Chapitre II — La Lumière d'Hiver

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Le soleil était revenu sur Paris, un soleil froid qui faisait briller les flaques d'eau de la veille. Ellie n’avait pas appelé le numéro inscrit sur la serviette. Elle l'avait gardé précieusement dans la poche de son tablier, comme pour prolonger le souvenir de cette rencontre imprévue.

Le mardi suivant, elle retourna au Central. Elle s'installa à la même table, un nouveau livre à la main : Les Nourritures Terrestres de Gide.

Elle n'attendit pas longtemps. La porte s'ouvrit et Emma entra.

Elle n'était plus la femme trempée et perdue de la semaine passée. Elle portait un manteau de laine sombre parfaitement coupé et un foulard de soie. Elle dégageait une assurance naturelle, une élégance qui semblait faire partie d'elle-même; mais dès qu'elle vit Ellie, son visage s'éclaira d'un sourire sincère.

Elle s'assit en face d'elle, sans un mot, comme si elles s'étaient donné rendez-vous depuis toujours.

— Vous n'avez pas appelé, dit Emma d'un ton léger.

— J'attendais de voir si le hasard ferait bien les choses, admit Ellie en posant son livre.

Emma posa son regard sur l'ouvrage. Elle semblait fascinée par le papier jauni et la couverture usée.

— Gide, aujourd'hui ?

— « Il faut que chaque objet te soit une fête », cita doucement Ellie. C’est un livre qui apprend à regarder le monde avec des yeux neufs. Un peu comme cet orage de l'autre jour.

Emma resta silencieuse un instant, observant Ellie avec une curiosité profonde. Elle semblait boire ses paroles, comme si cette manière de parler de littérature lui était totalement étrangère, mais infiniment apaisante.

— Vous parlez des livres comme s'ils étaient des êtres vivants, murmura Emma. C'est... fascinant de vous écouter. Ma vie est beaucoup plus bruyante que la vôtre. Passer une heure ici avec vous, c'est comme faire une pause au milieu d'un chaos.

— Votre travail vous prend beaucoup de temps ? demanda Ellie.

Emma parut hésiter une seconde, un voile passant sur ses yeux, avant de retrouver son sourire.

— Disons que je voyage beaucoup. Je change souvent de visage, de décor. C'est fatigant à la longue. C'est pour ça que j'aime cet endroit. Et votre calme.

Pendant une heure, elles discutèrent de la beauté des choses simples. Emma posait beaucoup de questions sur la librairie de la rue de la Parcheminerie. Elle semblait vouloir imaginer chaque recoin, chaque étagère, chaque odeur de vieux papier.

Au moment de partir, Emma ajusta son manteau. Elle semblait plus assurée que la première fois, plus déterminée aussi.

— Je viendrai vous voir à la librairie, Ellie. Je veux voir ce « royaume » dont vous parlez si bien.

— Vous serez la bienvenue, Emma.

Emma sortit du café d'un pas tranquille, laissant Ellie avec une étrange sensation de hâte. Pour la première fois depuis longtemps, la libraire attendait la visite de quelqu'un avec une impatience qu'elle ne parvenait pas à expliquer. Elle ne savait pas encore que cette visite marquerait la fin de sa tranquillité.

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