II
— Mais c'était la pire de toutes mes soirées, s'écria Judith haut et fort alors qu’elle devait avoir bu un nombre incalculable de verres de punch, des bières et du malt au coca.
Elle hurlait si fort qu’elle m’avait fichu, je me rappelle, les pétoches. Et j’avais même cru qu’elle s’était fait posséder par un démon, mais pas n’importe lequel, celui-ci s’appelait Dan le shérif qui vivait non loin du notre campus. Je me rappelle encore nous avoir vu, nous évader presque en courant tellement que nous avions eu peur d’avoir une amende et il fallait croire qu'elles pouvaient être épicées.
Mais au lieu de cela, Dan, nous avait laissé partir et avait arrêté deux autres jeunes dont la tenue avait certainement pu concurrencer celle de Judith, Johana et Letty Carmen. Deux jumelles qui avaient pour habitude de coller aux basques des plus beaux mecs des soirées types. Surtout à John et Denver qui, lors de cette soirée, s’étaient mis à nous draguer, sous le regard enragé d'une des jumelles Carmen.
— Je suis certaine que ce sont ces deux pétasses qui ont appelé les policiers ! criait-elle à pleins poumons.
Mais vous savez, sans alcool elle était déjà comédienne, alors quand elle buvait c’était la même avec un rôle qui aurait pu décrocher le golden globe du second rôle de la fille jalouse et sa réputation n’en démordait pas avec ses talents d’actrices. Enfin, hors de portée de la police, une Ford Mustang comme il n’en existait pas deux avait ralenti et son chauffeur nous accosta.
À l’intérieur, l'homme d’une beauté à faire tomber les plus belles filles du campus se présenta à nous sous le nom de Davy. Et il nous avait fait rire en disant et de ne pas le confondre avec Davy Croquette.
— Je suis un Américain pas un de ces idiots de canadiens.
À cela, Judith avait, je crois, perdue de vu ses deux prétendants de la soirée et lui avait répondu aussitôt :
— Dis-moi, t'es pas un psychopathe au moins ? Si tel est le cas, je veux bien de te donner mon numéro. A condition que tu nous sortes de ce - merdier - sans vouloir être trop vulgaire, en baissant le ton lorsqu’elle avait prononcé son injure.
Le jeune homme arrêta net sa Mustang noir, un modèle ancien en vogue et il sortit de sa voiture pour faire le tour et nous ouvrit la porte en regardant autour de lui. Davy avait été galant comme un gentleman et m’avait fait rentrer à l'arrière, place que j’avais aussitôt prise pour laisser Judith prendre les devants. Car, même alcoolisée, elle aurait pu tenir en laisse un sociopathe un bon moment pour nous assurer une fuite potentielle.
Ainsi, nous avions échappé aux policiers que l’on avait croisés quelque instant après que Davy nous avait eu pris dans sa Ford Mustang. Mais au lieu de nous ramener immédiatement au campus, il fit un détour chez lui à quelques quartiers de là. Davy sentait un parfum qui m’était fort bien étranger, mais pas désagréable à sentir. De ma position, il avait l’air d'un bel homme, mais de nuit : comment vous dire ? Tous les chats sont gris, mais quand il sortit de la voiture, Judith semblait sous le charme et avait poussé un cri de satisfaction. Elle avait entendu parler de lui, disant :
— C’est le frère de Jordana Donatella, nous sommes sauvés ! Ce n’est pas un fêlé ! Et puis quand bien même il le serait, je sais jouer de mes charmes et elle sortit de son décolleté, un canif.
— Mais t'es vraiment folle, lui avais-je soufflé.
— Ouais, comme toujours mais au moins, je suis armée. Sait-on jamais !
— Range-moi ça et fissa, il arrive !
Puis, il revint toujours seul d’un immeuble résidentiel et lorsqu’il rentra il nous dit :
— C’est bon, je vous ramène, mais je veux bien ton numéro. Enfin et voici le mien. Euh… et vous êtes ?
— Judith Mendès et ma copine derrière, c’est Lydia Marshall.
Il lui donna en me faisant un clin d’œil. Lors de ce moment, je ressentis pour la première fois mon cœur s’emballer tant son clin d’œil était si significatif que je pense l'avoir séduit.
Ce n’est qu’une fois rentrée dans notre chambre, nous fûmes soulagées d’être tombées sur un ange gardien et qui était un vrai canon. Or, comment faire comprendre à Judith ce clin d’œil et ce sourire enchanteur qu’il m’avait lancé avant de nous quitter ?

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