Chapitre 16 (bis) :
Nous dépassons le pont Alexandre III, lorsque des déflagrations se font entendre. Des balles ricochent sur la carcasse blindée de la voiture. Devant nous, des camions bloquent la route. Le chauffeur fait une embardée pour les éviter, et appuie sur l'accélérateur. La vitesse me plaque sur mon siège.
Sans même les voir, je devine les auteurs de cette attaque.
Les tirs pleuvent alors que nous nous éloignons du fleuve à toute allure.
- Dirigez-vous vers le Palais, ordonne Aumaric en sortant un talkie-walkie qu'il allume. Envoyez des hommes armés au pont Alexandre III, Zaya...
Il n'a pas le temps de finir sa phrase qu'un pneu crève faisant virer le véhicule brusquement à droite. Percutant un bâtiment déjà bien en ruine. Le choc nous projette en avant. Les air bag s'activent, nous évitant de graves blessures. Le conducteur par contre, n'a pas eu la même chance.
Les vitres se fissurent sous l'impact combinés des balles et de l'accident. Je me protège le visage quelques secondes avant que celles-ci n'explosent.
Il ne faut pas rester là.
Je sais mieux que personne se qu'implique le fait d'être aux mains du gang adverse. J'avise la position des adversaires, tout en sortant un flingue de la boite à gants. Quatre hommes nous tiennent en joue depuis l'autre côté de la rue. Un moteur ronronne au loin, mais impossible de savoir si ce sont nos membres ou les leurs. Et aucune garantie que d'autres complices ne se cachent pas dans les ruines alentours.
On n'est pas dans la merde.
Aumaric sort un pistolet de l'une des poches de son costume.
- A trois, tu ouvres la portière et tu me couvres jusqu'à ce que je sois hors de portée.
J'acquiesce sans discuter, mon instinct et mes reflexes prenant le pas sur le reste. Mon chef ramasse le talkie, et fait le décompte.
- Un...
Les secondes ralentissent,
- Deux...
J'inspire profondément,
- Trois.
J'ouvre la portière si brusquement qu'elle manque de s'arracher. Aumaric saute presque de l'habitacle, pendant que j'abas le premier stratège. Le deuxième s'écroule avant d'avoir pu réagir, mais les deux autres ont le temps de se réfugier dans les décombres.
Je m'autorise un coup d'oeil en arrière, et soupire de soulagement en voyant mon supérieur disparaître dans les ruines.
En espérant qu'il ne m'abandonne pas aux mains de Zaya une fois de plus.
Un tir ricoche sur la portière et effleure mon bras, traçant une ligne ensanglantée sur celui-ci. Le sang tâche mes vêtements, mais je n'y accorde pas d'importance. Pas le temps de s'attarder sur la douleur ou les détails inutiles. Je dois survivre.
Mes adversaires, prenant conscience que je suis la seule restante, encerclent la voiture. D'autres stratèges surgissent de tous les côtés, armes braquées dans ma direction. Mes pensées défilent à toute allure dans mon esprit, mais aucune solution ne montre le bout de son nez. Mon cœur cogne dans ma poitrine, et l'adrénaline se mélange à la peur.
Que faire ?
Je referme la portière pour m'en faire un bouclier et tente d'abattre le plus proche. Ses balles achèvent de briser la vitre, et des morceaux de verre me griffent le visage, mais je tiens bon et fait mouche. Un de moins. J'utilise deux cartouches de plus pour mettre à terre le deuxième. Plus que trois.
Je braque mon pistolet, rate encore. Mes mains tremblent. Une balle manque de m'atteindre. Je me baisse juste à temps. Je tente de charger mon arme, avant de réaliser qu'il n'y a plus de munitions dans le réservoir.
Merde.
Un vrombissement de moteur se fait entendre. Je suis fichue si ce ne sont pas des insaisissables. Les hommes s'approchent pas à pas de la carcasse de voiture dans laquelle je me cache. Je me recroqueville entre deux sièges. Ils économisent leurs balles, maintenant que je ne donne plus de signe de vie. Je suis à leur merci, et ils le savent.
Même mon poignard ne m'aidera pas à me sortir de là.
Un camion noir s'arrête à quelques mètres. Mes assaillants tournent la tête, et se font faucher par une salve de tirs. Le silence s'installe, inquiétant. Prudemment, je me relève, et pousse un soupire de soulagement en voyant Aumaric descendre du véhicule.
Je fais de même, m'avance jusqu'à lui faire face.
Soudain, mon chef sourit. Une expression fugace, mais sincère que je n'avais jamais vu traverser son visage.
- Merci Ruby, je saurai me souvenir de cette preuve de loyauté. Maintenant rentrons pendant que mes hommes quadrillent la zone pour finir le ménage.

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