grand sourire que bordaient ses crocs acérés. Elle semboait ravie de la tournure que prenait la situation.
Observant la scène avec attention, je remarquai que certains humains se battaient encore vaillamment contre les forces magiques qui leur faisaient face.
Je vis un garçon bander son arc dans un mouvement maladroit. La flèche qu’il tira se ficha dans l’épaule de la Hurleuse qui lâcha un sifflement de douleur en la retirant.
Elle la relança vers celui qui l’avait blessée et l’arme se planta dans sa jambe. La Hurleuse partit dans un rire cruel en s’approchant de lui, levant une main dans le but de l’achever. Dans les yeux de l’humain se lisait une terreur indicible mais il regardait la mort en face sans broncher. Je me fis violence pour ne pas me précipiter devant le garçon et faire barrage de mon corps mais savais pertinemment que je risquais juste de nous mettre en danger, Nica et moi. C’est pourquoi je détournai les yeux, honteuse de ma propre lâcheté.
Un peu plus loin, des mèches grisonnantes captant les rayons du soleil attirèrent mon attention. Elles s’échappaient de la tresse d’une femme qui se battait contre une créature à la peau violette.
Lorsqu’elle enfonça le crâne de cette dernière à l’aide d’une brique, la créature s’affala et les ombres qui l’entourèrent s’évaporèrent dans les airs. L’humaine repartit de plus belle dans la bataille avec un air triomphant.
Le combat faisait rage depuis plusieurs minutes lorsque le bruit tonitruant de plusieurs hommes au pas de course se fit entendre.
Je sursautai et dirigeai mon regard vers le coin de la rue, qui formait un L en se joignant avec la voisine.
Les gardes royaux apparurent, le capitaine à leur tête, l’air décidé. Les rebels encore en état de se battre détalèrent comme des souris devant un serpent en les apercevant.
Je fermai les yeux et me recachai derrière le mur, ne pouvant pas retenir un haut le cœur. Je me penchai, pantelante tandis que mon estomac se vidait, traçant un sillon brûlant le long de ma gorge. Le simple fait d’imaginer qu’un des cadavres allongés sur les pavés pouvait être mon amant m’emplissait d’un profond sentiment d’effroi. Malgré tout, rien ne me prouvait qu’il se trouvait bien dans le groupe de rebels, si ce n’est la voix qu’il m’avait semble entendre plus tôt.
— Cam ! Bouge ! S’il-te-plaît !
La voix désespérée et tremblante de Nicalina me détourna de mes pensées hantées.
Je la regardai un instant avant de me redresser difficilement, la sueur coulant le long de mes membres.
Imaginer son petit corps brisé par les gardes royaux suffit à me donner le coup de fouet nécessaire pour que je me remette en mouvements.
— Tu as raison. On doit avancer.
Je repris la marche, titubante. Si je lui parlais de Simon, elle voudrait certainement s’assurer elle aussi qu’il était en sécurité. Et je devais lui épargner la vision de la bataille.
Nous courûmes quelques minutes supplémentaires avant que j’aperçoive les bois. Un frisson me parcourut.
J’accélérai le pas pour gagner l’abri rassurant des arbres en tirant la jeune fille sans ménagement. Elle hoquetait, terrifiée.
***
— Il me semblait bien vous avoir vues.
Le timbre étouffé de la voix me fit stopper net une fois de plus.
Nous étions pourtant si proches de l'abri de la forêt. Et voilà que nous avions été rattrapées.
Je me retournai lentement et observai l’homme qui nous faisait face. Suivant la pression sur son épaule, Nicalina passa derrière moi en observant la personne avec méfiance.
— Laissez-nous partir et je vous garantis que nous ne ferons rien. dis-je d’une voix tremblante, sur mes gardes.
Alors qu’il esquissait un pas dans notre direction, j’en fis quelques uns en arrière en pressant la jeune fille dans mon dos d’une main. Elle tremblait tellement qu’elle me faisait vibrer.
Les vêtements de l’homme étaient déchirés et maculés de boue. Alors qu’il approchait, le vent me porta des effluves de métal. Un turban enroulait sa tête toute entière, ne laissant visibles que ses yeux entre les plis rêches. Des yeux que je pus discerner lorsqu’il entra dans un rayon de lumière et leur couleur, d’un bleu très clair, me sembla très familière.
Il leva la main et je fermai les paupières en anticipant le coup qui viendrait à n’en point douter. En agitant la main derrière moi, j’essayai de faire comprendre à ma petite sœur que c’était pour elle le moment de se précipiter dans la forêt.
Un léger rire s’échappa du tissu. Je rouvris un œil sans comprendre ce qui pouvait provoquer l’hilarité de notre assayant et remarquai qu’il défaisait son turban.
— Je sais bien que vous n’allez rien me faire, ma douce.
Surprise, je restai interdite lorsque le tissu sombre rencontra le sol. Les mèches blondes collées à son front par la transpiration et une bande de poussière entourant ses yeux, Simon m’adressait un doux sourire.
— Mais. . . Je pensais que tu avais rendez-vous hors de la ville.
— J’ai dû te mentir. dit-il en se grattant la nuque, les pomettes rougissantes. Je ne savais pas si tu voudrais me suivre dans cette entreprise, alors. . .
La colère monta en moi et je relâchai Nica qui croisa les bras en fixant mon compagnon dans un mouvement de soutien silencieux, la moue boudeuse.
J’avançai et posai un doigts sur son torse tout en m’exclamant:
— Et tu nous a laissées nous mettre en danger sans nous avertir ?! Tu es sérieux ?? Tu étais au courant de tout ça !! Et en plus, tu te permets de rire dans un situation pareille !
— Mais je voulais t’avertir. C’est juste que si tu en avais p. . .
— Tu avais peur que j’en parle ?! Alors qu’on est ensemble !!! Je vois que tu me fais confiance !
Je levai les mains en l’air, excédée.
Mon cœur me faisait mal alors que je reculai, toute la pression accumulée par ces minutes de courses se libérant, me laissant tremblante et en larmes.
— On a faillit se faire prendre dans une bataille, Simon. Si tu m’avais prévenue. . . Si seulement. . .
Les larmes se mirent à couler, traçant des sillons sur mes joues poussiéreuses.
Des hoquètement incontrôlables secouèrent mon corps et Nica enserra ma taille de ses petits bras. Nous avions failli mourir parce qu’il ne me faisait pas assez confiance pour m’en parler. Après toutes les années que nous avions passées ensemble. Le pire dans tout ça, c’est que ma famille avait été mise en danger par sa faute.
Je me penchai en avant, les mains sur le cœur alors qu’une douleur déchirante rampait dans ma gorge. Je respirai profondément pour refouler mes larmes.
— Je suis tellement désolé ma douce. Je pensais que tu aurais compris ce dont nous parlions devant ta porte.
Je relevai brusquement les yeux vers lui.
Ce n’était donc pas une coïncidence si j’avais surpris cette conversation alors que j’étais encore clouée au lit. Il avait dû espérer que j’en prenne compte pour qu’on ne se retrouve pas en danger.
Cela me rassura quelque peu sur ses attention. Je me redressai pour le toiser à travers le brouillard de mes larmes.
— Ne mets plus jamais qui que ce soit en danger. Je ne pourrais jamais te pardonner s’il arrivait quoi que ce soit à mes soeurs par ta faute.
— Je ne peux rien te promettre, Camélia. Ce n’est pas moi qui décide.
Cette réponse ne fit qu’agrandir la méfiance que je ressentais désormais à son égard et je secouai la tête, sidérée.
Il s’approcha de moi et essuya mes larmes avec douceur du pouce. Je reculai légèrement en sentant l’odeur métallique qui envahit mes narines instantanément.
Il retira sa main, mais le mal était fait. J’avais pu voir ses doigts recouverts de sang.
— Tu as tué ?
— Tout cela est plus grand que toi et moi, Cam. La révolution est en marche.
Il se déroba sous mon regard réprobateur, préférant focaliser son attention sur ses pieds.
— Quelle révolution ? Est-ce que tu crois vraiment que tuer des innocents changera quoi que ce soit à la situation du royaume ?
— Tu ne comprends pas. . .
Il secoua la tête et esquissa un pas dans ma direction, souhaitant visiblement me prendre dans ses bras.
— C’est facile ça.
Je lui échappai et le détaillai avec attention. J’étais furieuse contre lui, mais tellement soulagée de le savoir indemne.
Au bout d’un bref instant, un bruit retentit non loin de là. Ses poings se crispèrent à ses côtés.
Je relevai les yeux sur son visage et il tourna la tête pour observer derrière lui. Il se mit brusquement en marche vers les arbres, s’emparant de la main de Nicalina au passage.
Elle me jeta un bref regard par-dessus son épaule comme pour contrôler que je leur emboîtais le pas et le suivit en s’emmêlant les pieds.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle au jeune homme.
— Ils ne sont pas loin. On doit se mettre en sécurité.
Il commença à courir et nous le suivîmes dans la forêt. Après tout, il semblait mieux savoir ce qu’il faisait que moi.
Lorsque l’ombre rassurante des arbres nous surplomba, il ralentit le pas sans pour autant s’arrêter.
***
Nous continuâmes notre route plusieurs minutes dans un silence pesant, seulement troublé par le pépiement des oiseaux qui n’avaient pas conscience du drame qui se déroulait à quelques centaines de mètres de là.
En comprenant qu’il comptait s’enfoncer dans les terres le plus possible, je me stoppai net.
— Simon.
Il tirait toujours Nicalina en avant. Elle trébuchait en essayant de le suivre tant bien que mal. La voir ainsi tirée par le bras m’emplit de désapprobation.
— Simon !!
Il s’arrêta et relâcha la main de Nica qui s’empressa de se réfugier vers moi.
— Il me fait peur. chuchota-t-elle. Il est pas comme ça d’habitude.
— Je sais, Nica.
Passant une main protectrice sur ses épaules, je l’attirai vers moi.
Simon se retourna et posa son regard clair sur nous, réalisant certainement que son comportement nous déroutait autant l’une que l’autre. Il frotta une main dans ses cheveux en soupirant et dit d’une voix lasse:
— Pardon les filles. C’est une longue journée. Il faut qu’on s’éloigne de Blackglen le plus possible.
— C’est une longue journée pour nous aussi, Simon. Désolée pour toi, mais on doit retrouver Lyra et Tress avant de nous éloigner.
Il ouvrit la bouche comme pour protester mais je le coupai en levant une main et dis d’un ton sans appel:
— Elles nous attendent à la lisière de la forêt. Je refuse de les abandonner. Si tu ne veux pas aller les chercher, grand bien te fasse. Tu peux continuer tout seul.
Il esquissa un mouvement de recul. Le ton dur que j’employai me blessa autant que lui, mais je remarquai qu’au moins, il y prêtait une oreille attentive. Je croisai donc les bras sur ma poitrine, campant sur mes positions.
— Nous sommes dans le même camp, ma douce.
Sa voix était lasse alors qu’il approchait de moi pour poser sa main sur ma joue.
— Justement, écoute-moi.
Je ne bougeai pas d’un iota en attendant la suite. Il soupira, puis capitula:
— Très bien. Allons les retrouver. Mais après, on fuit immédiatement.
A ces paroles, je sentis ma rancœur fondre comme neige au soleil et mon cœur se réchauffa lorsque je compris que j’avais récupéré mon homme.
J’appuyai ma joue sur la peau rêche de sa paume et lui souris tendrement avant de me remettre en marche en tenant la main de Nica. Elle ne me lâchait pas d’une semelle.
— Tu me dois des explications Simon.
— Que veux-tu savoir ?
Il nous emboîta le pas alors que nous retournions en direction de la ville en suivant une diagonale dans les bois. Nous devions rester hors de vision d’un éventuel patrouilleur à son abord.
Simon faisait visiblement preuve de bonne volonté. Il devait vouloir se faire pardonner. Cette idée insuffla une chaleur bienfaisante en mon cœur.
Une question me brûlait les lèvres. Je ne pouvais imaginer mon compagnon fomenter une boucherie pareille. Toutes ces morts de son fait. . . Si c’était le cas, je pensai bien que jamais je ne le reverrais d’un même œil.
— Dis-moi. Depuis quand. . . ?
— Cela fait des années que nous préparions ce coup. Un moment où le roi est aussi vulnérable n’arrive que pendant la Tournée de Récolte Royale. Quand j’ai vu ce qu’ils t’avaient fait. . . Il fallait que nous agissions avant qu’il ne fasse plus de victimes. Avant qu’il ne reparte.
Malgré la tendresse que me suscita cette déclaration, je ne pouvais occulter le fait que, comme il en parlait, je comprenais que mon cher et tendre devait avoir joué un rôle majeur dans ce coup d’éclat.
— Je n’étais pas d’accord pour que nous attaquions au milieu de la place. Trop d’innocents seraient présents. Nous aurions pu tenter notre chance plus tard, avec moins de témoins. Mais. . . Tout le monde n’était pas du même avis. Et lorsque la suggestion à été faite au Dragon, il a décidé que ce serait le meilleur moment. Il espérait que voir les rebels agir pousserait certaines personnes à joindre notre cause.
Je me retournai vers lui et l’observai. Il croisait les bras, les resserrant autour de son torse avec un regard hanté.
— S’il m’avaient écouté, il y aurait eu bien moins de morts.
Le fait qu’il n’ait pas été en accords avec le lieu d’attaque n’effaçait en rien la gravité de ses actes. Mais à la vue de son expression empreinte de culpabilité, je me gardai de lui faire part de cette observation.
— Il y a eu tant de morts. . . murmura-t-il.
Je m’arrêtai et attendis qu’il parvienne à notre hauteur avant de prendre son visage en coupe dans mes mains et de déposer un doux baiser sur ses lèvres.
— Je ne te dirai pas que tu n’y es pour rien, car c’est faux. Mais je sais que tu as fait ce que tu pensais être juste.
Ses épaules se tendirent, puis se décontractèrent alors qu’il soufflait.
— Je te promets que j’ai essayé de leur conseiller un moment où il y aurait moins de monde.
— Je te crois.
— Moi aussi. ajouta la petite voix de Nicalina alors qu’elle posait sa main sur le bras de mon compagnon.
J’ajoutai ensuite d’une voix douce:
— Je suis heureuse qu’il ne te soit rien arrivé.
Il sourit et m’embrassa à nouveau avant de déposer un petit bisou sur le crâne de Nicalina. Elle se remit en marche à nos côtés après lui avoir souri. Simon glissa une main autours de ma taille.
Je tressaillis et il se figea.
— Ton dos. . .
— Les blessures se sont rouvertes. Mais nous avons des problèmes plus urgents, mon chéri.
Je lui tirai la main pour le faire avancer tout en dissimulant les éclairs qui parcouraient mon dos à chaque effleurement du tissu de ma chemise sur mes plaies.
Après quelques instants de marche, j’inspirai pour lui poser une nouvelle question:
— Dis Simon, quand vous avez parlé devant la chambre. . .
— Oui ?
— J’ai entendu que vous parliez des Yza. . .
Je fut interrompue par un sanglot étouffé. Relevant le regard de mes pieds, je cherchai sa provenance autour de moi.
***
Derrière un bouleau, un éclair doré ainsi qu’un pan de tissu bleu, que je reconnus immédiatement, dépassaient.
Je me détendis en les reconnaissant et esquissai un pas de course vers la détentrice de ces effets. Elyraje.
Je fus cependant très vite stoppée dans mon élan. Simon, d’un mouvement ferme, m’arrêta et me fit signe de me tenir silencieuse.
Alors que je me préparai à lui lancer une réplique cinglante, toute à ma joie de retrouver ma sœur, il haussa les sourcils et articula silencieusement:
— C’est pas forcément elle.
Normalement, Elyraje devrait être accompagnée de Tressia. Et le fait qu’elle soit ainsi cachée. . .
Je hochai la tête et nous nous approchâmes silencieusement, nous apprêtant à devoir nous battre. Je tendis l’oreille aux sanglots qui semblaient provenir de la personne qui se dissimulait derrière l’arbre et entendis un murmure:
— Ca va aller. . . Elle va nous retrouver et on va arranger ça. Je te le promets.
Un gémissement lui répondit et lorsque je reconnus la voix affaiblie de mon amie, toute retenue me déserta.
Je me précipitai vers les deux femmes en poussant un cri de soulagement à l’idée de les avoir retrouvées.
Lyra se retourna vivement vers nous en brandissant un couteau qu’elle abaissa instantanément lorsqu’elle nous reconnut. Son visage se teinta de soulagement.
Nica lui sauta au cou et elle la serra contre elle alors que je présentais un grand sourire à ma sœur. Il s’étiola cependant lorsque je l’observai plus attentivement.
Ses cheveux étaient ébouriffés et son visage, que nous avions pris tant de soin à maquiller ce matin, totalement ravagé par les larmes. Elle ne souriait pas alors que ses émeraudes étaient plongées dans mes yeux et je blêmis en voyant le devant de sa robe recouvert de sang.
— Lyra. . . ?
Je fus interrompue par un nouveau gémissement et lorsque ma sœur se décala pour me laisser voir à qui il appartenait, mes jambes se dérobèrent sous mon poids. J’avançai à quatre pattes vers mon amie qui était allongée sur un lit de mousse.
Elle haletait et je la voyais trembler de tous ses membres. Du sang s’écoulait du trou béant qui remplaçait son œil droit. Elle était appuyée au tronc de l’arbre et une grimace de douleur parait son visage.
— Que. . . ?
Je plaquai une main sur ma bouche avant de me détourner pour recracher la bile qui me brûlait l’œsophage.
Après avoir vidé le contenu de mon estomac, je me retournai vers Tressia à côté de qui s’était agenouillé Simon. Je m’approchai d’elle et posai une main sur ses cheveux.
Ma gorge se serra. Si seulement je ne les avais pas laissées partir avant nous. . . Nous aurions pu nous protéger les unes les autres.
— Je suis tellement, tellement désolée Tressia.
Elle prit ma main et la pressa en balbutiant difficilement:
— Tu. . . Tu n’aurais rien pu y changer.
— Il faut nettoyer la plaie. annonça Simon d’une voix grave. Si on ne veux pas que ça s’infecte.
Il me regarda en attendant mon assentiment et je hochai la tête avant d’aider Tressia à poser son crâne sur mes genoux.
— Je vais te tenir, Tress. C’est pour ton bien.
— Vas-y. . .
Elle serrait les dents, et je fus reconnaissante lorsque Nicalina me tendit un bâton que je calai dans la bouche de mon amie.
— Mords.
Elle obéit et je lui plaquai une épaule au sol alors que mes soeurs prenaient chacune une jambe. Mon compagnon immobilisa son deuxième bras en gardant une main libre.
Il sortit alors de sa poche une flasque qu’il déboucha. Je lui lançai un regard interrogateur et il murmura avec un demi-sourire gêné:
— Il faut bien se donner du courage avant de lancer une bombe.
Puis il versa la flasque sur la plaie de mon amie, qui poussa des hurlements malgré son bâillon improvisé.
Lorsque le liquide devint plus clair, il arrêta et je caressai les cheveux de Tressia. Elle avait fini par perdre connaissance.
J’observai sa plaie avec horreur et attention avant de me tourner vers une Elyraje qui claquait des dents.
— Comment est-ce arrivé ?
— Nous. . . On venait de s’éloigner de vous quand on a été prises en embuscade par des habitants de Blackglen. . . On a réussi à s’enfuir mais. . . Un d’eux nous a rattrapées. Il m’a frappé à la tête. J’étais inconsciente. . . Et quand je me suis réveillée, il avait plaqué Tress contre le mur. Il a dit qu’il allait se faire un plaisir à la dévorer.
Ma sœur frissonna. Elle était si pâle.
Alors qu'elle commençait à frotter ses mains recouvertes de sang avec véhémence, je passai un bras autour de son épaule en me voulant rassurante.
— Il lui a enfoncé le couteau dans l’œil. . . Je crois qu’il voulait le manger. Il disait vouloir déguster chaque. . . Chaque élément lentement. Mais il m’a pas vue approcher. J’ai trouvé une brique par terre et. . . Et. . .
Elle blêmit et je la serrai contre moi.
— Chhhh. On est là maintenant. Tu l’as sauvée et je t'en suis infiniment reconnaissante, petite soeur.
Elle éclata en sanglot sur mon épaule. Ma main lui frictionnait le dos avec douceur.
Au bout d’un moment, Simon se redressa en soulevant Tressia avec un petit grognement.
— Il faut que nous partions, et vite.
Je hochai la tête et il nous devança, alors que je prenais maladroitement la dague de ma sœur de sa main tremblante.
— Passez devant, je couvre vos arrières.
Je me gardai bien de dire que je n’avais aucune idée de comment utiliser mon arme.
Nous nous mîmes en marche.

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