Chapitre 11

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Suzie

J’aimerai que ma marraine la fée me fasse disparaître d’un coup de baguette magique de cette voiture. Je n’arrive pas à aligner plus de deux mots à la suite sans bafouiller. Je me sens stupide et ridicule à côté de cet homme et de son pouvoir de séduction. Je suis Cendrillon dans un carrosse sans sa robe de bal et sans ses pantoufles de verre face à un prince beau, assuré et avec une odeur musquée.

- Es-tu déjà allé à une soirée de gala ? Avec robe, petits fours, etc …

- Non, dis-je mal à l'aise, ne comprenant pas sur quel chemin de traverse il m’emmène.

- Tu n’as pas de robe pour ce genre d’occasion alors ?

- Non, je ne porte jamais de robe, articulé-je avec difficulté. A quoi joue-t-il ? Pourquoi ai-je la désagréable sensation que mon calvaire ne fait que commencer ?

- Il va falloir remédier à ce problème, insiste-t-il. Tu vas devoir faire les boutiques. Il va te falloir une robe élégante pour la soirée.

- Je comprends pas ? dégainé-je. Quelle soirée ?

- J’ai une soirée samedi et tu m’accompagneras, dit-il sans laisser le moindre doute sur le fait que je dise oui.

En fait, il ne demande pas, il m’ordonne. Mon avis ne compte pas. Je n’ai pas le droit au libre arbitre. La colère grandit tout à coup en moi.

- S’agit-il d’une obligation professionnelle ? Demandé-je agacé.

Lui aussi veut décider pour moi. Je n’ai pas l’intention de me laisser faire une seconde fois.

- J’aurais préféré que tu aies envie de m’accompagner. Mais il semble que tu ne sois pas prise d’un enthousiasme débordant donc cette soirée devient une obligation. Petit rappel, il est mentionné dans ton contrat que tu es dans l’obligation d’assister à des déjeuners et/ou des soirées, dit-il exaspéré.

- Vous demandez si gentiment que je ne vois pas comment je pourrais refuser, râlé-je.

Je bous de l’intérieur. Comment fait-il pour être chaud comme la braise et la seconde suivante être cet iceberg, froid et dur. Cet homme est exaspérant mais attention c’est le boss. Je prends une grande inspiration et ravale ma colère. Je dois garder ce job pour Annie et Maddie. Je leur ai fait une promesse à chacune.

Au revoir Monsieur ultra sexy dans sa serviette de bain. Bonjour patron autoritaire et directif. Merci, Monsieur, d’avoir éteint le feu de ma libido.

Charles est de retour. Il met ces paquets dans le coffre et remonte enfin dans la voiture pour nous ramener au bureau.

Je n’adresse plus un mot Aédan, je fulmine. Lui aussi à l’air contrarié. Croyait-il vraiment que j’allais sauter de joie face à son invitation qui n’en est pas une. Il s’agit plutôt d’un ordre donné. Un ordre que je vais m’atteler à exécuter sans émettre de ronchonnements et de grincements de dents. Il n’aura pas la satisfaction de me voir gauche ce soir-là, il n'en est pas question. Je vais lui en mettre plein la vue. Je ne sais pas encore comment mais je vais demander un coup de main à Maddie. Quand je lui expliquerai quel mufle de patron nous avons, elle va se faire plaisir en m’aidant à trouver une jolie robe qui le fera pâlir d’envie. Je suis remontée comme une pendule. L’après-midi promet d’être haut en couleur s' il essaie à nouveau de m’imposer ces directives. Je veux garder ce travail mais pas à n’importe quel prix. Je ne m’abaisserai plus pour le plaisir d’un homme. Mon avis importe dorénavant et je compte bien faire entendre ma voix.

Aédan demande à Charles de nous déposer au pied de l’ascenseur privé avant d’aller se garer. Il ne cache pas son empressement. Un vieux sentiment se rappelle à moi. La culpabilité me gagne alors que je n’ai rien fait de mal. Cette petite boîte où nous allons nous retrouver encore une fois seul près l’un de l’autre mais cette fois-ci sans chaperon ne va pas beaucoup m’aider à me détendre.

Les portes s’ouvrent quasiment aussitôt après avoir appuyé sur le bouton. L’irritation se lit encore sur son visage mais cela ne l’empêche pas de rester galant. Ma surprise me fait hésiter mais je pénètre la première et il me suit sans aucun mot ni aucun regard. Je suis devenue transparente tout à coup. La montée des étages me paraît interminable, le silence qui y règne est oppressant. Je suis tellement mal à l’aise de tout ce qui s’est déroulé que je commence à avoir des bouffées de chaleur, les battements de mon cœur s’accélèrent. Je retire ma veste pour essayer d'apaiser cette montée en puissance d’anxiété. Ma respiration se fait plus forte. Mes jambes vacillent. Je me retiens sur la paroi de la cage d’ascenseur.

- ça va ? me demande Aédan se rapprochant de moi dans la cabine et en déposant une main dans le milieu de mon dos.

- J’ai du mal à reprendre ma respiration …

- Tu fais une crise d’angoisse, regarde moi Suzie. Tout va bien se passer.

Il se met face à moi, prend mes mains dans les siennes. La crispation de tout à l’heure a disparu de son visage. Le masque tombe. Il paraît s’inquiéter réellement pour moi. Aédan m’aide à me détendre en utilisant une technique de respiration.

- Inspire profondément et souffle doucement. Oui comme ça, très bien. Respire Suzie, c’est ça.

Ma crise d’angoisse s’atténue et ma gaucherie arrive à grand pas. Le feu de mes joues me fait vite comprendre que la couleur rouge est de retour sur celles-ci. Ces mains sont grandes et chaudes, elles me rassurent avec leurs petits mouvements du pouce qui me caressent le dessus des mains. Par égard, il ne me fait pas remarquer la couleur de mes joues pour la première fois et je l’en remercie intérieurement. Un signal sonore retentit pour nous prévenir que nous sommes arrivés à l’étage demandé. Aédan reprend ses distances et s’écarte de moi.

- Merci, dis-je timidement avant que les portes de l'ascenseur ne s’ouvrent sur notre glacial hôtesse d’accueil qui ne lâche pas des yeux Aédan. La bave lui glisse de la commissure de ses lèvres aux rouges écarlates.

- Charles va remonter notre repas de ce midi. Il viendra vous le déposer dans votre bureau, me lance-t-il avant de s’élancer dans le couloir qui mène à nos bureaux. Pourras-tu demander à Maddie de venir me voir, me demande-t-il sans émettre la moindre allusion sur ce qui vient de se passer.

- Oui Monsieur SCOTT.

A mon arrivée dans notre bureau, je préviens Maddie qu’Aédan est revenu plus tôt que prévu. Je me garde bien de lui révéler la situation la plus gênante que j’ai jamais vécu dans sa chambre et dans l’ascenseur. Maddie ne pose aucune question alors qu’elle perçoit ma gêne mais pas le temps d’être mal à l’aise car Charles fait son apparition avec les petits plats commandés par Aédan.

Maddie raffole de ces petites attentions qu’il a envers elle. A la fin de notre repas dans la salle de repos, nous retournons dans nos bureaux respectifs. Quelqu’un attend dans celui de Maddie. Je reconnais sa silhouette élancée.

- Bonjour mes beautés ! Comment vont les plus belles femmes de cet immeuble ?

- Bonjour, répondé-je à voix basse ne voulant pas attirer l’attention sur moi.

- Greg ! Comment vas-tu ? Aédan est en train de déjeuner dans son bureau. Tu connais le chemin, je t’accompagne pas ?! lui rétorque Maddie.

Greg n'arrête pas de me dévisager depuis son arrivée. Il ne rejoint pas Aédan dans son antre et les messes basses continuent dans le bureau. Qu’est-ce qui peuvent bien se dire que je ne dois pas entendre ? J’ai l'étrange impression d’être le sujet de conversation d’après les furtifs coups d'œil lancés dans ma direction.

Humm … Quel ragot raconte-t-il à Maddie ? Je suis curieuse de nature mais si en plus il parle de moi, je ne supporte pas l’idée de ne pas savoir. Pour mieux entendre tout en paraissant toujours exécuter mes tâches je me lève de mon bureau et m’approche de l’armoire comme si je classais des dossiers.

- Allez Maddie, dis le moi, ça restera entre nous, promis ! Il a des vues sur elle ? Ils couchent ensemble ?

- Greg, je n’en sais rien et même si je le savais je ne te dirais rien. Pose lui la question directement et arrête de me harceler de questions.

- Je lui ai déjà posé la question mais tu le connais, il ne répond jamais franchement. Mais toi, tu es ses yeux et ses oreilles. Tu connais tous ses secrets.

- Je vois et entends beaucoup de choses en effet. Je vois bien qu’il est attiré par elle. Mais il se retient peut-être parce qu’il est son patron ! Attention Greg, je te vois venir. Je t'interdis de jeter ton dévolu sur elle !

- Pourquoi ? Elle est sa chasse gardée ? se moque-t-il.

- Greg, s’il te plaît ! Promets moi ! Suzie ne sera pas une de tes conquêtes !

Ouah ! Les rumeurs selon lesquelles Aédan pourrait avoir une relation avec une personne de son staff est vrai ? Mais avec qui couche-t-il ? Comment peut-il coucher avec une femme et avoir des gestes tendancieux avec moi. Je tends davantage mon oreille pour ne pas perdre le fil de la conversation. Ma curiosité l’emporte sur la raison.

- Je te le promets mais je ne peux pas répondre pour Aédan, continue-t-il en la taquinant. Moi à sa place je lui aurais déjà sauté dessus. On l’aurait fait sur mon bureau et dans mon fauteuil pour garder des souvenirs d’elle après son départ. J’imagine bien la scène ! dit-il sur un ton rêveur.

- Tu ne changeras donc jamais. Suzie n’est pas ton assistante alors arrête de rêver ! Et d’abord Aédan ne t'attend pas ? lui répond Maddie pour le faire sortir de sa rêverie.

- Ok, je vais le cuisiner un peu et si j’ai une réponse je ne te la communiquerai pas, taquine Greg.

- C’est mesquin mais de bonne guerre.

Je suis choquée par ce que je viens d’entendre. Cela m’apprendra à écouter aux portes. Les rumeurs nous concernent, Aédan et moi. Donc je ne suis pas la seule à avoir remarqué que ces yeux s'attardent sur moi.

Une relation entre patron et salarié j’ai donné et il n’est pas question de recommencer. Je ne supporterais plus tous ces chuchotements, ces ricanements et sous entendus déplacés. Aédan est un homme séduisant qui à la possibilité d’avoir toutes les femmes qu’il désire et je n’ai pas l’intention d’être une de plus sur son tableau de chasse. Je me sens flattée et vexée.

J’ai l’étrange sensation de m'être fait rouler dans la farine en acceptant ce poste. Pourtant il n’avait pas l’intention de me garder au début, il a fallu que Maddie use de son pouvoir de persuasion. Je suis perplexe sur ces intentions à mon égard. Est-ce qu’il s’amuse ainsi avec les nouvelles recrues ? S’agit-il d’un bizutage ?

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