Acte 3 - La déchéance de Gazoze
De retour au quartier général de la Guilde de l’Union
Gazoze rentra à son quartier général, son chauffeur ne soufflant mot sur ce qu’il venait de se passer… Gazoze ne faisant que gémir de douleur sur la blessure de son bras qui tenait de sa main, le sang coulant entre ses doigts malgré le bandage de fortune qu’il s’était fabriqué d’un bout de sa chemise.
- Je ne rêve plus, je ne fume plus, je n’ai même plus d’histoire… avec eux… elle m’a rendu sale, elle m’a rendu laid… elle a fait de moi un orphelin sans dortoir
Le chauffeur fit mine de ne rien entendre, ou ne rien comprendre… il ne savait que trop bien ce qu’il pouvait advenir de lui si l’idée de poser des questions sur un rendez-vous secret lui prenait. Alors il se tu et se concentra sur la route.
- Je n’ai plus envie… de vivre ma vie, cette option s’est envolé comme elle s’est évaporée. Je n’ai qu’une envie, c’est de mon lit ou d’un quai de gare comme elle m’a planté là.
La voiture sillonnait ce qu’il restait de la ville presque sans autre bruit que le ronronnement du moteur, le vent et une pluie fine qui ajoutait sa patte au drame qui venait de se jouer.
- Je suis blessé et malade, comme quand ma mère sortait le soir et qu’elle me laissait seul avec mon désespoir… elle devait arriver on ne sait jamais quand, elle est partie je ne sais ou… et ça va faire bientôt deux ans qu’elle s’en fout.
Si Gazoze avait su qu’Enoriel avait été éconduite et qu’elle avait bien prévu de venir à ce rendez-vous, il ne lui en aurait probablement pas tenu rigueur… mais les faits de ce soir le poussait à affirmer la trahison envers lui et tout ce qu’il était prêt à donner pour son propre salut…
Il faisait encore nuit lorsqu’il s’extirpa de sa voiture et monta comme il put vers son bureau, derrière lequel se trouvait ses quartiers. Personne ne devait savoir, personne d’autre que son chauffeur ne savait, à part un traitre… qu’il trouverait… mais dans l’immédiat, remonter à son bureau. Et tout en traversant les couloirs jusqu’à l’escalier, il marmonnait dans sa barbe, sans prêter attention au fait qu’il était presque seul, si ce n’est de deux gardes qui le suivait comme des gentils petits chiens depuis sa sortie de voiture.
- comme à un rocher, comme à un péché, j’étais accroché à elle… je suis fatigué, je suis épuisé… il me reste à faire semblant d’être heureux quand les autres seront là.
Il préparait déjà son plaidoyer pour le prochain rendez-vous secret avec l’autre faction, mais même à ses yeux, il aurait mieux valu passer chez les efles nobles plutôt que chez les chiens de guerre car d’un côté il aurait été l’éminence grise dans un château de lumière ou il aurait pu installer son pouvoir… que de l’autre, il ne pouvait espérer qu’une tante derrière les lignes de front pour diriger des soldats… ses propres hommes qu’il enverrait à l’abattoir, se fracasser sur les défense elfique et mourir pour quelques instants de pseudo gloire.
Il continua de marmonner en montant les escaliers vaille que vaille… les deux gardes toujours derrière lui, silencieux et bien dressés.
- je vais boire toute la nuit, mais tous les whiskys auront le même goût… et tous les bateaux porteront le même drapeau… je ne sais plus où aller… elle est partout… mon sang se déverse de mon corps et je suis comme un oiseau mort… elle m’a privé de tous mes chants et m’a vidé de tous mes mots … pourtant j’avais du talent…
Il ne vit pas dans l’ombre de la pièce celle qu’il avait méprisée… qui le regardait et surtout l’écoutait avouer ce qu’elle avait découvert, ce que l’ensemble des officiers avaient découvert…
- Ces complots me tuent, si ça continue, j’crèverai seul avec moi, près de mon bureau comme un gosse idiot écoutant ma propre voix qui chantera… je suis blessé, blessé et malade, abandonné trahi, il ne me reste que le désespoir… et prier pour qu’avec les autres cela se passe…
C’est à cet instant précis que Danesse fit un pas pour sortir de l’ombre… ajoutant une couche d’horreur au délire de Gazoze, qui réalisa ce qu’il venait de dire devant témoins… devant un officier et deux gardes…
De la fin d’après-midi ou elle avait fait un énième rapport au départ de Gazoze, elle n’avait fait qu’une chose, réunir d’autres gradés de la guilde pour décider de quoi faire de ce tirant qui n’avait cure de la guilde… Puis, lorsque Gazoze s’était évaporé, l’espion en avait rapporté, encore une fois, toutes les informations. Le groupe de rebelle en avait profité pour fouiller le bureau du dictateur, trouvant ses plans… une preuve ultime de trahison, de vendre les clans affiliés comme chair à canon si ce n’est aux uns, aux autres… Gazoze avait tout prévu pour mettre fin au conflit au détriment de ceux qui étaient déjà entre les deux feux. Ce fut suffisant pour prendre une décision… et d’après l’espion, Enorielle avait été éconduit par Astaria rendant le plan de Gazoze caduque… s’il fallait le stopper c’était ce soir car l’autre faction était, de notoriété, moins regardante sur le respect de l’être vivant si tant est que le gain de puissance en soit la clef.
Elle se délectait de voir le futur ex chef de meute à terre et blessé tandis qu’elle se tenait debout face à lui, dans son uniforme impeccable, forte de la confiance des autres gradés… en traversant la pièce pour couper à Gazoze toute retraite elle tint ces paroles.
- C’est une puissance invisible, le choc des mots n’existe pas. Lorsque ta force joue la violence et l’égoïsme, lorsque rien n’est plus fort que ma voix. C’est l’insolence qui prend le rythme, ta liberté sous nos doigts.
Ses pas étaient sur, chaque enjambée appuyant ses mots jusqu’à ce qu’elle se tienne droite devant Gazoze qui n’avait pu que tomber assis au sol en réalisant à la fois ce qu’il venait d’admettre… ce qui lui était dit… et surtout qui lui disait cela… et cela n’arrêta pas Danesse.
- Sur des colonnes on te résume, tu es seul, on est plus que trois. Pourquoi ces gens qui te harponnent et qui te jugent, ce pouvoir qui limite tes droits ?
Gazoze était sans voix… acculé au sol, elle se tenait entre lui et la fuite… et pourquoi ses deux chiens de gardes ne réagissaient pas… et Danesse qui ne se taisait pas, emplissant la pièce de sa voix calme, posée, monotone, énonçant la suite de ce qui sonnait comme un jugement…
- Serre dans tes yeux la solitude, seule toute la haine envers toi est notre loi. J’accuse les rôles de ton scénario trop faciles, d’humilier les peaux sensibles. J’accuse le tireur de poison qui s’agite au fond d’un dégoût tragique. Y’a des âmes qui vengent le mal, qui s’acharnent au creux de nos larmes.
Les deux gardes changèrent de posture, de prostré ils redevinrent droit et en gestes sur, ils dépouillèrent Gazoze de ses insignes avec des regards indiscrets. Comme assoiffés par l’émotion qu’il leurs procures, comme un jouet qu’ils voudraient bien casser. C’est leurs violences qui prennent la suite… Comment Gazoze pourrait-il pardonner ?
Danesse dévoila le parchemin qu’elle tenait caché, le déroula et le lu, sans changer de ton, sans un regard pour son ex dictateur de patron.
- Gazoze, tu es officiellement et par décret unanime des officiers de la guilde, démis de tes fonctions, j’ai été désignée pour prendre ta place et veiller à ce que tu sois éconduit sans délais hors de nos murs.
Une fois cela dit, devant témoins et face à l’intéressé, elle replia le parchemin et s’adressa aux gardes, qui étaient dans la confidence, pour l’éconduire et appliquer la sentence de mort…
Ils ne se firent pas prier et acceptèrent l’ordre presque fièrement, retrouvant un peu de dignité perdue à servir Gazoze… tandis qu’elle restait droite et stoïque au coin de la pièce, pouvant ainsi voir son ex chef se faire trainer de son ancien bureau aux escaliers tandis qu’il vociférait des menaces de vengeances encore plus sombres et cruelles que celles évoquées plus tôt dans la journée. Mais ses mots n’atteignirent même pas Danesse qui soupira de soulagement du devoir accompli.
Lorsque Gazoz eut disparu de son champ de vision, elle donna son premier ordre de chef de guilde… à savoir à l’espion en place pour qu’il contacte Astaria et l’informer du changement radical de position de la Guilde de l’Alliance, le regrettable accident advenu à feu Gazoze et la demande de l’ouverture de pour parler de l’avenir le plus rapidement possible.
En attendant, il lui faudrait nager dans les eaux troubles des lendemains… et attendre ici la fin. Flotter dans l’air trop lourd du presque rien, et attendre qu’Astaria accepte de lui tendre la main. Mais si elle devait tomber de haut, que sa chute soit lente, et si elle devait trouver le repos, que ce ne soit pas dans l’indifférence… pourtant elle avait retrouvé l’innocence. Mais pour l’instant, rien n’avait de sens… et rien ne va.
Grace à Gazoze, tout était chaos, à côté de ses idéaux, des mots abimés. Elle espérait une âme qui pourrait l’aider car sa génération n’était que désenchantée… désenchantée.
De toute manière personne n’aurait pu l’empêcher de tout entendre quand la raison s’était effondrée, et il ne restait qu’une sainte à qui se vouer… qui pouvait prétendre à les bercer dans son ventre. Et à ce stade, si la mort était un mystère, leur vie n’avait rien de tendre. Et si le ciel avait un enfer… il pourrait bien attendre. Et dans ces vents contraire… comment s’y prendre, car grâce à Gazoze, plus rien n’avait de sens… et plus rien n’irait bien.
Ceci dit, le plus compliqué était fait… il ne restait qu’à diriger au mieux et réparer les dégâts de son prédécesseur, en espérant, en priant, pour qu’aucune autre faction ne vienne chambouler un peu plus l’échiquier en place déjà bancale.

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