Chapitre 2 :

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Le tourbillon magie m'expulse violemment, et le contenu de ma boisson se renverse sur mes vêtements. Je jure en voyant l'auréole s'étaler sur ma veste et mon t-shirt blanc.

Maudits dieux. Impossible de se saouler tranquille lorsqu'ils sont dans les parages.

Je pose le verre à même le sol carrelé, et prends le temps d'observer la grande salle dans laquelle j'ai atterri. De grands piliers colorés s'élèvent de part et d'autre de la pièce, tels des colonnes antiques. Le plafont, lui est constitué d'un nombre incalculable de cristaux qui scintillent de mille feux.

Je baisse les yeux, mais les lève vite aux ciel quand je remarque le tapis rouge qui mène à une estrade où deux trônes richement décorés sont installés. A toujours vouloir montrer sa puissance, on finit par trop s'habituer à l'incroyable, tant que le reste paraît fade pour le restant de tes jours.

Dans leur cas, les célestes sont sûrement remplis d'indifférence, d'ennui et de vanité.

Je me dirige vers la seule porte pour quitter les lieux. Je n'ai de toute façon aucune raison de rester dans cette salle vide, surtout trempée comme cela. Le brouillard commence à se dissiper et je n'ai aucune bouteille sous la main.

 - Pouvons-nous savoir où vous compter allez ? demande une voix dans mon dos.

Je sursaute, me retourne pour découvrir Ash, et ses parents assis dans leur trônes respectifs. Même sans les avoir rencontré auparavant, leurs traits et leur peau translucide sont si semblables à l'adolescent qu'il est impossible de se tromper sur leur identité.

Contrairement au leur fils qui préfère les jeans et pulls larges, ils ont opté pour des tenues plus traditionnelles. Le regard dur de la mère me dissuade de faire un commentaire sur la façon dont ils "s'adaptent" si bien au fil des siècles.

A la place, je croise les bras.

 - Je comptais partir et m'offrir un deuxième verre, étant donné que je n'ai pas pu finir le premier, je lâche d'un ton limite irrespectueux.

 - Je crains que ce ne soit possible, rétorque la femme, indifférente à mon comportement. Nous avons prévu d'autres choses pour toi.

 - Oh, mais je ne demandais pas votre avis, je renchérie sans même m'arrêter.

Je sens déjà la douleur renaître au sein de mon coeur et les souvenirs refaire surface. J'accélère le pas, grimaçante. Mais soudain, mon corps se fige. Mes muscles se mettent en marche sans que mon esprit l'ai décidé, et je fais demi tour pour revenir me poster à genoux devant l'estrade.

Je lance un regard paniqué à Ash, qui baisse un peu plus les yeux, coupable.

Puis, je comprends.

 - Attendez... Pourquoi vous m'avez fait venir ici ? Ne me dites pas que...

Les lumières s'allument d'un coup dans ma tête, et cette fois, mes yeux se posent sur le jeune dieu remplis de fureur.

 - Oui, c'est bien ce dont il est question, intervient le père. Ma femme et moi avons décidé, après avoir pris connaissance de toutes les erreurs commises par notre fils en notre absence que tu repartiras sur Terre pour rêgler...

 - C'est mort, je n'irais pas, je crache.

Hors de question. Je ne veux pas rouvrir d'anciennes blessures, les regarder s'infecter sans pouvoir les soigner, et souffrir encore. Mon cœur est déjà en morceaux. Un coup, et tout devient poussière.

Je fixe désespéremment mes pieds dans l'espoir qu'ils répondent à mes supplications et m'aident à fuir ce nuage d'ennuis qui approche. Sans succès. A croire qu'ils ont été coulés dans le béton.

La femme s'approche lentement de moi. Ses doigts délicats saisissent mon menton pour que je reporte mon attention sur elle.

 - Vois-tu, cela fait six ans que le monde endure la crise de ton petit ami, six ans que celui-ci est devenu instable. Ash lui a fait don de bien trop de pouvoir, il risque d'exploser à tout moment et emporter le monde avec lui. Tu vas y retourner que tu le veuilles ou non pour le remettre sur le droit chemin.

 - Mais je me moque de mon petit ami ! Je crie à bout de patience, ignorant la douleur qui me vrille la poitrine et les images qui affluent à présent dans mon esprit. Prenez son âme avant l'heure, allez répandre votre magie pour que tout aille mieux et laissez moi boire en paix, putain !

 - Ce n'est pas si simple. On ne joue pas avec la vie comme tu sembles le faire si bien, elle réplique la voix vibrante d'une colère contenue. On ne peut pas non plus claquer des doigts pour effacer une telle quantité de pouvoir comme cela, et encore moins intervenir directement dans la vie des humains sans prendre le risque de les rendre dépendants. Je ne sais même pas pourquoi je prends le temps de t'expliquer tout cela, étant donné que tu es trop égoïste pour te soucier de ce qui t'entoure.

Elle m'attrape la gorge, et ajoute.

 - Tu as un mois pour transformer Hope en ce guide dont les gens ont désespéremment besoin. Pas un jour de plus.

Son visage s'approche un peu plus du mien, menaçant, tandis que sa poigne se resserre. Ses yeux me fusillent, et je crois y voir un orage éclater à l'intérieur. Incapable ne serait-ce que de me débattre, je pâlis. Je peux presque sentir cette aura de puissance qui qualifie les dieux. Et pour une fois, j'ai l'intelligence d'avoir peur.

 - Si jamais tu échoues, elle murmure, si jamais tu as l'audace de te suicider encore et de revenir en ce royaume sans avoir accompli ta mission...

Elle pointe mon coeur de son doigt manucuré. Même protégé par mes côtes, je ne peux m'empêcher de trembler en pensant qu'elle est très capable de l'atteindre sans difficulté.

 - Je ferais en sorte que ce qui te tourmente tant devienne si insupportable que tu en viennes à regretter d'avoir mis fin à tes jours.

Figée, je n'ose rien répondre. L'ironie et le sarcasme m'ont abandonné, ces lâches, me laissant seule, douloureusement lucide, pour affronter un avenir inévitable.

Derrière moi, le sifflement caractéristique d'un portail interdimensionel qui prend forme. Je frissone, autant à cause du vent qui s'infiltre sous mes vêtements que d'anticipation. Mon corps est violemment aspiré à l'intérieur.

La dernière chose que je vois avant de tomber dans l'inconscience est le regard coupable d'Ash qui semble vouloir me communiquer à quel point il est désolé.

J'espère que ce sentiment va bien le torturer, histoire qu'il ressente au moins le dixième de la souffrance que leur décision va m'engendrer.

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