Chapitre 8 — Enlèvement et calomnies
Pour vivre, tant bien que mal, son existence sur ses terres bien-aimées de Gascogne, notre marquis dut composer avec un autre adversaire, plus insaisissable encore que la disgrâce : la rumeur.
Car il semble que l’exil, loin d’apaiser les esprits, ait eu pour effet d’en délier les langues.
Certains récits — dont la fiabilité invite, une fois encore, à la plus grande prudence — l’accusent d’avoir enlevé une jeune fille, affaire qui, si elle avait été avérée, l’aurait exposé à des conséquences autrement plus sévères que ses précédentes frasques.
On évoque même, dans ces versions les plus sombres, la menace d’un enfermement dans le redouté donjon de Pignerol — perspective qui, à défaut d’être confirmée, témoigne du sérieux des accusations que l’on faisait alors peser sur lui.
Face à ces bruits, qu’ils fussent fondés ou non, le marquis aurait choisi la fuite.
Accompagné de son fils — né, comme sa sœur, de son union avec Françoise-Athénaïs — il aurait quitté ses terres pour gagner l’Espagne, alors en guerre avec la France.
Séjour discret, passage incertain, dont les traces se perdent aussi vite qu’elles apparaissent dans les chroniques.
Toujours est-il qu’il finit par regagner sa Gascogne natale, comme si, malgré tout, c’était là le seul lieu capable de contenir ses colères.
On rapporte enfin — et l’anecdote mérite d’être citée, ne serait-ce que pour son élégance — que le roi lui aurait proposé un titre de duc, geste que certains interprètent comme une tentative de réconciliation.
Mais cette faveur n’aurait été accordée qu’à la condition implicite qu’elle profitât à son épouse.
Condition que le marquis, fidèle à lui-même, refusa avec un mélange de dignité et d’obstination dont il avait désormais fait sa marque.
Car s’il avait perdu beaucoup, il lui restait encore le luxe de dire non.

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