Sur-Vivre
Dimanche, fin d’après-midi. Nième clope de la journée.
Il est chez lui, dans son grand salon. Il essaie de commencer un nouveau livre. Échec.
Comment lire après 3 heures passées à faire défiler des vidéos sans intérêt autre que de l’anesthésier.
Il ne sait même plus comment il se sent.
Allez ! Faire un tour dehors ! Allez, juste une clope et il y va, se promet-il. Mais, il est déjà en train de fumer.
Allez ! Mettre de la musique joyeuse, ça marche à tous les coups. Mais laquelle ? La première. Despacito. Cela couvre bien le silence et le chant des hirondelles au loin.
Allez ! Relever la tête, tout va bien. Il ne s’est rien passé de grave. Il n’y a rien de grave.
Il tourne en rond, ça va tellement vite dans sa tête qu’il ne sait même plus à quoi il pense, juste une sensation sourde de mal-être.
Des larmes essaient de se frayer un chemin vers ses joues, de se libérer du joug de sa pensée, mais rien à faire.
Même ses larmes ont pris perpétuité dans la prison de son être.
Ses pensées ressemblent à un troupeau de chevaux sauvages, indomptables. A moins de soumettre le mâle dominant ; et le mal dominant chez lui est la peur.
Il essaie pourtant.
« A quoi tu sers ? T’as vu ta vie ? »
« Tu te sens tellement seul et en même temps tu ne supportes pas être avec les gens. »
« Et puis regarde comment tu perds ton temps. »
La peur inscrite dans ses cellules est un kaléidoscope.
Clic, elle est honte !
Clac, elle est culpabilité !
Clic, elle est tremblement !
Clac, elle est sidération !
Clic, elle est colère !
Clac, elle est tristesse !
Il a des antennes, et comme un escargot, dès qu’il capte une vibration, sans savoir pourquoi, elles se rétractent et il se barricade dans sa coquille.
Chaque sensation est une morsure.
Chaque sollicitation est un combat.
Son corps est fait pour la guerre, pour la survie dans l’impitoyable.
Et lui ne rêve que d’une chose, une seule et unique chose, la vie !

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