I
J’avais pour l’occasion revêtu une robe tout en sachant que j’allais pertinemment m’ennuyer.
Mais Judith était toujours là, à me pousser à sortir, me disant toujours :
— Allez, Lydia sort ! Et viens avec moi, sinon comment veux-tu rencontrer un homme ?
Et je reconnais qu’elle avait raison et moi, je m’en fichais pas mal des mecs. Je voulais simplement qu’on me foute la paix. J’aimais me plonger dans mes rêves. Mais comme toutes les filles, j’avais envie de vivre un conte de fées. Judith, était bizarrement, l’une de mes seules amies. Et quand j’avais vu sa tête, je n’avais rien dit, mais elle m’avait peinée en la voyant bouder. J’avais alors soufflé mine de dire ; ok, ok ! J’arrive.
Elle avait sauté comme une gamine. Je m’en rappellerai toujours, dans ses yeux ça pétillait, tandis que moi, ce n’était vraiment pas ça et, c’était à peine si je n’avais pas ralenti mon allure pour signifier mon mécontentement.
— Allez et bouge-toi, ma chérie ! Et c’est quoi cet accoutrement. On dirait une vieille fille qui va à la bibliothèque pour lire je ne sais quel livre fantaisiste. Tu ne souhaites quand même pas rencontrer un rat ? Mais fort heureusement que je suis là ! Allez fais-moi plaisir, reste là et ferme les yeux.
Comme toujours Judith était incorrigible.
— Mais t’es folle ! lui avais-je lancé.
— Et c’est justement ce pourquoi, je t’aime. Et puis, je t’ai vu la regarder à chaque fois qu’on passait devant la boutique comme un bijou. Allez, essaye-là. Je reviens, car je vais essayer une nouvelle robe qui va en impressionner plus d’un et sûrement plus d’une.
Je ne sais pas pourquoi, mais pour une fois, j’étais contente. Elle avait réussi et m’avait convaincue d’aller à cette soirée où l’alcool coulait à flots et où toutes et tous se dévergondaient. Et quand, je l’avais essayée j’avais eu le sourire. Ce rouge clairsemé de pois blancs m’allait à ravir, elle m’avait contaminée. J’avais moi aussi eu des étoiles dans les yeux et j’avais même tourné sur moi-même comme une pin-up, et j’entendis soudain :
— Oh, mon Dieu. Retire-là immédiatement, car tu vas me faire de l’ombre.
J’avais plongé mon regard dans le sien et on avait explosé de rire comme à notre habitude on se pavanait toujours pour savoir qui de nous deux porterait le mieux nos robes. Judith Mendès était comme ma sœur.
Judith aurait, sans nul doute, pu faire carrière dans le cinéma tant elle était excessivement expressive. Elle aimait faire de chaque moment de sa vie une scène de comédie tout entière, le genre qui aurait pu la propulser, sans même qu’elle s’en rende compte, sous le feu des projecteurs et au lieu de ça, elle était-là avec moi dans cette chambre.
Mais au lieu de ça, elle était là avec moi dans cette chambre à rire et à étudier les sciences humaines. Judith était toujours placée devant le miroir quand elle s’était trouvée une nouvelle tenue et se reluquait sous tous les angles, replaçant son décolleté qui, pour marquer le coup, avait quelque peu débordé. Mais j’avais, moi aussi, déteint sur elle et j’avais reconnu que ce soir-là, sa robe était un petit peu vulgaire. Sa tenue avait un vert si profond qu’il empirait davantage la beauté de ses traits latinos. Je m’étais toujours demandé ce pour quoi elle aimait étudier les sciences humaines. Mais à voir l’étincelle dans son regard, cette question m’avait paru soudainement fort bien stupide, car elle était sans conteste dotée d’une intelligence et d’un esprit brillant.
Celle fois-ci, Judith avait sorti le cabriolet rouge de son père, celui avec deux belles bandes blanches qui lui donnaient, une allure sportive et surtout avec une telle femme au volant, comment vous dire ? Ce n’était plus une voiture sportive, mais bel et bien autre chose. Elle était devenue autrement. C'est-à-dire, féline ! Ses lignes impeccables étaient assorties à celle de Judith dont le décolleté pour le coup aurait pu autant faire ronronner les hommes que le V6 de ce petit bolide.
Un coup d’œil dans le rétro, la première enclenchée et nous avions décollé en faisant crisser les pneus arrière. Cheveux au vent, nous étions les princesses de la résidence universitaire avec un tel engin et on se dirigeait tout droit vers un palace, une maison comme il n’en existe pas deux dans le même quartier. Et avant cela, Judith avait mis la musique à fond et Elvis accompagna notre route. Judith avait sorti ses lunettes aux verres fumés qui lui donnait plus encore cet air de pin-up. L’instant où j’observai, la voyant piloter sa Chevrolet, petit sourire en coin de lèvres coloré de ce rouge carmin qui amplifiait de plus en plus son charme, je l’avais enviée.
Puis, j’avais baissé le volume et je lui avais demandé timidement :
— Il va y avoir du monde ?
À ce moment-là Judith roulait vite, mais un feu au loin passa à l’orange et elle ralentit, rétrogradant ses vitesses, faisant de nouveau ronronner le moteur. Une fois au feu rouge, elle me répondit :
— J’espère qu’il y en aura plus encore que l’autre fois. Lydia, tu sais que j’aime le monde, la foule, les fêtes en folie et plus encore. Alors, ma chérie n’aies aucune crainte. Car avec, moi, tu vas te sentir pousser des ailes. Tu connais la thèse sur le mimétisme ? me sortit-elle d’un en air enjoué.
Comme réponse, je lui avais souri quand elle me regarda droit dans les yeux en baissant, d’un mouvement du doigt, ses lunettes suivit d’un clin d’œil à faire chavirer tous les cœurs des hommes. Au feu vert, elle appuya sur la pédale d’accélérateur si fort que l’arrière de la voiture avait vacillé, de droite à gauche, avant que les pneus fumants ne réadhèrent sur le bitume. J’avais à ce moment senti mon ventre se soulever, et je ne sais pas pourquoi, mais j’avais vraiment apprécié.
Judith, en plus d’être comme ma sœur, était sans conteste ma meilleure amie et j’allais entrer dans son milieu guindé. Même si je n’avais qu’une hâte, en cet instant, rentrer de nouveau dans ma chambre, et ce même si j’étais loin de savoir comment cette soirée allait se dérouler.

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