Chapitre 5 — Jalousie, scandale, et remèdes de fou
Tandis que notre cher marquis servait le royaume loin de la cour, Françoise-Athénaïs, elle, semblait s’approcher d’un soleil autrement plus dangereux.
À son retour, dont les circonstances exactes varient selon les récits, Louis-Henri découvrit ce qu’aucun mari n’aime apprendre, et moins encore lorsqu’il s’agit d’un roi : sa femme attendait un enfant qui n’était point de lui.
Il entra alors dans une fureur dont Paris se souvint davantage que de bien des campagnes militaires.
Là où l’usage eût voulu qu’il se tût, flatté peut-être d’un si haut déshonneur, le marquis choisit au contraire le tumulte. Il fit tapage, protesta, s’indigna, et rappela à tous, avec une vigueur peu compatible avec la prudence, qu’un honneur blessé demeure blessé, fût-ce par Sa Majesté.
La cour, qui pardonne beaucoup mais rarement le bruit, le fit bientôt enfermer quelque temps au For-l’Évêque, avant de l’éloigner sur ses terres. Il emporta avec lui moins de consolation que de rancœur.
C’est à cette époque, dit-on, que Molière fit jouer Amphitryon, pièce dans laquelle certains crurent reconnaître, avec plus ou moins de malice, une ombre de cette aventure conjugale peu ordinaire. La chose est discutée, bien sûr, mais les courtisans ont toujours aimé se croire plus fins qu’ils ne sont.
Quant au marquis, profondément humilié, il aurait conçu un stratagème aussi grotesque que dangereux : courir les mauvais lieux dans l’espoir d’y contracter la vérole, afin que sa femme, la recevant ensuite de lui, la transmît au roi.
Projet d’une logique foudroyante, si l’on admet que la colère rend inventif.
Hélas pour lui, ou heureusement pour le royaume, cette entreprise n’aboutit point autrement qu’en ridicule supplémentaire.

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