Chapitre 14 : Un réveil de plus
— Est-ce qu’elle va bientôt se réveiller ? Sa Majesté souhaiter. . .
— Je ne pense pas que nous puissions accélérer sa guérison avec les moyens actuels. Seul le temps nous la rendra consciente.
— Mais nous pourrions. . .
— Je viens de te dire que non, Johrel ! Rayzal ne laisserait pas passer la mort d’une prisonnière aussi précieuse que celle-ci alors que Sa Majesté est présente !
— Bon. . . Mais appelle-nous dès qu’elle pourra répondre aux questions que notre roi souhaite lui poser.
Des bruits de pas s’éloignèrent de moi. Je les entendais malgré les acouphènes qui me vrillaient les tympans. Mon visage se tordit tellement la sensation était désagréable, mais je ne trouvai pas la force d’ouvrir plus les yeux.
Après quelques minutes d’un silence seulement perturbé par les sifflements de ma respiration, un raclement de gorge se fit entendre:
— Je sais que tu es réveillée, humaine. On peut dire ce qu’on veut, mais l’ouïe des faunes est très développée. Ta respiration a changé de rythme.
A mon grand regret, je me forçai à ouvrir un œil pour observer mon interlocuteur et analyser sa position à travers le brouillard qui perturbait ma rétine.
Assis sur une chaise, Relahn avait posé son étrange regard sur moi. Les sourcils plissés, il me fixait en silence. Il avait ancrés ses deux mains sur ses genoux et le dos droit, il était penché vers moi. On aurait dit qu’il scrutait le moindre de mes mouvements, comme pour chercher des indices sur mon état de santé. Au vu des rides sur son front, je ne devais pas lui donner une réponse satisfaisante.
Avec une grimace alors que des picotements me montaient le long du bras, je grinçai:
— On est où ?
— A l’infirmerie de Saroige.
Je plissai les yeux, peu sûre de comprendre. Je me trouvais bien loin du petit bâtiment dans mon dernier souvenirs. Comment est-ce que cela se faisait que je sois allongée dans ce lieu sentant l’antiseptique à plein nez ? Je ne m’y était certainement pas rendue seule. Ce qui voulait dire. . .
— On était dans les carrières. Bleu se faisait battre par un de vos collègues et vous m’avez dit de me concentrer sur ma tâche. Ensuite. . .
— Tu t’es écroulée comme une pierre. me coupa le faune avec le nez plissé. Face contre terre.
Voilà qui expliquait la brûlure qui me parcourait le visage. Je passai la main dessus pour sentir les croûtes sous les callosités de mes doigts.
C’était la deuxième fois que je m’évanouissais ces derniers temps. Il ne fallait pas que ça devienne une habitude si je voulais survivre au sein de la prison.
— Combien de temps ai-je dormi ?
— Une journée.
— Donc. . .
— Tu as sûrement entendu Johrel. Le roi est arrivé ce matin et souhaite interroger tout les derniers arrivants. Enfin. . . Toi surtout. Je me demande bien pourquoi d’ailleurs.
Ce qui voulait dire que mes soeurs allaient bientôt y passer, si ce n’était pas déjà chose faite.
En soufflant, je poussai sur mes bras pour me redresser.
Le faune se précipita en glissant un bras derrière moi pour m’aider.
— Si un de vos collègues voyait à quel point vous êtes prévenant avec moi. . .
Un ricanement s’échappa de sa bouche. Il y répondit avec un demi-sourire que j’avais rarement pu voir sur son visage depuis que j’avais été mise sous sa garde. Chose logique, me diriez-vous.
— Je crois que tu fais assez peine à voir pour qu’ils comprennent. . .
Une fois assise, je sentis l’air parcourir ma poitrine dénudée. J’attirai précipitamment la fine couverture à moi en écarquillant les yeux.
Les joues de Relahn étaient cramoisies lorsqu’il reprit rapidement:
— J’ai dû te déshabiller.
J’ouvrai la bouche pour protester.
N’y avait-il pas de femme dans cette prison apte à m’ôter mes vêtements ? Le simple fait d’imaginer la créature sur mon corps nu. . .
Je sentis mes joues virer au cramoisi et il reprit vivement:
— Ordre du médecin. L’arrière de ta chemise était foutu de toute façon. Collé à ton dos. C’était urgent. Enfin. . . Toute ta chemise était de toute façon bonne pour la poubelle si on pense à la longueur qu’il en restait.
— Je. . . Je suis déso. . .
— Laisse tomber. Je l’ai brûlée avant que quelqu’un puisse la voir.
— Pourquoi. . . ?
Le faune me tendit une gourde à laquelle je bus goulûment avec force bruits disgracieux. Il me répondit:
— Nous avons les mêmes idéaux, Camélia. Seulement, un de nous deux s’est fait attraper. Et punir.
Je me concentrai sur la bouteille, gênée. Voilà deux fois que je l’entendais parler de nos soi-disant objectifs communs. Mais je ne savais toujours pas ce qu’ils étaient. Il me faudrait creuser la question.
Suivant quoi, le faune pouvait peut-être nous permettre de sortir, ma famille et mois.
— En parlant de punition. Camélia, ton dos. . .
Je soupirai en sortant de mes rêveries de fuite.
— C’est rien.
Bien évidemment, s’il m’avait déshabillée, il avait aussi pu admirer l’amas de chair qu’était l’arrière de mon corps. C’était certainement pour ça qu’il semblait marcher sur des oeufs avec moi. Aussi décidai-je de changer de sujet.
— Quand est-ce que je dois reprendre le travail ?
— Tes blessures se sont infectées. Tu dois rester tranquille le temps qu’elles cicatrisent un minimum si on ne veut pas perdre une minière supplémentaire.
— Rayzal peut donc faire preuve de pitié ?
— C’est “le Gardien” pour toi, prisonnière.
Cette brève remise à ma place suffit pour me faire taire. Je baissai le regard sur les doigts que je tordais dans les plis de ma couverture.
Je m’étais trop habituée à la présence de l’homme. L’entendre me rabrouer me permit de reprendre mes distances avec lui.
— Il me semblait bien que j’avais entendu ta voix !
Je relevai vivement la tête vers la personne qui venait de parler, un grand sourire se peignant sur mes traits. Je n’espérais pas la revoir de si tôt.
Accrochée au rideau qui séparait mon lit du reste de l’infirmerie, Tressia me fixait, l’œil brillant. Ses cheveux courts et noirs étaient ébouriffés, mais elle semblait se porter comme un charme. Un bandage recouvrait son œil blessé mais la rougeur qui avait recouvert son visage la dernière fois que je l’avais vue avait disparue.
Un grand sourire étirait ses joues et elle se précipita vers mon lit. Elle y sauta, visiblement ravie de me retrouver.
Le matelas s’affaissa et je grimaçai en compensant la perte d’équilibre.
Le faune qui remarqua ma douleur, tenta de décaler mon amie mais elle le repoussa d’une tape sur le bras.
— Pas touche, vile créature!
Je penchai la tête en retenant un rire en avisant le regard scandalisé du faune. C’était bien elle, de parler ainsi à une personne qui pourrait lui faire vivre bien des tortures.
La voir ainsi rempli ma poitrine de chaleur. Elle m’avait tant manqué.
— Tress, tu parles à un des gardiens de Saroige.
— Au vu de comme il a veillé sur toi ces dernières heures, je ne pense pas risquer grand chose venant de lui. Il ne t’a pas lâchée des yeux depuis qu’il t’a amenée ici.
Je reportai mon attention sur Relahn, dont les oreilles remuaient frénétiquement. Il raclait le sol du sabot, ce qui provoquait un bruit fort irritant.
— D’ailleurs, je voulais m’occuper de toi, mais ce goujat n’a pas voulu me laisser faire. Il. . .
— Pour ma défense, je ne savais pas si tu étais vraiment digne de confiance. Saroige peut te retourner l’esprit très rapidement. Et comme tu n’avais pas vu l’humaine depuis un moment,. . .
Amusée, je suivais l’échange entre mon amie et mon gardien en silence. Constater qu’il n’avait pas bronché face à l’insulte de la jeune femme confirma un peu plus que j’avais dû tomber sur un des seuls gardiens humain, si je puis dire, de la prison.
La chair de poule envahit mes épaules quand un courant froid pénétra la pièce. Je remontai la couverture sous mon menton et les deux cessèrent leur joute verbale instantanément.
Nous nous tournâmes de concert lorsque le rideau fut tiré dans un chuintement retentissant.
Une étrange créature se tenait devant nous.
La première chose qui me frappa fut ses oreilles.
Grandes, elles devaient faire la taille de sa tête et dépassaient des cheveux bleus qui encadraient un visage rond. Sa peau cuirassée brune semblait parcourue d’une multitude de nervures luminescentes et ses yeux blancs donnaient l’impression de voir à travers mon âme. Les cheveux se levèrent sur ma nuque.
La créature portait une tunique noire toute simple sur un pantalon rouge et les armoiries de la famille régnante étaient frappées sur sa poitrine. Malgré sa petite taille, ses épaules puissantes me donnaient l’impression qu’elle aurait pu me soulever sans problème, si besoin était.
Elle nous dévisagea un instant avant de s’approcher de moi d’un pas leste. Ses pas s’arrêtèrent à quelques centimètres de mon lit et elle me détailla, la tête penchée. Le silence qui s’était fait à son arrivée était assourdissant après la discussion animée de Tressia et Relahn.
J’observai les trois personnes qui avaient envahi mon espace avec incompréhension avant que la femme ne lève la tête pour fixer son regard dans le mien.
Sa voix, caverneuse, retentit:
— Il faut t’ausculter, prisonnière.
Puis elle ajouta à l’attention de mon garde:
— Sors.
— Euh. . . Je. . .
Elle agitait la main en direction du faune.
— Dehors, garde. Je t’appellerai quand la Rebelle sera habillée. Et soignée.
— Je ne dois pas la quitter des yeux. Protesta l’intéressé en fixant l’étrange apparition. Ordre du Gardien.
— Je veille sur elle, faune. Jaliéra ne gagnerait rien à l’abîmer plus qu’elle ne l’est déjà. riposta la voix de Tressia, bien vite appuyée par un hochement de tête de l’intéressée.
L’homme releva les yeux sur moi avant de faire un pas en arrière. Le claquement de son sabot résonna dans l’infirmerie vide. Il ne semblait pas certain de la conduite à adopter. Le regard qu’il gardait fixé sur moi était inquiet.
A cette constatation, un petit sourire étira mes lèvres. En cinq jours passés à ses côtés, c’était la première fois que je le voyais ainsi déstabilisé. Et s’il ne fallait que trois femmes pour arriver à ce résultat, je me promis de ne pas l’oublier de si tôt.
Je détachai mon regard de lui pour me reconcentrer sur la créature. Son nez épaté et les crocs ébréchés qui dépassaient de sa lèvre inférieur lui conféraient une beauté exotique. Jamais je n’avais vu pareille créature.
— Va. Le roi veut la voir vite. Je m’occupe de l’envoyer sur pied. dit-elle d’un ton impatient.
Alors qu’il hésitait toujours, je renchérit avec un ton moqueur.
— Si vous avez peur que je m’échappe, garde, vous pouvez seulement vous poster devant la porte. Vous vous êtes sûrement assez rincé l’œil comme ça.
Je ne savais expliquer pourquoi, mais la dénommée Jaliéra m’apportait un profond sentiment de confiance envers elle. Un reniflement amusé jaillit de son être à ma réponse.
Relahn était si rouge qu’il semblait briller dans la pièce sombre. Dans un grognement, il se détourna en faisant voleter ses longs cheveux verts et claqua la porte du bâtiment.
Je ne pus empêcher un nœud de se former dans ma gorge. Après tout, il en avait sûrement vues d’autres en tant que garde dans la plus grande prison du pays. Mais après brève réflexion, je me dis que ma remarque avait été gratuite. Comme il me l’avait assuré quelques minutes plus tôt le fait de me déshabiller avait plus été une aide envers moi qu’un amusement. Penser que j’avais parlé ainsi à la seule personne s’étant montrée un temps soit peu gentille avec moi ces cinq derniers jours me mis mal à l’aise.
— J’ai bien cru qu’on ne s’en débarrasserait pas. soupira Tressia.
— A ton grand regret. Hein ?
Je la poussai du coude doucement, ce qui me tira une grimace douloureuse immédiate.
— Y a autre chose à faire que plaisanter. coupa la femme à grandes oreilles. Allonge-toi sur le ventre, humaine. J’entends Johrel poser à ton garde des questions. Le roi est très pressé de te voir. Depuis qu’il est arrivé, ce fae chiant nous harcèle pour son maître.
J’obtempérai immédiatement, son ton ne laissant pas place à la moindre désobéissance.
***
D’un pas peu assuré, je passai la porte de l’infirmerie.
Relahn releva la tête des brins d’herbe qu’il semblait occupé à tresser et se redressa vivement en me voyant sur pieds. Ses étranges pupilles me balayaient de bas en haut.
— Qu’a-t-elle dit ?
— Il semblerait que Sa Majesté soit pressée de me rencontrer. Jaliéra a donc fait en sorte que je sois capable de me déplacer par mes propres moyens. Mais je dois revenir cette nuit.
La Klirog, comme elle me l’avait appris après que je lui aie demandé à quelle espèce elle appartenait, avait fait des miracles durant mon inconscience. Malgré son air brutal, ses mains fraiches s’étaient révélées apaisantes pendant qu’elle badigeonnait avec un onguent puant mes blessures purulentes de ses doigts agiles. Elle les avait ensuite bandées afin de les protéger de la saleté.
Pendant que Jaliéra s’occupait de moi, Tressia m’avait expliqué que la créature taciturne était en fait la médecin attitrée de Saroige. Elle serait née ici et y aurait grandi aux côtés du prisonnier qui occupait ce poste avant elle.
La créature n’avait pas bronché durant tout le monologue de mon amie. Chose que j’avais donc pris pour une confirmation de ses dires.
Dans un marmonnement, elle m’avait ensuite libérée en me sommant de revenir dès l’interrogatoire terminé, ce que je m’étais empressée de lui promettre.
Relahn hocha la tête suite à mon explication et se mit en marche en direction du baraquement des gardiens sans rien ajouter. Son attitude silencieuse me désarçonna quelque peu, mais je tentai d’en faire fis.
Je le suivis d’un pas titubant et plissai les lèvres en sentant mes plaies tirer. La chaleur qui frappait la prison inlassablement me couvrit instantanément de sueur.
La première chose qui me frappa quand mes pieds rencontrèrent le sol dans un nuage de poussière fut le silence. Inhabituel, oppressant.
Tout les prisonniers devaient se trouver dans les mines. Ca aurait expliqué que jamais je n’avais assisté à pareille vision des baraquements vides. On aurait dit une ville fantôme. Cà et là, je pouvais apercevoir des ombres minuscules passer prestement entre le pierres. Des rats.
Le faune marchait d’un pas vif, le dos bien droit. Il ne m’accorda pas un regard alors que je tentai de le suivre sur mes pieds encore quelque peu instables. Je savourai tout de même la sensation de mon dos partiellement soigné. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu une telle impression de légèreté.
Lorsque mon garde s’arrêta devant l’immense bâtiment de pierre brut, il en poussa la porte de fer et m’invita à entrer sans un mot.
Je pénétrai dans une pièce à l’odeur âcre meublée richement. Le mobilier de bois transpirait l’opulence.
Captant mes sourcils froncés, Relahn dit doucement:
— C’est bien le seul endroit un tant soit peu luxueux de cette prison. Sans compter les appartements de Rayzal. Il ne faut pas que les visiteurs pensent qu’il nous traite mal.
Je serrai les dents sans répondre.
Si le Gardien se décidait à ne vendre qu’un simple bougeoir, il aurait sûrement pu nourrir tout un baraquement de prisonniers. Et il y en avait une vingtaine qui éclairaient l’entrée d’une lueur tremblotante.
Les murs de pierre noire étaient parés de tableaux représentant des champs ensoleillés qui détonnaient dans le décor dur de la prison. Ridicule.
J’esquissai un pas avant de m’arrêter pour observer le doux tapis sur lequel s’étaient silencieusement posés mes pieds nus. Ses poils sombres qui en caressaient la plante représentaient les armoiries Caisalor.
Je mordillai ma lèvre inférieure en détaillant mon environnement. Une telle profusion de luxe était bien déplacée au milieu d’un endroit pareil.
Mon garde passa devant moi d’un pas décidé sans m’accorder un mot de plus.
Sympa.
Ce n’était pas lui qu’on amenait pour une entrevue avec l’homme le plus puissant du royaume.
Nous pénétrâmes ensuite dans une grande pièce au sol dallé. En son fond, un escalier de pierre toute aussi brute et sombre que les murs se séparait en son milieu et rejoignait les étages. Sur les couloirs qui formaient des balcons autour de la pièce et dont les bords étaient séparés par des barrières, je pouvais apercevoir plusieurs gardes. Ils entraient et sortaient de différentes portes placées à intervalles réguliers sur les murs.
Tous se figèrent pour me détailler.
Ils semblaient provenir de pleins d’espèces différentes et chuchotaient entre eux sans me quitter du regard. Jamais je n’aurais imaginé qu’autant de gardes vivaient au sein de Saroige.
A cette constatation, je voûtai les épaules. Plus ça avançait, moins j’avais d’espoir quant à une évasion future.
Alors que je détachai le regard du plafond de bois sombre bien haut au-dessus de ma tête, je remarquai que Relahn s’était déjà approché d’une porte dissimulée derrière un présentoir sur lequel étaient posées de nombreuses armes.
Je me précipitai à sa suite et surpris son chuchotement:
— Ne t’éloigne pas. Avec le roi ici, tout le monde est tendu. Et tu ferais un super sac d’entraînement.
Je lui jetai un regard noir auquel il répondit par une mimique entendue. Je pouvais cependant voir une veine pulser tant sa mâchoire était crispée. Aussi me retins-je de répondre.
Il poussa la porte devant moi et je remarquai immédiatement les effluves florales qui en sortirent, écoeurantes. Je levai les yeux vers mon gardien avec un air interrogateur et il posa dans mon dos une main aussi légère qu’une plume en articulant:
— Le roi.
Je hochai la tête en comprenant que j’allais immédiatement me trouver face au souverain une fois le cadre de porte passé.
Je carrai les épaules, essayai de lisser le nid emmêlé de mes cheveux qui trônait sur mon crâne et hochai la tête. Mes mains tremblaient le long de mes flancs alors que je peinais à déglutir.
Remarquant ma nervosité, Relahn inspira et expira en me regardant droit dans les yeux, ce que je m’empressai d’imiter. Puis, lorsqu’il s’effaça, je pénétrai dans la pièce. Le faune referma la porte derrière moi.
Le bruit sonna comme le glas à mes oreilles.
La pièce était richement décorée et éclairée de tant de bougies qu’elle en était presque éblouissante. Pas un seul coin d’ombre n’y était visible.
Ce devait certainement être ici que le gardien Rayzal accueillait ses invités.
Un canapé de cuir sombre était posé derrière une table en bois sur laquelle fumait un service à thé en métal. De celui-ci s’échappait l’odeur de rose que j’avais sentie lorsque le faune m’avait fait entrer. Cela m’aurait bien amusée de découvrir de la porcelaine à la place. Ca aurait bien détonné.
Je ricanai en l’imaginant et un mouvement capta mon attention.
Je me tournai vers celui-ci et le sang déserta mon visage lorsque je constatai que la personne qui se tenait auparavant devant la fenêtre se dirigeait dans ma direction.
Sa silhouette puissante se découpa dans le contre-jour et je pouvais distinguer les cheveux poivre et sel desquels s’échappaient deux longues oreilles pointues. L’homme se tenait bien droit quand il s’approcha de moi. Deux yeux rouges scintillèrent à la lueur des flammes.
— Qu’est-ce qui peut bien vous amuser, humaine ?
Je me laissai tomber à genoux, le visage plaqué contre la pierre froide.
Il avait fallut que je me moque devant le roi. Bien évidemment.
— Je salue Sa Majesté, le roi Marcus Caisalor.
— Relevez le visage, que je puisse admirer celle qui a attenté à ma vie.
J’obéis, retenant une objection de justesse. Tout le monde semblait persuadé de ma duplicité. Pourtant, je ne savais vraiment rien des plans des Rebels. Eux par contre. . . Ils devaient se frotter les mains en sachant qu’ils étaient totalement hors de l’attention du roi et de ses gardes.
— Voilà la quatrième fois que nous nous croisons, Mademoiselle. En bien peu de temps.
Le roi se dirigea vers moi, avant de s’asseoir sur le canapé dans un couinement de cuir contre cuir qui faillit me tirer un rire nerveux. Dans une telle situation, cela n’aurait rien pu m’attirer de bon, me tanai-je.
— En. . . En effet, Votre Majesté.
Je ne savais pas où il voulait en venir, aussi décidai-je de ne rien ajouter.
Le fae s’empara de sa tasse en ne cessant de m’observer en silence. Décidément, il semblait aimer prouver sa supériorité en rendant les autres mal à l’aise.
Les aspérités du sol me mordaient les genoux douloureusement alors que je me dandinai avec nervosité.
— Dites-moi, Camélia.
Je déglutis.
— Comment trouvez-vous votre nouvelle demeure ? Votre travail à bien plus de sens ici que chez mon cousin. N’est-ce pas ?
J’ouvris la bouche avant de la refermer, cherchant une réponse adaptée à cette question. Le temps sembla s’étirer autour de moi. Je me sentais comme un poisson hors de l’eau, sous le regard attentif du monarque. Et la douleur dans mes genoux qui se propageait dans mon dos bandé brouillait mes pensées.
Des sourcils broussailleux se froncèrent, formant une profonde ride sur son front.
Alors que le monde tournait autour de moi, la douleur lancinante que ma position provoquait dans mon dos vrillant mes tempes, la voix du fae résonna:
— N’est-ce pas ? Je peux me montrer courtois, humaine, mais il vous faudra me répondre. Cela fait une journée que j’attends sur vous. Et les dieux savent que je déteste attendre.
Mon palpitant accéléra.
Que voulait-il que je réponde à ça ? Que les conditions de vie étaient inhumaines ? Nous nous trouvions dans une prison !
Quelqu’un toqua à la porte, ce qui me fit sursauter violemment.
— Entre, Jemiatal. lança le souverain en se rencognant dans une couinement de tissu, un sourire satisfait aux lèvres.
La porte s’ouvrit et je tournai imperceptiblement la tête pour voir le capitaine entrer. Le dos droit, il se dirigea directement vers son géniteur qui posa son regard sur lui.
Je grinçai des dents en le suivant des yeux. Cela faisait cinq jours que je ne l’avais pas croisé et il ne m’adressait pas le moindre regard. Visiblement, en voilà un qui avait bien profité de son séjour dans le baraquement des gardiens.
— Vous avez commencé sans moi, Votre Majesté ?
Le fae s’inclina devant son père, qui répondit en ricanant. J’étais étonnée de voir à quel point ils étaient capables de cacher leur lien de parenté. Pas étonnant que personne ne connaisse le réel lien entre le capitaine et son roi.
— Je t’attendais et tentais de discuter avec notre invitée, mais elle ne semble pas très motivée à entretenir une discussion.
Invitée, tu parles. Je crispai la mâchoire en gardant mes mains crispées sur la fine chemise qui recouvrait mes cuisses.
Le jeune fae se redressa puis se tourna dans ma direction.
Mes yeux rencontrèrent les siens et je remarquai le froncement de ses sourcils ainsi que la crispation de sa mâchoire. Il entrouvrit les lèvres pour inspirer en me fixant.
Je baissai les yeux sur ses poings crispés et tremblant imperceptiblement à un œil moins attentif aux côtés de ses armes.
Il me détestait donc tant que cela ?

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