Chapitre XXV ― Le Soin et l'Abandon
Une fois dans la chambre, la pénombre protégeait leur silence. Emma tenait à peine debout, ses épaules s’affaissant sous le poids d'un voyage qui semblait avoir duré une éternité. Ellie ne la laissa pas s'écrouler. Elle la guida vers le bord du lit.
— Laisse-moi faire, murmura Ellie.
Elle s'agenouilla devant elle pour lui retirer ses chaussures de cuir, lourdes d'une pluie étrangère. Puis, elle se redressa et, avec des gestes d'une lenteur infinie, elle déboutonna son manteau. Le vêtement tomba au sol dans un bruit sourd. Sous le manteau, Emma ne portait qu'une robe de soie fine, déchirée et glacée par l'humidité.
— Tu vas tomber malade, Emma. Il faut enlever ça.
Elle ne répondit pas, elle ne protesta pas. Elle laissa Ellie faire glisser la soie le long de son corps. Pour la première fois, la photographe était celle qui était exposée, sans l'armure de ses vêtements de créateur. Elle se retrouva en sous-vêtements de dentelle noire, une silhouette magnifique mais soudainement frêle dans l'air frais de la chambre.
Ellie sentit un frisson parcourir ses propres doigts. Elle n'avait jamais vu Emma ainsi : dépouillée de son prestige, de son appareil photo, de son arrogance. Elle n'était qu'une femme, avec la peau marquée par la fatigue et le froid.
Ellie prit une serviette et essuya son corps, délicatement. . Elle l'aida à enfiler un t-shirt en coton, manipulant ses bras comme ceux d'une poupée de porcelaine qui menace de se briser. Enfin, elle souleva la couette et Emma s'y glissa, se recroquevillant immédiatement.
Au lieu de partir, Ellie resta. Elle s'assit sur le bord du matelas, juste à côté d'elle. Elle observa son visage, se permit une caresse le long de sa mâchoire, débarrassée de son maquillage, les cils encore humides. Elle resta là de longues minutes, écoutant la respiration d'Emma se calmer, devenir plus profonde.
C'était une vision étrange : la femme qui avait fait trembler New York la veille dormait maintenant dans ses draps, à Paris, dans une chambre qui sentait le papier et le thé. Ellie tendit la main, hésita, puis effleura doucement une mèche de cheveux bruns qui barrait son front .
— Qu’est-ce que tu as fait… murmura Ellie pour elle-même.
Elle resta immobile, gardant la garde sur ce sommeil fragile. Elle comprit à cet instant que c'était le début d'une responsabilité. Emma n'avait plus rien, et Ellie était la seule personne au monde à savoir où elle se cachait.

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