Chapitre 16 - Trahison

7 minutes de lecture

Je lève la tête d’un air de défi lorsque Justin entre dans la pièce. En vue de ma position actuelle cela ne sert à rien mais je veux lui montrer que je ne suis plus l’étudiante fragile de notre première rencontre.

Il évite mon regard et défait mes liens à l’aide d’un couteau. Je n’ai rien à lui dire alors j’attends qu’il prenne la parole.

- Je suis désolé, avoue-t-il.

Je m’attendais à une réplique de vieux méchant du style « Je t’ai bien eu petite idiote désormais personne ne peut plus rien pour toi ». Ces trois mots me font exploser.

- Tu es un traître ! je hurle d’une voix enrouée.

Je ne bouge pas de ma chaise car mes forces peinent à me revenir et je pose mes mains sur mes genoux.

- Au début oui… mais ensuite je t’ai rencontrée et tout a changé.

- Ne me fais ce scénario à pleurer, je ricane.

Sentant ma colère profonde, il reste en retrait et s’appuie contre le mur.

- Quand j’avais dix ans mes parents sont morts dans un accident de voiture, commence-il. C’est Charles Avigny, un ami à mes parents qui m’a recueilli car il n’avait pas d’héritier. Il a découvert mon don longtemps après, puis a commencé ses expériences sur moi. A partir de là il a créé LSG et ce laboratoire était pour moi un moyen de faire de grandes découvertes et devenir quelqu’un d’important.

Je lâche un soupir car je ne sais pas quoi dire.

- J’ai aidé Avigny à monter petit à petit ses opérations et je ne voyais pas le mal là-dedans, continue-t-il. J’ai manipulé beaucoup de personnes pour les envoyer comme cobayes du labo. Depuis que je te connais j’ai compris que je n’étais qu’un pantin et le garçon prétentieux au visage de marbre a disparu. Je t’aime Emmy…

S’en est trop pour moi. Je me précipite sur lui et le plaque violemment contre le mur. Il ne semble pas surpris par mon geste et se laisse frapper comme s’il savait qu’il le méritait. Son regard est empli de regret et de tristesse. Durant un instant je me demande s’il joue la comédie ou s’il est vraiment sérieux.

J’arrête de le frapper car je sais que ça ne lui fait pas très mal. Le point rouge de la caméra est éteint. Bien sûr que Justin est loin d’être idiot. Avant de me faire ses révélations, il a éteint les caméras pour ne pas avoir de problème. Je ne sais pas ce qu’il essaye de faire mais il joue à un jeu bien plus dangereux que nous tous. Je ne peux pas m’empêcher de me faire du souci pour ce con car sa traîtrise n’enlève pas les sentiments que j’éprouve.

- Je réparerai mes erreurs, murmure-t-il en s’approchant de moi.

Je n’ai pas le temps de réagir et il sort rapidement de la pièce. Deux infirmiers s’emparent précipitamment de moi. Je crois que je ne vais plus connaitre la tendresse de sitôt… ou peut-être plus jamais.

Je suis de retour dans ma cellule et ils me glissent un plateau repas. Je n’ai plus la notion du temps depuis que je suis ici. Cela pourrait faire deux jours voire une semaine que l’attaque a eu lieu.

J’observe méfiante la nourriture en boîte. Au bout de quelques minutes d’hésitation je prends la cuillère en plastique. Il faut bien que je mange pour reprendre des forces. Je stoppe mon élan de gourmandise.

- Mais quelle idiote ! je pense à voix haute. Bien-sûr qu’ils veulent que je reprenne des forces ! C’est pour pouvoir faire des expériences sur moi après.

Ce sera une forme de résistance. Je ne mangerai pas quitte à mourir. De toute façon je suis déjà morte. Je laisse le plateau repas et explore le dessous du lit. Il y a des vêtements et sous-vêtements propres. Heureusement il n’y a pas de caméra ici.

En enfilant une tunique blanche qui ressemble à un pyjama, j’aperçois un truc noir sur mon bras.

- Les enfoirés ! je crache.

J’ai été tatouée dans mon sommeil. Visiblement ça n’arrive pas qu’à Las Vegas ce genre de chose. D’une petite écriture est noté « 016 ». Je relativise en pensant que cela a été pire durant la Shoah. Je suis juste enfermée en attendant que le temps passe. Les prisonniers des camps eux, souffraient jour et nuit et manquaient de nourriture.

Un cliquetis se fait entendre et la lumière s’éteint d’un seul coup, ne laissant qu’une LED éclairer faiblement la pièce. Je testerai une « expérience hors du corps » plus tard. Je suis trop fatiguée pour essayer de me concentrer alors je m’endors.

***

Lorsque je me réveille les lumières ne sont pas encore allumées. Je n’ai pas mangé la veille mais je ne me sens pas trop fatiguée. J’ai récupéré assez d’énergie pour tester ma petite expérience. Nathalie m’avait dit que c’était plus simple de faire le test au réveil.

Nathalie…

Je secoue vivement la tête. Je dois me concentrer, elle n’est plus là mais moi je suis encore vivante alors je dois essayer quelque chose. Comme on le dit souvent : « l’espoir meurt en dernier ».

Je me suis beaucoup entraînée durant ces dernières semaines et peut-être que je pourrais sauver ma peau et celle des autres. Je dois trouver le maximum d’informations.

Je me concentre très fort et cherche le calme au fond de moi. Je ne bouge plus, je dois séparer mon âme de mon corps. Au bout d’une trentaine de minutes, je sens mon corps flotter. Je ne cherche pas à comprendre, je passe à travers les murs de ma cellule pour me retrouver dans le couloir éclairé par une vive lumière.

J’essaye de refaire le chemin de la veille et trouve un laboratoire. Des scientifiques observent nos photos et des dossiers. L’un deux pose trois gros classeurs devant son collègue. Mon âme flotte dans l’air et ils ne me voient pas.

- Parmi les nouveaux cobayes, les numéros dix-huit, dix-neuf et quinze sont importants, commente un scientifique.

Je regarde les photos et je vois que Clara, Christopher et Diana sont dans leur ligne de mire.

- La petite est jeune et puissante, constate son collègue. Nous pourrions également faire des expériences prometteuses sur les jumeaux.

Les deux hommes blablatent sur des choses insignifiantes à présent.

Je jette un coup d’œil à un ordinateur allumé. J’entame ma deuxième journée ici et il est huit heure trente.

Je sors dans le couloir et je me retrouve dans le hall. Le soleil se lève sur les montagnes et j’ai l’envie soudaine de courir. Mais je ne peux pas, je suis prisonnière.

Je vois le personnel enfiler des blouses et commencer leurs tâches respectives.

Je devrais y aller avant qu’ils n’allument les lumières.

C’est trop tard, j’arrive devant ma cellule et deux infirmiers tentent de me réveiller.

- Je ne comprends pas ! râle l’un deux. Son pouls et sa respiration sont réguliers. C’est comme si elle dormait comme la Belle au bois dormant.

- Elle n’a rien mangé hier, constate son voisin.

- Rien de tout cela ! clame Avigny que je n’ai pas entendu entrer.

Il se balade toujours dans un costume impeccable.

- Je sais ce qu’elle fait, ricane-t-il d’un ton machiavélique à en avoir des frissons. Elle ne mange pas pour ne pas être prise comme cobaye et fait des expériences hors du corps afin de trouver une sortie.

Il sourit d’un air mauvais.

- Elle est sûrement en train de nous observer dans cette pièce, reprend-il. Puisque mademoiselle s’oppose à nous, elle sera la première à subir les expériences. Vous la nourrirez par intra-veineuse pour qu’elle prenne des forces. Elle devra bientôt retourner dans son corps sans quoi elle ne pourra plus se réveiller et restera dans le coma.

Il se dirige vers la porte.

- Surveillez les numéros seize, dix-sept et vingt qui font de la résistance interne, conclut-il en se retournant une dernière fois.

Je reviens dans mon corps et j’ouvre brusquement les yeux sous le regard choqué des deux infirmiers.

- J’ai passé une excellente nuit, j’ironise.

Je suis amenée dans un cabinet et attachée à une chaise de dentiste. Un homme en blouse blanche s’approche de moi avec un matériel que je ne saurais identifier.

- Je suis le docteur Vacroix, se présente-t-il d’un ton détaché. Je vous suivrai durant toutes les expériences mais pour l’instant je vais vous implanter une vulve au bras. C’est une nouvelle technologie, nous pourrons vous nourrir avec une seringue contenant les composants nécessaires pour alimenter votre corps.

- Vous êtes obsédé dans les technologies ici, je raille.

Il ne répond pas et pose un pistolet étrange sur mon avant-bras, presque au creux de mon coude. Je sens comme une piqûre et quand il retire son jouet j’aperçois une sorte de cercle en métal où s’enfonce dans mes veines un minuscule tuyau. Il y a un peu de sang et c’est rouge autour.

- Vous comptez me détruire tout le bras docteur ?

Il rigole franchement à ma remarque. Eh oui, je ne suis plus la fille de Perpignan. Je suis plus assurée et courageuse.

- Vous êtes amusante mademoiselle, dit-il au bout d’un moment.

C’est la première fois qu’on me témoigne un peu de sympathie depuis que je suis ici. Il désinfecte et tamponne mon bras avec une compresse.

Ensuite, il m’injecte un liquide étrange dans les veines avec une seringue. Sa lenteur me désarçonne et je le dévisage en attendant qu’il ait fini. Vacroix paraît jeune et il doit avoir la quarantaine comme la plupart des scientifiques ici. Il est beau dans son genre si on aime les hommes au regard charbonneux et aux lunettes carrées.

Il tourne son regard vers moi et me dévisage un peu gêné.

- Vous devriez vous changer, vous êtes encore en pyjama, constate-t-il.

Mes deux fidèles infirmiers me ramènent dans ma chambre où je me change. Afin de trouver le temps moins long, je devrais songer à m’inventer une vie. Du style : « Je suis une princesse et Avigny est le méchant roi qui ne veut pas laisser sortir sa fille, condamnée à attendre l’arrivée de la cavalerie qui combattra les vilains gardes de la belle ».

Je crois que je vais finir par perdre la boule ici. Ce serait bien si je pouvais m’occuper.

Annotations

Vous aimez lire WrittenByChloé ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0