Acte 1 - La guilde de l'union

7 minutes de lecture

Le jeune empereur de la guilde était installé derrière son bureau, ses mains gantées de blanc les doigts croisés, les coudes sur la table… son uniforme noir tranchant avec la carte du monde marron, les traités empilés et noués de beige et un petit coffre posé sur la table. Etait-il soucieux ou attendait-il des nouvelles, les deux sans doutes… mais il avait un plan à mettre en branle pour renverser cette situation et faire cesser les combats au moins autour de sa petite alliance et qui sait, sauver ce qui pouvait encore l’être.

Danesse remontait les escaliers, ses bottes raisonnant sur le métal des marches. Les couloirs comme le bureau de Maître de la Guilde étaient gris, de cette sombre couleur métalique pur, comme le sol… la faible lumière dessinant des ombres sombres sur le pâle halo de lumière…

Danesse n’était pas plus vieille que le jeune empereur, la trentaine tout au plus… son visage rond, sa petite bouche et son petit nez lui donnaient même moins que son âge et sans son uniforme noir mat dont les coutures étaient refaites de blanc et son brassard montrant son rang d’officier supérieur… on l’aurait prise pour une gamine. Ses oreilles d’elfe dépassaient de sa coiffure, des cheveux blancs comme la neige descendant sur son coup. Sa veste ouverte montrant une chemise blanche sertie d’une cravate noire, plus sombre que son uniforme, encadrée par deux boutons d’or. Sa poitrine généreuse soulignée par la coupe de sa veste et son ventre plat, ses bras fins mais musclés lui donnaient un aspect de soldate endurcie dans un corps d’enfant.

L’empereur, un blondinet au visage rond et bouffit n’avait pas bougé d’un cil, immobile tel une statue, les yeux fermés. Danesse le regardait… ses longs cils désignant celui à qui elle allait s’adresser… et ce dernier semblait tellement impassible. Et dire qu’ils portaient tous deux le même uniforme, la seule différence étant dans le grade sur le brassard rouge orné d’un soleil blanc d’une puissance sans nom… Elle était lasse de cette vie, de faire des rapports et que rien ne change… mais cette fois-ci, elle essayerait au moins de se faire entendre, d’avoir une réaction, de faire bouger les chose… Mais elle savait, au fond d’elle-même que son supérieur ne l’écouterait que par politesse cachant une obligation de fait… et que l’empathie n’était aucunement sa priorité, sans quoi, les choses auraient déjà évolué dans un sens ou un autre…

Elle se mit au garde-à-vous, comme le protocole l’impose… et son interlocuteur, Gagoze Arisaka, daigna lui adresser la parole… ouvrant à peine les yeux et ne changeant en rien sa posture.

- Allez-y Lieutenant… faites donc votre rapport… S’il avait pu ajouter « encore » ou « inutile », il l’aurait fait sans sourciller… mais dans le respect du protocole, il se contenta du minimum… qui n’incluait pas, vu son rang, de regarder son interlocuteur. Juste de l’écouter pour acter le rapport en question.

Danesse s’approcha de la table et posa sa main gantée de noir sur la carte du monde.

- J’ai encore vu des enfants qui marchent seuls dans la ville en flamme… sans noms et sans âmes, épuisés de larmes.

Gagoze l’écoutait les yeux fermés, jouant avec ses doigts et restant le plus impassible possible, comme détaché de la réalité… absent… ou déjà dans la perspective que son plan allait réussir et que ce rapport n’était rien d’autre que des mots au passé.

- Je vous parle d’une réalité, il y a des gosses blessés qui cherchent la lumière, la chaleur des bras de leurs mère, la grandeur, la force de leurs père. Mais les lois dispersent les chemins…

Danessse déversait ce qu’elle avait sur le cœur sans se désarmer et sans perdre de sa grandeur, rapportant ce qu’elle avait vu de ses yeux encore un instant plus tôt sans pouvoir rien y faire sans un accord de la hiérarchie… et qui perdurerait tant que l’espace vital de la guilde serait une zone de non droits servant de lieu de conflit entre deux factions. Alors elle continua… se redressant pour assoir son rang et ne pas déborder du protocole.

- Sans remèdes, l’indulgence s’éteint, sous un ciel grisé de tourments… des maux et encore des mots, ces accords joués sonnent trop faux.

Elle prit une grande respiration et continua, ne laissant pas le temps à Gazoze de la couper, même s’il aurait pu le faire par simple volonté vu leurs rang respectif… et il la laissa continuer, presque amusé de l’écouter déborder d’émotion… l’empathie n’étant plus une de ses valeurs depuis qu’il occupait ce poste.

Danesse se redressa, bombant le torse, les mains derrière le dos, ses bras traçant des angles sur ses courbes tellement féminines … Et Gazoze ne bougeait pas, ses mains toujours croisées devant son menton, ses coudes toujours sur la table.

- Je les ai vu courir, chercher ceux qui portent leurs sang… chercher de quel côté était ce grand soleil puissant… j’ai vu des enfants jouer avec des armes, avec des cailloux… l’inconscience parmi les débris… des gosses qui cherchent l’amour qu’on leur a détruit… et quand la nuit apaisera leurs colères, il ne leur restera qu’un souvenir amer… et quand leurs cœur cesseront de gémir il ne restera que des mots, des maux et des accords joués qui sonnent trop faux !

Gazoze siffla entre ses dents et ses lèvres puis se leva d’un bond, tapant ses mains sur la table, comme pour l’aider à se dresser, lui donner une impulsion… et d’une voix impassible et monotone commença à recadrer la jeune officier…

- Chemin de rêve… chemin de croix… question de foi. La scène est ma maitresse, deux heures de tendresse pour des nuits de cauchemar… et pour réussir, il n’est jamais trop tard. Le pouvoir ET la gloire !

Tout en parlant, il la faisait reculer et s’approcher de la rampe de protection, de l’escalier, du vide, qui se trouvait derrière elle. Et il avança jusqu’à ce que Danesse soit acculée contre le métal, qu’elle ne puisse s’échapper de ce qu’il avait à lui dire. Pour une fois, il la fixait dans les yeux. Elle en était terrifiée… mais elle le cachait derrière sa fierté, son rang et ses responsabilités.

- La vérité te dépasse, il te manque LA classe… la foule, le show, c’est beau… quand sur la croix on te montre du doigt. Rien n’arrive en flambant, faites élargir les boulevards car la tête se coince au départ ! L’appel du cri, l’appel du cœur… consignée tu ne seras pas déserteur, chômeuse on embauche sur les champs de pagaille… et les bonnes femmes ne seront pas de paille ! Tu veux sauver le fils de la rivière kwaï… répondre à l’appel du cri et du silence ? Répond vite… ils vont perdre patience… mais méfies toi quand en haut les sourires sont de connivence….

Danesse baisa la tête, elle comprit que son rapport avait probablement dépassé les bornes, s’impliquer n’était pas dans le protocole et rompre ce dernier n’était pas vraiment une bonne idée. Elle était presque honteuse de rapporter des choses que Le Maître de Guilde devait forcément savoir… et encore plus gênée de penser que s’il savait, il aurait du agir. Au fond, qui était-elle à part un lieutenant, pour lui dire quoi et comment faire…

- Profites de la guerre car la paix sera terrible… tu me diras l’effet que cela fait de servir de cible… Mercenaire aux mains sales à la recherche d’idéal. Je ne vais pas vous parler de fleurs quand les gens faussent le jeu et acceptent la peur. Agresseur, agressé, sourire ou révolté…. Crapahuter, hurler, pleurer ou marcher au pas en tirant sur qui ou quoi… Donner c’est donner, reprendre… c’est VOLER !

Danesse retrouva un peu de dignité et releva la tête pour tenir tête à son supérieur, quoi qu’il envisage, il ne pouvait pas se permettre de lui nuire…

Et tandis qu’elle lui rappelait le protocole et les droits de chacun, il la fit taire, la prenant à la gorge. Danesse tressailli, la poigne de Gazoze, ses gants blanc immaculé sur son coup… elle avait peur, allait-il la pousser dans le vide, continuer de la menacer… ou mettre ses menaces à exécution séance tenante… A ces idées Danesse était pétrifiée et il lui était impossible de lever la main sur son supérieur.

- Pauvre elfe au pied bien sur terre, pour qui la violence est toujours nécessaire… tu veux être un héros, pas un laid mais beau…. Tu veux être sans peur et sans reproche, être respectée toi et ton passé qui te sert de vide poche…

Danesse essayait de répondre mais la pression sur sa gorge étouffait ses mots et ce ne fut que quelques gémissements qui sortirent en guise d’acquiescement aux oreilles de Gazoze… qui continuait son monologue, promesse des pires souffrances pour ceux qui se mettraient en travers de son chemin.

- Millions de héros harnachés d’armes et de haine, comme le héro d’en face ne vaut pas la peine. Tu tueras d’autres hommes peu importe la façon. Couverte d’honneur, de pleurs et de décorations… car tu auras tué et plus que le voisin et si tu retourne au pays qui t’as forcé la main…. Les circonstances t’accuseront et te condamneront. Béni des dieux des Elfes… paix à ton âme.

Sur ces mots, il lâcha son emprise sur la gorge de Danesse qui toussa, cherchant à reprendre son souffle.

Gazoze donna des ordres en tournant le dos à Danesse et descendit le plus calmement du monde les escaliers, laissant la jeune officier seule dans ce bureau froid.

Danesse le regardait partir en continuant de donner ses ordres de préparation pour un voyage rapide… elle en était écœurée. Elle tâcha de se reprendre, de retrouver son calme, mais sa respiration était le reflet de son dégoût et du mépris de celui qui aurait du agir comme un chef… Ce qu’il restait de sa grandeur se résumait dans sa cravate… froissée et détendue, tordue, cassant la symétrie de son uniforme qu’elle pensait porter avec fierté. Elle vengerait ces propos, c’est à cet instant qu’elle se le promis… à la première occasion.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire lothan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0