Bibliothèque

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Je me suis installée dans la bibliothèque pour en apprendre toujours plus sur ce monde que je connais si mal. On m'a donné des sortes d'émetteurs à placer sur mes tempes. Ça me permet de m'isoler du bruit autour de moi et aussi de réduire ma vision pour me focaliser uniquement sur mon livre. J'ai éteint aussi toutes les alertes de ma montre pour rester concentré. J'ai encore du mal à me sociabiliser avec les autres et je ne veux pas être perturbée. Cela doit faire plusieurs heures que je suis ici, quand je sens quelque chose qui me touche le bras. C'est Galahad. Il essaye de me parler, mais je n'entends rien. J'enlève les émetteurs.

  • Ça fait des heures que je te cherche et que je t'envoie des messages.

Je regarde ma montre, j'ai plein de messages et d'appels manqués.

  • Je suis désolée, je voulais rester concentrée sur ma lecture.

  • Tu ne peux pas t'enfermer comme ça. S'il t'arrivait quelque chose …

Il y a un silence. Il a l’oeil fixé sur ses mains. Je sais qu'il ne veut pas me perdre une nouvelle fois. Il soupire et lève son regard vers moi.

  • Je suis sûre qu'en plus de ça, tu n'as pas mangé depuis ce matin.

Je baisse les yeux à mon tour.

  • Non, j'étais absorbée par ce livre.

Il me prend par le bras.

  • Viens avec moi. Il faut que tu manges.

Je range le livre et le suis. Il m'amène à son bureau. Dès qu'on rentre, il me fait asseoir dans un des fauteuils et part dans une autre pièce. Il revient avec des gâteaux, des fruits et un grand verre d'eau.

  • Maintenant, mange.

Je regarde son air sérieux et ça me fait sourire. Je prends une pomme et croque dedans. Il repart à son bureau pour travailler. Je bois et mange différentes choses. Quand je n’ai plus faim, je me lève vers les grandes fenêtres de son bureau. Il y a beaucoup d'oiseaux qui volent dans le ciel. Ils sont libres et tellement beaux. J'entends Galahad se lever pour me rejoindre.

  • Tu ne devrais pas sauter des repas, tu dois encore récupérer.

  • J’ai oublié.

Je me tourne vers lui. Je ne sais pas comment aborder la discussion.

  • Je voulais m’excuser pour ce matin, je n’aurais pas dû vous toucher.

Il se mord la lèvre, il n’est pas à l’aise non plus.

  • Je sais que c’était déplacé. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Ce geste ne signifiait rien.

Il fronce les sourcils, il semble piqué dans son orgueil.

  • Je veux juste que les choses soient claires entre nous. Nous sommes des alliés, mais rien de plus. Je vous suis redevable d’avoir sauvé ma mère et moi. Je vous aiderais si vous avez besoin de quoi que ce soit.

Sa tête reste fixée sur la vitre, l’air dur. J’ai dit ce que j’avais à dire. Je me retourne à la porte. Il m’agrippe le bras.

  • Tu m’as dit que tu avais rêvé de moi là-bas. Si c’est le cas, je ne suis pas qu’un simple allié.

Je sens le rouge me monter aux joues. Je lui tourne le dos.

  • Qu’est-ce que je faisais dans tes rêves ?

  • Vous… vous m'aidiez à me protéger des vagues, de la tempête. Vous m'enlaciez pour me réchauffer ou simplement me consoler. Mais le désespoir rend les gens fous. J’avais peur et mal. Mes rêves étaient la seule façon de m’échapper.

Il se place derrière moi et attrape mon autre bras. Je sens son souffle sur mes cheveux.

  • Et maintenant, tu n'as plus besoin de moi?

  • Si bien sûr.

C'est sorti plus fort que ce que je pensais. Je sens qu'il s'approche. Mon cœur bat de plus en plus vite, pour une fois pas de peur, mais d'excitation.

  • Tu veux que je te lâche et te laisse partir ?

  • Non, dis-je dans un soupir.

Je sens sa poigne se relâcher légèrement. Sa voix est suave et lancinante.

  • Ce matin, je ne voulais pas être aussi sec, mais je ne voulais pas te faire mal. Je ne voulais pas ouvrir une porte que je ne pourrais jamais refermer. Tu es libre, Elena, libre de vivre ta vie selon tes désirs et tes choix. Je n'ai pas le droit de t'imposer quoi que ce soit. Je serai toujours là si tu as besoin de moi, quoi qu'il arrive. Mais la carapace que je me suis forgée pour contenir mes émotions se fissure lentement à ton contact. Ton geste de ce matin a percé un peu plus cette carapace et elle a failli se briser. Alors, s'il te plaît, sois honnête avec moi.

J'ai envie de me blottir contre lui, mais je ne suis pas prête. J'ai les idées embrouillées. La seule chose dont je suis certaine, c'est que je ne veux pas perdre cette chaleur protectrice. Je baisse la tête sur mes mains que je triture. Je sens ses mains glisser jusqu'aux miennes pour les séparer. Son torse touche maintenant mon dos et son visage est à côté du mien.

  • Je ne veux pas que la décision te pèse. Tu pourras revenir en arrière ou non. Essaye de me dire ce que tu ressens.

Ses mains sont chaudes et apaisantes.

— Je… J’ai peur de perdre les maigres réconforts et la sécurité que j’ai si je prends une mauvaise décision. Le fait de te toucher me rappelle que je suis de nouveau libre et que je peux être heureuse, mais …

Je soupire. Les mots sont difficiles à trouver. Il remonte mes mains sur mes épaules en les croisant en m'enlaçant. Il pose sa tête sur mon épaule. Une vague de chaleur part de mon cœur et se diffuse dans le reste de mon corps. Je me sens légère, apaisée, heureuse. Est-ce que je me suis déjà senti comme cela avant ? Je ne sais pas, je préfère profiter de l'instant. Je ne sais pas combien de temps je reste là avec lui dans cette bulle d'apaisement.

  • Elena ?

Sa voix est douce comme un murmure.

  • Je ne veux pas te faire de mal, Galahad. Je ne veux pas que notre relation soit clairement définie. Je ne sais pas quel mot exprime ce que je ressens pour toi. J'ai peur qu'il soit trop lourd de sens. J'aime passer des moments avec toi, j'aime pouvoir te toucher, j'aime que tu me tiennes dans tes bras, de pouvoir me confier à toi. Je sais que, loin de toi, je perds mes repères. Mais j'ai peur de souffrir si j'en souhaite plus.

Il me sert un peu plus avant de me relâcher. Il me tourne vers lui et me lève le menton pour que mon regard se pose sur le sien. Il sourit.

  • Merci. C'est tout ce dont j'ai besoin.

Il pose ses lèvres sur mon front et me sert contre lui.

  • Elena, tu devrais te reposer avant le dîner. La journée a été longue.

Je n'ai pas envie de me défaire de ses bras, mais je sens le poids des émotions alourdir mon corps. Il dessert sa prise et je me sépare de lui. Quelqu'un frappe à la porte. Ma mère entre.

  • J'ai préparé le discours pour demain. Il faut que tu le vérifies.

Elle a les yeux rivés sur ses papiers. Elle lève la tête et nous voit.

  • Je ne savais pas que tu étais là, ma chérie. Ça va ?

De quel discours parle ma mère ! Depuis que nous sommes ici, je ne la reconnais plus. Elle était inquiète et continuellement angoissée. Elle semble maintenant une femme forte et déterminée. J'ai l'impression de m'éloigner d'elle.

  • Oui, vous semblez proches tous les deux. Je ne savais pas.

  • Galahad m'a demandé de l'aide pour rassembler des alliés et changer notre société. Cela me rappelle ma jeunesse, avant ma rencontre avec ton père. Tu veux bien nous laisser, ma chérie, nous avons du travail.

J'ai l'impression de revenir dix ans en arrière quand elle devait avoir une conversation sérieuse avec mon père. Je l'écoute comme une enfant. Je sors. Galahad me retient.

  • Je suis désolé, je viendrais te voir après avoir fini.

  • Non, vous semblez avoir beaucoup de travail. Je ne pensais simplement pas que vous étiez proche. Ma mère semble dans son élément. Ne t'inquiète pas, j'ai des choses à faire.

Je pars. J'ai besoin de détendre mes muscles. Je vais aller nager. Depuis que je suis revenue, j'ai accès à une piscine privée pour m'aider à me remuscler. J'aime la tranquillité de l'eau. Après plusieurs longueurs, je pars manger et me coucher.

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