Chapitre 9 — Dispositions testamentaires, ou l’art de mourir en dernier mot
Suite à ces événements quelque peu épiques, la suite n’en demeura pas moins remarquable.
Notre marquis de Montespan, fidèle à son habitude de traiter les affaires les plus graves avec une forme d’éclat inattendu, entreprit de rédiger son testament.
Document sérieux s’il en est — du moins en apparence.
Car on y trouve une clause qui fit grand bruit : il y affirmait révoquer Sa Majesté de toute prétention à son héritage.
Disposition pour le moins singulière, dans la mesure où le roi n’en revendiquait aucune.
Mais à Versailles, la logique cède souvent le pas au symbole.
Et celui-ci était limpide.
Paris s’en empara avec empressement.
On rit, on commenta, on broda.
Car il est peu d’hommes capables de transformer un acte juridique en trait d’esprit.
Et moins encore d’y parvenir aux dépens du roi.
Hélas, le temps, qui épargne rarement les caractères les plus entiers, finit par rattraper le marquis.
Gravement malade, affaibli, il reçut alors une lettre venue de celle qui, autrefois, avait fait trembler la cour.
Françoise-Athénaïs, retirée loin de Versailles après sa chute, le suppliait de la reprendre.
Demande tardive, sans doute.
Mais sincère, peut-être.
Il refusa.
Non par vengeance.
Non par orgueil blessé.
Mais, dit-on, par une forme de pudeur ultime — refusant qu’elle le vît diminué, lui qui s’était tant efforcé, toute sa vie, de demeurer debout.
Il est des amours qui ne survivent pas au temps.
Et d’autres qui, à défaut de survivre, refusent de s’abaisser.

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