Chapitre XLIII ― L’Inévitable Gravité

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Emma resta immobile sous l'effleurement d'Ellie. Elle ne chercha pas à refermer ses doigts sur les siens ; elle laissait simplement le contact exister, comme une preuve de vie après un long hiver. Autour d'elles, les portraits d'Ellie semblaient les observer, témoins silencieux d'une obsession qui avait fini par porter ses fruits.

— Pourquoi tu ne m'as pas oubliée ? demanda Ellie, sa voix se brisant dans le silence de la galerie. Après New York, après tout ce chaos... Tu aurais pu redevenir Mara. Tu aurais pu effacer mon nom comme on efface une erreur de jeunesse.

Emma secoua la tête, un mouvement lent qui fit danser l'ombre de ses cheveux courts sur ses pommettes.

— J’ai essayé, Ellie. Tu n’as pas idée à quel point j’ai essayé de te détester. Je me disais que tu étais celle qui m'avait fait tout perdre, celle qui avait brisé le miroir dans lequel je m'admirais.

Elle fit un pas de plus, entrant enfin dans le cercle de lumière d'Ellie. Leurs souffles se mêlèrent.

— Mais même dans la colère, même quand je hurlais contre ton souvenir à Meudon, tu étais là. Tu n’étais pas un amour de passage, tu étais devenue ma structure. Quand je grimpais ces parois, mes doigts cherchaient des prises, mais mon esprit cherchait ta voix. C’est une attraction qui me dépasse, Ellie. C’est comme si tu possédais une fréquence radio que moi seule pouvais capter. Et peu importe le bruit autour, je finissais toujours par retomber sur toi.

Ellie baissa les yeux vers les mains d'Emma. Elle voyait les cicatrices de la roche, les traces du travail manuel. Elle comprit qu'elle n'était pas revenue vers elle par faiblesse, mais par nécessité vitale.

— Moi aussi, j'ai lutté, avoua Ellie. Avec Thomas, tout était si... construit. Si sûr. Il m'offrait une vie où rien ne dépassait. Mais chaque livre que j'ouvrais, chaque ombre sur le parquet de la librairie me ramenait à toi. . C'était une hantise. Tu es entrée sous ma peau et tu n'en es jamais ressortie.

Elle leva les yeux vers Emma, et pour la première fois, elle ne chercha pas à fuir l'intensité de ce regard.

— J’ai détesté l'emprise que tu avais sur moi. J'ai détesté le fait que, même en sachant que tu pouvais être cruelle, je préférais ton chaos à la paix de Thomas. C'est une force de gravité, Emma. On ne choisit pas d'être attiré par un astre, on subit simplement sa course.

Emma esquissa un sourire, un vrai cette fois, sans défense.

— Je ne suis plus un astre brillant, Ellie. Je suis une ombre.

— C’est peut-être pour ça que je te vois enfin, répondit Ellie. L’ombre ne m’aveugle pas. Elle me permet de respirer.

Ellie avança encore, jusqu'à ce que leurs fronts se touchent. Il n'y avait plus de Thomas, plus de mensonges, plus de saphir abandonné sur une corniche. Il n'y avait que deux femmes qui s'étaient mutuellement détruites pour mieux se reconstruire, liées par un fil invisible que même la haine n'avait pu trancher.

— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Ellie.

Emma posa enfin ses mains calleuses sur les joues d'Ellie, un geste d'une douceur infinie qui contrastait avec sa force nouvelle.

— On ne fait rien. On laisse le silence être une attente. Et on voit ce qui pousse dans les décombres.

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