Introduction

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J’aime m’installer avec mon ordinateur au cœur de l’accueil de jour. Je choisis presque toujours une place centrale, stratégique, qui me permet d’embrasser du regard tout ce qui s’y joue : L’entrée d’abord, où se tient l’équipe d’accueil. Le bar ensuite, point névralgique par lequel tout le monde passe à un moment ou à un autre de la journée. Et puis l’arrière du bâtiment, avec le coin salon, plus calme, où les personnes accueillies tentent de se détendre. La vue sur le jardin apaise aussi, un peu de verdure au milieu de la ville, c’est déjà beaucoup.

De là où je suis assis, je vois également les bureaux d’entretien. Les personnes s’y succèdent, accompagnées d’un travailleur social. Elles y entrent souvent avec une impatience et un espoir presque déraisonnables, et en ressortent le plus souvent résignées, mais soulagées d’avoir fait ce qu’il fallait pour que, peut-être, leur situation change un jour. Juste derrière moi, un va-et-vient quasi permanent se dessine vers les sanitaires. Le besoin de rester propre demeure chez la grande majorité, même si certains, on le sait, ont fini par abandonner.

Si je choisis cette place, ce n’est pas seulement pour observer. C’est aussi pour être vu, pour offrir la possibilité à chacun de venir m’aborder, de s’asseoir, d’échanger quelques mots. Parfois, il ne s’agit que de banalités : la météo, le score d’un match de football. Souvent, les personnes comprennent que je travaille dans l’association et s’interrogent sur mon rôle. J’avoue aimer leur air surpris lorsque je leur explique que je suis le directeur.

Quand ils hésitent, je souris et je leur dis qu’ils ne me dérangent pas, que si je voulais être tranquille, il y a d’autres endroits pour cela, et qu’ici, ils sont les bienvenus pour discuter. Ce sont ces moments-là que je chéris le plus. Ces échanges qui prennent le temps. Je ne sais pas si les gens se confient parce que je représente une forme d’autorité, parce que cela leur permet d’exister autrement, ou parce qu’ils imaginent que j’ai le pouvoir de changer leur situation. Peut-être est-ce simplement parce que je leur offre un sourire, une écoute, et que cela fait du bien de parler, d’échanger entre adultes. Comme si nous nous étions rencontrés dans un café, deux inconnus qui prennent le temps de se découvrir.

Ces récits forment une galerie de portraits, assumée comme telle, subjective, née de rencontres et de conversations au milieu de l’accueil de jour. C’est un asile au sens le plus large du terme : un refuge pour celles et ceux qui n’ont plus rien, un lieu où se croisent toutes les misères et toutes les folies. C’est un endroit profondément vivant, peuplé de vies cabossées et d’âmes en peine, mais c’est aussi un havre de solidarité, de chaleur humaine, d’échanges C’est tout simplement un accueil de jour.

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