Chapitre 4:

3 minutes de lecture

Serait-ce... Un champ ? En plein milieu de Paris ?

Vu la hauteur de l'herbe, on se croirait au fin fond de la Lozère. Pourtant, des ruines d'immeubles autrefois bourgeois bordent cette étendue herbeuse. Ce devait sûrement être un parc avant.

Je tente de me frayer un chemin à travers la brousse, agitant les bras pour chasser des insectes que l'apocalypse a coloré de façon pas très rassurante. L'un d'eux réussit néanmoins à passer et vole tout droit dans ma bouche.

Je tousse, le recrache en grimaçant.

Il ne reste plus qu'à prier que ces trucs ailés ne soient empoisonnés.

Quelques minutes plus tard, j'atteins enfin le bout de cette parcelle de nature. Les dernières touffes de végétation s'écartent pour révéler une église gigantesque qui m'émeut plus que de raison. Malgré un toit à moitié effondré, la bâtisse n'a pas perdu de sa grandeur.

La façade de l’église s’élève lourdement, massive, striée de colonnes épaisses et d’ornements usés. Rien n’y semble léger ; tout paraît ancré, solide, presque immuable. Elle domine la place sans effort, immense, avec ses lignes à la fois strictes et irrégulières, comme si plusieurs époques s’étaient superposées sans jamais vraiment se fondre.

Et c'est le cas. Elle tient encore, siècle après siècle. Même l'apocalypse n'a pu la mettre à genoux.

Je m'approche de la lourde porte en bois, et remarque un groupe de personnes vêtues de blanc. Les tissus sont tâchés, grisâtres par endroit, mais reconnaissables. Se sont des toges religieuses. Un homme s'exprime devant une foule silencieuse à genoux.

 - Comme le toit de notre belle église menaçe de s'effondrer, nous ferons les messes ici. Notre Dieu compte sur nous, nous pouvons l'abandonner. Voilà six ans qu'il nous a punit et que nous devons nous racheter pour toutes les fautes que nous avons commises.

Les gens hochent la tête respectueusement. Le prêtre continue.

 - Nous arriverons à braver la tempête par la prière et la piété. Lorsque le monde sombre dans le chaos, que les démons sortent de l'Enfer pour coloniser nos âmes, nous restons fidèles à notre parole. Oh Saint des Saints, entend nous et vient en aide à ceux qui tournent le dos au mal !

 - Oh Saint des Saints, répètent les religieux, soit miséricordieux.

Je me retiens d'aller les interrompre pour leur dire que ceux qu'ils prient ne viendront pas. Cela me démange, mais je préfère ne pas m'attirer d'ennuis. Il n'y a pas pire que de se mettre à dos une communauté de fidèles aux allures de secte.

Lorsque l'on perd tous nos repères, on en vient à espérer des choses presque impossible avec une ferveur stupide. Je le sais trop bien.

Des images me reviennent en pleine face.

 - C'était si grand !! s'écrit une voix. On pourra y revenir ?

Je lève brusquement la tête, cherchant la source de cette voix fluette si familière. Personne.

 - Bien sûr ma puce.

Je reconnais ma propre voix, ce qui me fait réaliser. Je refais une crise. Paniquée, je passe la main sous mon t-shirt pour dessiner ma cicatrice avec mes doigts. Sauf que ma hanche est lisse, si lisse que j'en viens à douter de l'avoir jamais tracée au couteau dans ma cuisine.

Alors que je perdais pied.

 - Oh, le monsieur vend des glaces là bas ! Hooooope, je peux en avoir une ? Dis oui, s'il te plaît !!!

Je cligne des yeux, et me fige. Hope, Lys et moi marchons, bras dessus bras dessous. Ma petite soeur , âgée d'à peine 7 ans à ce moment-là, sautille, toute contente alors que nous nous dirigeons vers le vendeur. Voir ces sourires sur nos visages...

Ils me transpercent le cœur, aussi tranchants que des armes au métal aiguisé. Pire.

Je secoue la tête, pour tenter d'échapper à cette réminiscence, dissocier le souvenir de la réalité, mais l'image ne veut pas disparaître. Je me frappe, me pince, mais rien à faire. La douleur qui couve au fond de moi s'intensifie. Alors que mon esprit surchauffe, mon corps prend les commandes. Je casse l'un des vitraux de l'église, me saisit d'un long et fin bout de verre, et remonte mon t-shirt.

Je trace la première ligne, et les gouttes de sang viennent se mêler à mes larmes de souffrance. En arrière plan, les rires légers résonnent, me faisant trembler. J'appuie assez pour être sûre d'en garder une marque indélébile, et redessine mon malheur pour l'extérioriser.

Un cœur brisé.

Voilà ce que je me suis regravée à même la peau.

Annotations

Vous aimez lire Arianne D Charles ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0