Chapitre III — Les Reflets
À l’autre bout de la ville, le silence n’existait pas.
Emma poussa la porte de son appartement de la rive droite. À peine avait-elle jeté ses clés sur la console en marbre qu’une silhouette émergea du salon, un dossier à la main.
— Enfin ! Emma, tu ne réponds plus à ton téléphone ?
C’était Georges. Toujours tiré à quatre épingles, le regard perpétuellement fixé sur sa montre. Il n’était pas seulement celui qui gérait son emploi du temps ; il était le gardien de son image, celui qui s'assurait que Mara restait le produit le plus convoité du moment.
— J’avais besoin d’air, Georges. Laisse moi cinq minutes, s'il te plaît.
— Cinq minutes ? Emma, tu as trois essayages pour le set de demain, la sélection des épreuves pour la couverture de Vogue à treize heures, et le gala de charité le soir même. On ne peut pas se permettre d'avoir « besoin d'air » à deux semaines de ton exposition à New York.
Il s'approcha d'elle et fronça les sourcils, scrutant son visage avec une précision chirurgicale.
— Tu as les yeux fatigués. Qu’est-ce que tu as fait ?
Emma se détourna pour ne pas croiser son regard. Elle se voyait dans le miroir du vestibule : Mara, l'icône, la femme que Georges polissait chaque jour pour qu'elle brille sous les projecteurs.
— J'ai juste pris un café, murmura-t-elle.
— Un café... Georges soupira en rangeant ses dossiers. Écoute, amuse-toi si tu veux, mais n'oublie pas qui tu es. Les gens n'achètent pas de simplicité, ils achètent du rêve. Et le rêve ne traîne pas dans des cafés de seconde zone.
Une fois que Georges fut enfin parti, le silence revint, mais il était lourd. Emma repensa à Ellie. Avec elle, elle n'était pas un contrat, ni une couverture de magazine. Elle était juste une femme qui avait peur de la pluie.
Mais les mots de Georges résonnaient encore. Les gens n'achètent pas de simplicité.
Une part d'elle, plus cynique, se demanda si Ellie ne l'avait pas reconnue. Si toute cette douceur n'était pas qu'une mise en scène pour l'approcher.
«On verra bien ce que tu caches, ta petite librairie et toi», pensa-t-elle en fixant les lumières de Paris.

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