Chapitre XXVI ― La Fissure

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Le réveil d'Emma fut brutal. Ce n'est pas le bruit qui la tira du sommeil, mais l'absence totale de mouvement dans la pièce. Ellie n'était plus sur le bord du lit.

Elle se leva, la tête lourde, flottant dans un t-shirt trop large. Elle descendit l'escalier, espérant trouver l'odeur du café. À la place, elle trouva un froid glacial. Ellie était debout devant le comptoir de la librairie, l'ordinateur portable ouvert. La lumière bleue de l'écran rendait son visage livide.

— Ellie ? murmura Emma.

Ellie ne répondit pas tout de suite. Elle tourna lentement la tête. Ses yeux n'étaient plus remplis de la compassion de la nuit, mais d'une fureur sourde, une colère noire qui la fit reculer.

— Tu as fait quoi ? demanda Ellie, sa voix tremblant de rage.

Emma s'approcha, mais Ellie claqua violemment l'écran de l'ordinateur.

— J’ai vu.... J’ai vu les vidéos. J’ai vu mon visage... mon visage de six mètres de haut au milieu d'une foule de gens que je ne connais pas. Qui t'a donné le droit ?

— Ellie, j'ai dû le faire... C'était le seul moyen de leur montrer la vérité, de briser le mensonge de Georges...

TA vérité ! hurla Ellie, faisant sursauter les ombres de la boutique. Pas la mienne ! Tu es venue ici, tu as forcé ma porte, tu m'as volé mon image sous prétexte d'un pari, et maintenant tu m'as jetée en pâture au monde entier ! Tu sais ce qu'ils disent sur Internet ? Ils cherchent qui je suis. Ils traquent mon adresse. Ils m'appellent «la muse mystérieuse».

Ellie contourna le comptoir, s'avançant vers Emma, le doigt pointé vers elle.

— Tu n'as pas changé, Emma. Tu es toujours cette prédatrice. Tu as utilisé ma vie pour sauver ta carrière foireuse ou pour te donner l'impression d'être une «vraie» artiste. Tu as brisé ton monde, d'accord, mais tu as emporté le mien dans l'explosion !

— Ce n'est pas ce que je voulais... balbutia Emma, les larmes aux yeux. Je voulais t'honorer. Tu es la seule chose belle que j'ai vue en dix ans !

— Je ne suis pas une «chose» bordel ! Je ne suis pas un tirage argentique que tu peux exposer quand ça te chante pour emmerder ton mec !

Ellie s'arrêta, à quelques centimètres du visage d'Emma. La tension était insupportable.

— Tu m'as trahie. Exactement comme Georges te trahissait. Tu as fait de moi un objet de consommation. Tu as exposé ma faille, celle que je protégeais si bien, pour ton propre salut.

— Je n'avais nulle part où aller... j'ai tout quitté pour revenir ici...

— Alors repars, trancha Ellie, le regard vide. Prends tes photos, prends ton drame, et dégage d'ici. Je ne veux pas être ton trophée d'authenticité.

Le silence qui suivit fut plus violent que les cris. Emma regarda Ellie, réalisant que son acte de rébellion à New York, qu'elle pensait être un acte d'amour ou de vérité, n'était pour Ellie qu'une agression de plus. La fissure était là, béante, entre deux mondes qui ne parlaient pas la même langue.

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