Chapitre 5 :

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Mon poing s'arrête à quelques centimètres de la porte. J'hésite. Mon cœur meurtri me hurle de faire demi-tour tandis que ma raison rétorque que ce n'est qu'un mal à passer pour retourner à mon état végétatif. Seulement, rien que l'idée de le revoir suffit à réveiller mes démons. Je recule dans le couloir.

Non, c'est mort, je ne vais pas le faire.

Les paroles des dieux me reviennent à l'esprit, plus cruelles que jamais.

"Je ferais en sorte que ce qui te tourmente tant devienne si insupportable que tu en viennes à regretter d'avoir mis fin à tes jours."

Je soupire, déjà à bout mentalement alors que je ne suis même pas encore entrée. L'abandon me semble presque plus attirant que l'inverse.

"si insupportable que tu en viennes à regretter d'avoir mis fin à tes jours."

 - C'est bon, j'ai compris ! Je souffle en levant les bras. J'y vais.

Même à l'abri dans leur palais, ils ne peuvent s'empêcher de me pourir la vie et la mort. Le jour où je les revois, célestes aux pouvoirs infinis ou pas, je vais les tuer de mes mains.

Je me recentre sur le battant qui me sépare de celui que je dois transformer en messi. J'approche une main tremblante du panneau de bois, et ne réussis qu'à produire un son inaudible. Je réessaie, la respiration irrégulière. Cette fois, le coup résonne dans le couloir, comme amplifié par ma peur et mon angoisse.

Les minutes passent en silence, un véritable supplice. Je répète mon geste une troisième fois. Une quatrième. Une cinquième...

Au diable la politesse ! Je passe ma main sous le tapis, récupérant le double des clés et ouvre la porte. Le battant s'efface pour me laisser entrer dans mon appartement.

Je fais un pas et les souvenirs m'assaillent, douloureux. Je savais que ce n'était pas une bonne idée. Malgré mes efforts, un flot d'images lumineuses défile sous mes yeux, mettant en scène une famille heureuse et souriante, et chaque rire, chaque détail me déchire un peu plus.

- J'ai gagnéééé !! S'écrit Lys, manquant de faire tomber le plateau. Son cheval bleu venait d'atteindre le centre, après s'être fait mangé plusieurs fois par ceux de Hope. Celui-ci la regarde sauter dans le salon, amusé.

- J'ai gagné, j'ai gagné, j'ai gagné ! Elle répète, aux anges, en agitant son doudou.

- Et je suis fière de toi, je la complimente. Tu veux que l'on joue à un autre jeu ?

- Ouuuiiiiiii !

Elle court jusque dans sa chambre. Pendant qu'elle se décide, Hope et moi rangeons le jeu des petits chevaux. C'était la première fois qu'elle y jouait et elle a eu une chance incroyable au dé. Elle tombait presque toujours sur six, là où je peinais à avancer de plus d'une case par tour. Et elle n'a même pas triché ! A moins que...

Je me tourne vers Hope, qui n'a pas perdu de son sourire.

- Ne me dis pas que tu l'as aidée ! Je chuchote, pour éviter que ma petite sœur ne m'entende.

C'est si bienveillant que je ne peux même pas lui en vouloir.

Il s'approche de moi, jusqu'à ce que je sente son souffle chaud caresser mon oreille et me murmure.

- Oui, et je n'ai aucun regret car cela l'a rendue heureuse et toi avec.

Ses mots me réchauffent littéralement le cœur, et une sensation de pur bonheur m'envahit. Il me serre dans ses bras, enfouit son visage dans mon cou. C'est dans ces moments-là que je me dis que je suis chanceuse.

Chanceuse de vivre auprès de ceux que j'aime et d'avoir un petit ami aussi parfait.

J'arrive enfin à chasser ces pensées en tripotant le bandage de fortune que j'ai placé sur ma cicatrice toute fraiche. Elle saignait trop et mon t-shirt avait tendance à coller à celui-ci.

Je refoule à grand peine les souvenirs au fin fond de mon esprit. Une larme roule le long de ma joue pour s'écraser sur le parquet. Je la regarde disparaître, absorbée par le bois, avant d'essuyer ma joue d'un revers de la main.

Je ne peux pas rester ici. Il faut que je boucle la mission que l'on m'a confiée au plus vite, sinon je me transformai en fontaine.

Pris de frénésie, mon cerveau se balaye toutes les images qui parasitent mon cœur. Il se concentre sur l'objectif, occultant tout le reste. L'appartement et les souvenirs douloureux qui y sont reliés passent en arrière plan.

Je traverse les pièces une par une sans m'attarder, cherchant ce visage familier qui m'a tant fait souffrir. Je finis par le trouver, allongé sur le canapé. Même sans voir son visage, je sens au plus profond de moi que c'est lui.

Hope.

L'homme qui m'a abandonnée.

Mes yeux brillent sous le coup de l'émotion, et un frisson me parcourt de la tête aux pieds. Mon corps se pétrifie à la vue de cette masse qui dort dos à moi. Face à ma réaction, mon esprit prend les commandes et enterre toutes les pensées nuisantes.

Je ne réfléchis plus. J'agis.

J'arrache la couverture qui couvre Hope pour le secouer brutalement. Il se redresse brusquement, déboussolé et les yeux papillonnant de sommeil. Les mots sortent machinalement de ma bouche, comme si je récitais un texte appris par cœur.

 - Hope, il faut que tu sauves le monde et que tu répares les atrocités que tu as commises.

Il me dévisage, complètement perdu, et plus les secondes passent, plus les émotions que j'ai enfouies en moi commencent à resortir.

 - N'agis pas comme si tu étais surpris, tu sais très bien de quoi je parle.

Devant son abscence de réaction, je pète un cable.

 - Mais dis quelque chose bon sang, que tu es désolé, que tu veux tout réparer, j'en sais rien moi ! Tu ne vas pas rester muet toute ta vie ! Alors tu vas remettre le monde sur pied que je puisse enfin me saoûler en paix !! Tu n'es qu'un lâche qui préfère fuir plutôt que d'affronter tes problèmes !!!

Mes paroles débordantes de colère et de désespoir le sortent de son état de choc et assombrissent son expression. Il attrape un carnet, un stylo, et griffonne presque furieusement sur le papier avant de le déchirer pour me le donner.

Tu es qui pour entrer chez moi et m'insulter comme cela !?! Sors, avant que ce soit moi qui pète un cable et te jette dehors.

Je me fige en lisant ses mots. Mon regard remonte lentement jusqu'à son visage, et je pâlis. Mon envie d'en finir au plus vite m'a rendue aveugle à ce qui se trouvait sous mon nez. Maintenant, je réalise à quel point l'homme qui se tient devant moi n'est plus que l'ombre de lui-même.

Ses cheveux et sa barbe semblent avoir été négligés depuis des années. Hisurtes, ils ont tant poussés qu'ils se confondent presque. Son teint s'est affadi, sans doute par manque de soleil, des cernes immenses soulignent ses yeux verts autrefois si lumineux. Aujourd'hui, ils ne sont qu'un abisse profond dans lequel je plonge, horrifiée de la coquille vide qu'il est devenu.

Je recule en froissant le bout de papier.

Je n'aurais pas du venir. Quelle mauvaise idée d'avoir pensé que je pouvais débouler dans l'appartement avec un nouveau corps et le changer en un guide pour le reste des survivants.

Cet homme ne fait plus partie des vivants depuis longtemps.

Mes jambes bougent d'elles-même et je cours.

Je quitte cet endroit en fuyant sans me retourner.

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