Parfois, c'est comme ça que ça lui prend : brutal, sans sentiments, dans des pleurs augustes et sybillins ou un mot de branle-couille du même style.
On croit tout connaître, avoir tout vu, et se sentir prêt à plonger dans sa tombe.
Malheureusement pour les vers, sans cesse on se remue, et sans trêve on découvre de nouveaux horizons, glacés, perdus, et l'on s'y pèle le cul.
En bas du ventre, ça chauffe, ça brûle, on croit se déchirer, et parfois on se déchire pour vrai.
Deux bras, deux jambes, on est pourtant tous fait à peu près pareil, mais quand elle voit son concubin...
Quand il la voit sa cochonne... hein le cochon !
C'est pas des ouragans, ce serait trop chouette, ce serait si propre...
C'est torride et ça fait mal, c'est du malheur par paquet, par litre et par gallon, et par les mers, et par tous les fronts...
On se remémore, puis d'un coup ça vient, on se touche.
On se touche quoi ? J'ai pas le droit de le dire, j'ai des consignes !
Je le dis pas alors, mais on se l'agrippe, on se le fanfaronne, et de tous bords, et de toute vague, et ce serait peine perdue que d'essayer d'en venir à bout !
On y crève, à fond plein gaz, ça éructe et ça massacre, oui... ça truande à chaque recoin.
Vla ti pas qu'elle m'enserre la... enfin faut pas le dire, c'était même pas le... enfin je le dirai pas, j'ai des consignes...
N'empêche qu'elle en a de la poigne, la gourgandine, et son regard...
Putain, si ces bonnes femmes avaient les yeux crevés, ce serait plus simple, on s'y perdrait pas, on retrouverait nos chemins, mais faut qu'elles voient... là c'est rien qu'elle... mais elle, c'est tout un monde, et je m'y perds, et je suis perdu !
Mais la garce, je la connais mieux qu'elle ne le pensait, et d'un coup ses yeux vla qu'ils s'éloignent vers le plafond, et avec ça je lui retourne les... enfin mes consignes... n'empêche que je les dévore, ces bouts de son corps, j'en fais un festin pas possible, j'en ai dans les gencives, je m'en transperce le squelette même ! et ça me tape les os !
Mais tu croirais qu'elle abandonne avec tout ça ? Eh non... elle sait y faire, enfin elle apprend... et vite... et plus vite que moi, c'est pas une femme, c'est une fusée !
Je la vois plus, pourtant j'ai des yeux, moi aussi, je les ai pas crevés, pas encore... non merde, elle est passée où ?!
Et là je tombe, en miettes, et c'est que ça me fait le coup du phénix ! parce qu'elle me fait renaître !
Avec ses doigts... ça je peux le dire ? j'en ai pas trop dit j'espère... les consignes...
Et je sens que j'arrive, comme disent les amerloques, j'arrive, j'arrive... je ne suis plus !
Me voilà couché tout contre elle, on se terrifie, nos deux corps c'est pas de la chair, c'est des batteries à haute tension. Je m'y connais, je suis ingénieur.
Non je suis pas ingénieur, elle non plus, mais bordel elle sait s'y prendre, et d'ailleurs elle recommence.
Elle recommence quoi ? Ah je peux pas le dire, c'est dans le titre mais je peux pas le dire !
Elle veut son apothéose, elle veut s'électrocuter sur pépère - pépère c'est l'ingénieur - et ce qu'elle veut, c'est pour moi un commandement. Car je suis canard, le laquais de madame, enfin ça dépend des jours...
Mais là je voudrais juste me mettre sur off, terminer l'affaire, ronfler sans morfler...
Eh non, un dernier tour, juste pour elle, je rallume le bazar, j'y plonge tout entier, je fais mourir ce qui aurait déjà dû s'en aller, tu vois le genre...
Voilà, ça s'allume, ça fait du bruit, perte de contrôle, urgence, déconnexion, j'ai plus de neurones, faut tenir, le rythme, pour cochonette, pour ma reine, je meurs, je m'évanouis, faut tenir...
Tac.
Elle explose, elle est en mille morceaux, j'ai su y faire, j'ai gagné le droit de ronfler avec morphée, nos corps font des petites choses que les consignes m'obligent à taire, et le silence envahit notre atmosphère...