Les vampires

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Keren était un pays de montagnes, un pays debout. Où que l'on se trouve entre ses frontières, on n'y était jamais très loin du ciel. Ses habitants, les yeux dans l'azur, vouaient un culte au soleil.


Par sa lumière, l'astre bienfaisant faisait pousser les arbres jusqu'aux cimes enneigées, et croître les fruits de la terre qui nourrissaient les Kerens. Le soleil illuminait les esprits, et, éloignant les ténèbres, faisait régner la vérité et la douceur sur le pays.


La nuit, les Kerens contemplaient les étoiles. Chacun avait la sienne, où il se rendait en rêve une fois endormi, car chaque étoile éclaire un monde différent. Sous la voûte étoilée, les Kerens se sentaient reliés à eux-mêmes et à l'univers tout entier.


Chaque soir, en se retirant derrière les montagnes, le soleil projetait les ombres noires de celles-ci sur les vallées et les villes, mais la lune, par sa douce lumière qu'elle tenait de l'astre rayonnant, atténuait l'obscurité.


Cependant, un ciel plus nuageux qu'à l'accoutumée cacha un soir la lune rassurante.


Venus d'on ne sait où, des êtres plus noirs que la nuit en profitèrent pour franchir les cols, glisser le long des flancs montagneux et gagner les villes. Cachés sous leurs capes, ils envahirent Keren. Avant le lever du soleil, ils avaient pris possession des palais, des ministères et des institutions. Et surtout, ils avaient tendu d'immenses tentures noires dans le ciel, entre les sommets des montagnes, par dessus les villes, pour empêcher le soleil de se montrer à nouveau.


Les années passèrent, nuit interminable.

Les arbres dépérissaient, plus rien ne poussait pour nourrir les habitants, et les rares courageux qui tentaient de faire tomber les immenses tentures obscurcissant le ciel étaient torturés dans les prisons gardées par les vampires. Les sous-sols secrets et les salles sombres des commissariats étaient leurs repaires, mais nul endroit du pays n'était à l'abri des sbires du régime, qui surveillaient toute activité et kidnappaient les opposants.


Les Kerens étouffaient sous les voiles noires de la dictature, orphelins du soleil et de leurs rêves étoilés.


Bien trop longtemps, les vampires se repurent du sang du peuple. Il faisait si sombre que la lumière était insuffisante pour imprimer la pellicule des appareils-photo et apporter à l'extérieur du pays des preuves de l'oppression en cours. Quant aux émissaires des vampires, ils donnaient le change. Sur la scène médiatique mondiale, sous les lumières artificielles des réunions internationales, ils se drapaient dans la propagande et le mensonge.

A l'étranger, d'autres personnages importants jouaient les Van Helsing d'opérette en menaçant d'envoyer des avions, dont la forme rappelait curieusement celle des crucifix, bombarder le régime. Cependant, aucun avion ne décolla et rien ne changea.


Si le monde croyait les vampires immortels, les Kerens savaient une chose : les vies de leurs bourreaux ne tenaient qu'aux fils fragiles dont les tentures déployées au dessus de leurs têtes étaient tissées. Or, d'année en année, ils voyaient l'étoffe devenir de moins en moins sombre, usée par les vents... et par le soleil.


Les monstres avaient du sentir que leurs nuits étaient comptées. A un rythme effréné, massacres et enlèvements se succédaient. Peut-être étaient-il devenus fous, ivres de sang et de pouvoir. C'en était trop pour les Kerens ! Mus par la colère et par la rage, ils envahirent les rues du pays, armés de lance-pierres, et tous ensemble envoyèrent leurs projectiles en direction du ciel. D'un bout à l'autre de Keren, le rideau sombre, criblé de trous, laissa enfin passer les rayons du soleil, comme autant de lances qui transpercèrent les suceurs de sang. Les suppôts de la dictature se consumèrent, torches vivantes puis mourantes l'instant d'après.


Partout, le soleil refit son apparition, balayant les ruelles sombres, diffusant sa lumière dans les moindres recoins, illuminant par leurs fenêtres jusqu'aux couloirs lugubres des ministères et des prisons, où les derniers vampires furent réduits en cendres et en fumée.

Les Kerens refirent connaissance avec le jour, mais ils redécouvrirent aussi la véritable nuit, celle que la lune adoucit de sa lumière bienfaisante. Celle qui brille de mille étoiles, qui sont les mille soleils de l'univers.

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