III

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Il y avait foule dans cette maison bourgeoise à l'architecture victorienne. Et personne ou presque n’était sobre, sauf moi à en juger par le comportement excentrique de chacune et chacun. J’avais pourtant testé la bière, mais l’odeur de la mousse me répugnait autant que pouvait me faire le céleri-rave. De plus, j’étais très difficile en matière de boisson et je me contentais simplement de coca et d’Orangina en prenant soin de ne pas me faire empoisonner. Sait-on jamais quel énergumène pourrait en profiter pour me droguer à je ne sais quelles substances toxiques. Même si je reconnais à ce moment que j’avais peut-être trop lu de thriller. Quant à un moment où je cherchais de quoi manger quelque chose de pas trop gras, un homme du nom de Dent m’avait accosté :

— On veut garder sa ligne impeccable à ce que je vois, me lança-t-il avec un large sourire.

Je suis répondis aussitôt :

— Je cherche surtout un plat équilibré, mais force est de constater qu’il n’y a en rien de ce genre à se mettre sous la dent.

Entendant cela, il posa son gobelet et se servit une boisson à l'orange à la place de son verre où le contenant semblait être du Gin Kas.

— C’est bien la première fois que je pose mon verre pour une jeune femme dont le regard est digne des mers des Caraïbes.

Bien que son compliment m’eût ravi même presque enchanté, j’étais resté sur mes gardes. Sait-on jamais qui pourrait se cacher derrière le masque de ce beau parleur.

— Moi, c’est Denver Dent ! Je suis ravi et…

— Lydia Marshall, ravie également, Denver. À ce que je vois, on préfère d’un coup l’Orangina au malt ?

— Disons que c’est un peu plus classe quand on veut échanger un beau discours. N'est-ce pas ? Et c’était du Gin Kas, mais passons, ce n’est pas important.

À ce moment, il m’avait fait décrocher un sourire à ravir les cœurs.

Puis, j’eus vu à côté de moi, s’installer une jeune étudiante que j’avais maintes et maintes fois croisée, une pompom girl dont la réputation était sans pareille. Son nom Carmen, et son prénom, je pense, c’était Letty Carmen qui avait regardé d'un mauvais œil notre échange et commençait tout juste à mettre son grain de sel dans un plat qui s’avérait plutôt acidulé que sucré. Pendant ce temps, Denver l’avait un peu remis à sa place en lui certifiant que j’étais devenu une de ses amies et qu’elle n’avait rien à craindre. Mais cette trouble-fête de Letty n’y avait pas cru un seul de ses mots. Et elle avait bien raison. Quand soudain, je fus rejoint par Judith qui n’avait pas gardé sa langue dans sa poche et avait sorti ceci à Letty :

— Oh, n’aie de crainte Lydia c’est toujours comme ça que réagisse les reines de pétasses populaires du club secret et fermé des fines acrobates.

Face à sa réponse, Letty n’en démordit pas et relança une provoque :

— Judith Mendès, la reine du bal de l’année dernière aurait-elle un peu trop bu en cette soirée pour en dire autant. Méfis-toi de ne pas te retrouver en cellule de dégrisement ! Car ce soir, j’aurais tellement à dire sur l’ex-princesse de fin d’année !

Puis ce fut au tout de John qui survint de nulle part afin de temporiser ces paroles sournoises :

— Allons les filles, on ne va pas se battre ce soir, on passe tous une bonne et belle soirée, alors faisons une trêve, voulez-vous ? Et Letty, soit gentille veux-tu, pour une fois, et va rejoindre ta sœur, car elle te cherche dans le jardin.

Je n’avais jamais rencontré de personnes aussi grotesques que cette Letty Carmen, mais il fallait bien un début à tout. Et Denver s’approcha de moi en me soufflant dans le creux de l’oreille.

— Ne t’en fais pas, elle est tout simplement jalouse de ta beauté de parme.

Cette parole m’avait aussitôt fait rougir comme un camélia. Mince, j’étais à découvert, mais bon ce fut comme cela, que je m’étais lié d’amitié avec ces deux hommes, dont la côte avec les filles était si populaire que j’avais attiré une foule de regards sur moi, et cela m’avait quelque peu décontenancé. Mais avant tout, cela réjouit mon for intérieur et Judith semblait aux anges de me voir m’intégrer aussi rapidement.

— Allez, me dit, Judith profite de cette soirée, car elle s’annonce à merveille, et évite le groupe des pétasses me fit-elle en me faisant un clin d’œil à faire tomber tous les plus beaux mâles de la soirée, puis elle disparut de mon champ de vision.

Sacrée Judith !

Finalement, tout se passait, pour le moment, comme sur des roulettes. Et j’étais plutôt contente de moi pour une fois. Moi qui ne voulais pas venir, car j’avais peur d’être, justement, trop introverti, j’avais enfin trouvé des personnes qui m’avaient mis à l’aise. Et je n’avais pas quitté le groupe de ses deux jeunes hommes aux amis populaires. Deux heures avaient passé et quand je fus enfin en confiance, on avait crié dans toute la maison.

— La police, la police ! Tirez-vous !

C’est ainsi que Judith m’avait aussitôt repéré et attrapé le bras in extremis. Et on avait couru dehors comme si notre vie en dépendait. Pourtant tout se passait à merveille. Dommage, avais-je pensé, car j’espérais bien revoir ce groupe. Pendant ce temps, au loin on avait vu les jumelles converser avec les policiers sous des lampadaires non loin de cette belle demeure.

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