Chapitre XXVII ― L'Exil

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Emma encaissa les mots d'Ellie comme une série de coups physiques. Elle ne chercha pas à se justifier davantage. Elle vit dans le regard de la libraire une barrière plus infranchissable que n'importe quelle porte close : le mépris de celle qui a été exposée sans son consentement.

— Tu as raison, murmura Emma. J'ai cru que je faisais quelque chose de grand. Je n'ai fait que me servir de toi. Une fois de plus.

Sans un mot de plus, elle remonta à l'étage. Elle enleva les vêtements de coton d'Ellie — ce dernier lien de douceur — et remit sa robe de soie froissée, son manteau sombre, son armure de paria. Elle n'avait pas de bagages, pas d'endroit où dormir, rien d'autre que l'enveloppe de ses tirages.

Elle descendit l'escalier. Ellie n'avait pas bougé du comptoir. Elle fixait un point invisible sur le mur, les mâchoires serrées, refusant de lui accorder un dernier regard.

La clochette de la porte tinta une fois de plus, un son qui semblait maintenant sonner comme une rupture définitive. Emma était partie.

L'air de Paris était glacial ce matin-là. Elle fit quelques pas, hébétée. Elle n'avait plus de chauffeur, plus de studio, plus de Georges pour lui dire quoi faire. Mais surtout, elle n'avait plus le refuge d'Ellie. Elle réalisa l'absurdité de sa situation : elle était l'une des femmes les plus célèbres du moment dans son domaine, son nom était sur tous les écrans, et elle était une sans-abri sur le quai de la Seine.

Elle finit par s'asseoir à la terrasse d'un café anonyme, loin de la librairie. Elle acheta un journal. Elle était là, en couverture d'un quotidien national. Un portrait de profil, celui-là même qu'elle avait projeté au Guggenheim. Le titre était brutal : « Mara : Le suicide d'une icône ».

À quelques tables de là, des gens discutaient en regardant leur téléphone. — Tu as vu la fille sur la photo ? Elle est incroyable. On dirait qu'elle vient d'un autre siècle. On cherche qui c'est...

Emma sentit une nausée monter. Ellie avait raison. Elle l'avait transformée en une curiosité, en un sujet de conversation pour des inconnus dans un café. Elle avait transformé le sanctuaire d'Ellie en une arène publique.

Soudain, son téléphone, qu'elle avait rallumé, se mit à vibrer frénétiquement. Des dizaines de messages de journalistes, d'agents, de galeries. Et un message de Georges, envoyé il y a une heure : « Tu as voulu ton moment de vérité ? Savoure-le. Les avocats sont en train de liquider tes comptes. Tu n'as plus rien.. Amuse-toi bien avec ta petite libraire. »

Emma éteignit l'appareil et le glissa dans une poubelle sur le trottoir. Elle n'avait plus besoin de ça.

Elle marcha vers le pont Neuf. Elle regarda l'eau couler. Elle était seule, absolument seule, avec pour unique richesse la certitude d'avoir enfin agi selon son instinct, même si cet instinct avait tout détruit sur son passage. Elle ne savait pas où elle dormirait ce soir, ni comment elle regagnerait le respect d'Ellie.

Elle ne vit pas le photographe de presse qui, à l'autre bout du pont, l'avait reconnue et commençait déjà à cadrer. La chasse ne faisait que commencer.

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