Acte 6 - Dans les prisons de Gazoze
Asteria émergea lentement de son coma… et réalisa qu’elle était captive, les poignets et sa nuque prises dans une lourde planche de bois… dont elle pouvait toucher les cadenas froids et métaliques du bout des doigts. De part et d’autre de la planche d’un bon mètre se dressaient deux chaines, ajoutant du poids sur ses épaules… le tout fit un tintement affreux lorsqu’elle bougea son torse, entrainant le haut de son corps, pour parcourir les lieux du regard… une grande cellule, deux lits bien trop éloignés d’elle vu la longueur des chaines… fixées aux barreaux aux quelle les deux jeunes filles étaient addosées… et la pièce continuait avant de donner sur une porte en métal.
Elle avait souvenance d’avoir défait des hommes de Gazoze… puis d’avoir été prise en traitre…
Elle sentait ses vêtements sur elle… et Danesse était dans la même situation, à côté d’elle, toujours endormie…
Elle se mit à murmurer… au moins pour tuer la solitude et l’angoisse… en attendant que Danesse se réveille… ce qui pouvait prendre quelques minutes autant que quelques heures. Sa seule certitude était que si elle était morte, elle ne serait pas enchaînée à côté d’elle… et sa poitrine se dilatait au gré de sa respiration…
- je ne vois que ce que mes yeux veulent voir… comment a-t’on pu en arriver là ? j’ai si froid… d’avoir ouvert mon âme… je me consume de ce que j’avais… je perds mon temps avec des regrets… je suis défaite… parce que j’ai ouvert mon âme… si seulement… je pouvais m’enfuir… on n’avait pas été trahie… devoir se soumettre à lui… qui a les clefs…
Elle tapotait la planche du bout des doigts au gré de ses murmures… par moment elle agitait la jambe pour marquer le rythme, comme si elle comptait les secondes à défaut de compter les minutes ou les heures qu’elle avait déjà du passer dans cette prison…
- mais qui blâmer… et qui sait ce qu’il va arriver… si on se perd nos cœurs seront brisés… on est des elfes et on veut voler… on va souffrir et peut-être y mourir… j’ai déjà si froid… d’avoir signé ce pacte…
Elle s’arrêta, Danesse commençait à émerger, elle bougeait la tête… puis ouvrit les yeux et essaya de bouger… ce qui fit grincer son carcan et s’agiter les chaînes… puis dévisagea Astéria…
- Ne me regarde pas comme ça, ne penses pas que je souris ou que je ne sais pas ce qui est au dessus de nous… Je veux que tu me regardes et penses que ce qui est en toi est en moi et qu’on ne les laissera pas nous abuser…
Danesse lui répondit, énervée de cette situation… Des voyoux et des ignorants ! Nous devrions nous défendre contre ces pratiques, ces mauvais sorts… pour le soleil et pour la pierre ! Ils sont mauvais jusqu’au sang… mais la bataille n’est pas finie ! Même si Gazoze penses avoir gagné… tant que nos enfants seront de ce monde… Ils défendront nos royaumes !
Asteria acquiessa et lui répondit sur un ton mélancolique… ce n’est qu’une seconde, et 7 secondes avant… simplement tant qu’on reste… vivant… on attendra. Ce n’est qu’une seconde, et 7 secondes de plus… on attendra, on survivra…
Danesse s’excitait dans son carcan… attendre et survivre alors qu’il faudrait agir…. Sur un ton rageur elle lui répondit
- Gazoze devrait être mort, il était des miens, j’assume ce qu’il nous advient. J’aimerais qu’on oublie les couleurs et ne pas lui donner ce qu’il espère. Ce n’est pas parce qu’on est des elfes qu’on désespère… je veux les portes ouvertes, des amis pour défendre nos peines et se réjouir de nos victoires… et affirmer qu’on ne se divisera pas… qu’on ne changera pas !
Asteria lui répéta… ce n’est qu’une seconde, et 7 secondes avant… simplement tant qu’on reste… vivant… on attendra. Ce n’est qu’une seconde, et 7 secondes de plus… on attendra, on survivra…
Danesse lui répondit sèchement que quoi qu’il arrive leurs factions se défendraient, c’était des millions de voix pour ne pas se laisser diriger et qu’elle ferait mieux d’écouter, pour une seconde, au lieu de se lamenter !
Elle n’en pouvait plus de ce carcan… elle s’agita et essaya de toutes ses forces de séparer les planches qui ne firent que grincer et s’agiter les cadenas autant que les chaînes… Asteria lui affirma qu’il était vain d’essayer, même sa magie n’avait aucuns effets ici… alors Danesse laissa tomber. Si la force n’était pas une option maintenant, elle le serait plus tard… à la seconde ou on lui enlèverait ces choses… tenter quelque chose, n’importe quoi…
La porte grinça et le rire sadique de Gazoze se fit entendre alors qu’il passait la porte, seul…
- Les petites fleurs écoutez moi… dans votre monde c’est la pagaille… la vie qui vous attends ici est bien mieux que celle que vous auriez eu sur terre…
En disant ces mots il avait traversé la pièce et ouvrait la porte de la cellule. Dansse et Astéria étaient assise par terre et même si l’une d’entre elle avait voulu se rebiffer, Gazoze prenait grand soin de rester hors de portée. Si Astéria ne voulait pas le regarder, Danesse le suivait du regard, la bouche serrée, les poings fermés.
- Les pâtisseries sont toujours plus belles dans la boulangerie d’à côté… toi tu seras meringue, dit-il en désignant Danesse ; et toi casse-croute, en désignant Astéria.
Danesse siffla entre ses dents que dans ce cas il serait une crème brûlée.
Cela fit rire Gazoze mais ne le fit pas taire pour autant, il jubilait de sa victoire et de l’humiliation qu’il infligeait à ses deux rivales… et dans sa tête, ce n’était qu’un début…
- Regardez bien le monde qui vous entoure, ce sera votre seule réalité… on fera carnaval tous les jours, mieux vous ne pourrez pas trouver !
En disant cela il se caressait le sexe d’une manière outrageusement explicite par-dessus son uniforme.
Astaria cria qu’elle était encore vierge, Danesse siffla entre ses dents moi aussi ; puis plus ouvertement et d’une voix forte elle ajouta, mais tais-toi, ne lui donne pas ce plaisir !
Gazoze continuait de jubiler…
- Sous l’océan, sous l’océan… les nichons sont bien mieux, tout l’monde sera heureux sous l’océan… là-haut ils s’entrent tuent toute la journée, vous êtes esclaves et prisonniers… pendant qu’on baise comme des panthères sous l’océan…
Astéria était écœurée des propos tandis que Danesse ne le lâchait pas du regard, le défiant malgré ses chaînes… et Gazoze n’en avait cure…
- Chez moi les puissants se fendront d’une pipe, vos langues seront un vrai régal, entre deux petites batailles, à tourner en rond dans leur bocal… ma petite île escale pour eux ce sera l’extase… entre copains bouffeurs de chatte si madame pâtisserie n’est pas sage… elle finira à poil…
Il sautillait et désignait le plafond, le sol, d’autres pièces du doigts en débitant sa satire… son seul but étant de les mettre toutes les deux le plus mal à l’aise possible. Pour Astéria c’était fait… Danesse ne daignait pas baisser le regard ni desserrer les dents… alors il continua…
- Dans ma prison, dans mon hôtel… et il se mis à hauteur de Danesse pour bien fixer son regard… il n’y a pas de lubrifiant, pas de salive et pour toi pas de plaisir… Tu ne peux pas dire « non », dans ma prison y’a que des hameçons… on te prend à sec, par devant par derrière… dans toutes nos chambres…
Il se releva et chercha le regard d’Asteria, après tout, elle aussi pouvait avoir son petit échange droit dans les yeux… et il fut obligé de la prendre par le menton pour enfin plonger ses yeux dans les siens…
- la vie sera super mieux pour vous deux, tu vois meringue et casse-croute vont se lancer dans le reggae, ils ont le rythme, vous serez de la dynamite sur ma p’tite île… Meringue au flutiau, et il tourna la tête pour s’adresser à Danesse puis revint à Asteria, toi tu chantera comme une harpe… et il se releva pour s’adresser aux deux captives… vous allez être surprise des invités, y’en aura de tous les côtés et p’têt même que vous en connaissez… et d’autres que vous ne pourriez soupçonner… et tous ceux que vous n’connaissez pas, mais au fond pourquoi pas… vous allez chanter, ils vont vous tringler… et vous finirez décédé… c’est frénétique, c’est fantastique… on sera en transe, faudra que ça balance… sous l’océan !
Et il se mit à rire comme un enfant rigole d’une bonne blague.
Danesse en profita pour poser toutes les questions, profiter de cette pause dans son délire pour obtenir un semblant d’informations… et non sans demander avec crainte mais avec la voix sur et appuyée d’une chef de guerre arrivée à son rang par principes et convictions elle demanda ou elles étaient, comment pouvait-il être encore en vie et qu’est ce que tout ce tas de bêtise pouvait bien vouloir dire… ajoutant qu’elles avaient toutes deux des alliés et que les choses ne resteraient pas impunies !
Dans son carcan, toute sa froideur était ridicule, elles étaient toutes deux pathétiques et Gazoze les regardaient… l’une puis l’autre, comme on regarde des pâtisseries en se demandant par la quelle commencer. Il s’appuya contre le mur et se frotta le menton.
- Tu veux savoir Meringue… Quand Casse Croute a défait mes ambitions… et que tu as fomenté une rebellion… j’ai pu fuir avec mes troufions… J’avoue j’ai bien cru ne pas y arriver, si je n’avais pas été aidé… vous m’avez vu avant mes amies… mais vous ignorez à présent qui je suis… de chez le grand mage j’ai tout appris et j’ai vu la vérité de mes yeux… J’ai obtenu mieux que ce que je voulais à condition de vous faire disparaître… rien de difficile quand on sait… dans votre monde tout n’est que mensonges.
Astéria haussa la voix, désignant le scribe comme le traitre, accusant celui qui devait garder le monde comme ultime coupable. Danesse acquiesça et ajouta qu’il devait y avoir d’autres traitres aussi bien chez l’une que chez l’autre.
- Vous savez, les pâtisseries, je me souviens de tout, n’ayez pas d’inquiétude… comment pourrais-je oublier. Ce n’est pas la première ni la dernière fois qu’on se voit… mais vous saurez pourquoi vous ne devriez pas vous taire… croyez-moi, plus vous hurlerez mieux cela se passera… personne ne vous veut du mal, si ce n’est que personne ne veut vous revoir… ici vous serez comme deux étrangères.

Annotations
Versions