Rance
Assise sur un banc public, en plein mois d’aout, elle sent les rayons du soleil caresser sa peau. Une douce caresse qui se fait pesante, puis pressente. Et qui, d’un coup, cogne.
Des gouttelettes commencent à perler sur ses tempes en repesant à ce qu’elle vient de vivre. Était-ce réel ? A-t-elle rêvé ? A-t-elle bien entendu ? Était-ce bien lui ? Étaient-ce ses mots ? Ces mots qu’il avait prononcés avec tant de froideur, qu’elle aurait cru qu’il ne la reconnaissait pas. Une étrangère. A lui et maintenant, à elle.
Elle ne voit pas les passants, ne sent pas la morsure du soleil sur sa peau, la brulure du banc chaud sous ses cuisses.
Elle est là, sans être là. Le regard hagard, le souffle court, le front humide.
Une légère brise vient la sortir de sa torpeur.
Elle se demande alors comment elle était arrivée là.
Elle ne se souvient pas de la date du jour. C’est samedi ? Non ! Lundi ? Impossible. Rien.
Elle essaie de réunir ses souvenirs, de retrouver un semblant de mémoire et de reprendre ses esprits.
Elle a l’impression d’être en chute libre, d’essayer de s’accrocher aux branches mais il n’y en a pas.
D’un coup, le choc. Atterrissage brutal ou son cœur fait un bond.
« Attends là » Lui dit une voix douce et à peine perceptible.
Le cœur palpitant d’une émotion indéfinie mais familière, elle se sent transportée dans un autre espace-temps.
Elle a 6 ans, elle est en train de rêvasser dans le jardin de la maison familiale. Elle regarde les papillons danser et les nuages passer. Elle écoute les oiseaux chanter et le vent souffler.
Allongée dans l’herbe, elle se laisse traverser par la vie qui s’écoule dans son être comme savent si bien le faire les enfants. Elle regarde le temps passer et le présent se transformer en passé.
Une sensation lointaine lui revient, comme un son qui se rapproche. C’est son poignet. Elle a mal au poignet.
Et là, tout revient d’un coup. Les coups, les cris, les larmes, la morve, le sang et sa mère, l’œil gonflé et le visage tuméfié qui l’empoigne, l’amène dans le jardin, là où elle est assise et lui dit doucement et tendrement : « Attends là »

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