Chapitre 1 : La traque

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L’horizon, une ligne obscure dessinant les pourtours de lointaines montagnes dans un ciel noir d'une poussière poisseuse. Le sol tremblait comme le battement monstrueux d’un cœur déchirant l’air, au rythme des millions de pas avançant, inlassablement, dévorant inévitablement le monde...

L’orée des bois était plongée dans un calme trompeur, seul le bruissement d’un vent léger dans les branches menaçait le silence ambiant. Un mouvement presque imperceptible. Un frisson secoua un bosquet d'épineux planté au milieu de la petite pente terreuse, entre l'ombre des arbres et la longue bande d'asphalte craquelé qui bordait la forêt.

Une silhouette humanoïde, couverte d'un lacis de feuilles et de branches, s’extirpa lentement du buisson et parcourut rapidement les quelques mètres qui la séparaient de la lisière. Elle s'effaça dans l’ombre du couvert, avec la souplesse d’un prédateur prêt à fondre sur sa proie. Plongeant derrière un muret à l’abandon depuis longtemps, dont les pierres ne tenaient plus que par envie de marquer le temps, elle observait les alentours, immobile.

Au loin, le sommet des collines et le soleil lui-même s’effaçaient derrière ce mur de cendre colossal, ce tsunami d’une faim insatiable, immatériel. Depuis des générations, il dictait la seule et unique loi du monde : fuir toujours plus loin, toujours plus vite. C’était le retour du grand cycle, cette boucle absurde qui les forçait à précéder l'horreur, à tourner autour de la terre comme des satellites de chair et d'acier pour ne pas être rattrapés. Certains avaient abandonné, las de courir, se sacrifiant pour que d’autres continuent leur course éperdue... Un poids mort de moins pour le convoi, une vie de plus pour la Horde.

Le martèlement sourd qui faisait vibrer le sol n’était plus une simple sensation lointaine ; c’était un battement de cœur tellurique qui remontait par ses coudes plaqués contre la terre.

Observant l’immense nuage de terre s'élevant vers le ciel comme pour l'engloutir, elle souleva son masque végétal, dévoilant le visage d’une jeune femme couvert de boue séchée, strié par la sueur. Soudain, elle sentit un poids lui broyer les épaules. Sa mission devenait de plus en plus difficile, le gibier se faisait rare. Chaque carcasse ramenée, chaque heure de veille volée au sommeil n'était qu'une poignée de secondes arrachée à l'inéluctable. Au cœur de cette brume charbon virant sur le brun, elle focalisa son attention sur les mouvements saccadés qui se détachaient au loin. La masse était gigantesque, grouillante et paraissait avancer de plus en plus vite. Engloutissant les collines, les forêts disparaissaient pour renaître dans un cycle infernal.

Elle ferma les yeux un instant, imaginant un monde où le convoi s'arrêterait enfin, où les grondements s'éteindraient pour de bon sans que le silence ne soit synonyme de mort. Un monde où l'horizon ne serait plus une menace, mais une promesse. Mais le bruit sourd qui faisait vibrer ses os la rappela à la réalité, la poussière n'attendait pas. Elle ne pardonnait jamais la moindre seconde de repos.

La jeune femme tourna son regard à la recherche de son compagnon. Il ne l’égalait que de très peu dans l’art de se camoufler. Elle fronça les yeux, focalisa son attention et finit par détecter une légère fluctuation dans l’ombre d’un imposant et honorable vieux chêne. Une autre silhouette, elle aussi recouverte de végétaux, fit un petit signe de main, indiquant l’autre côté du ruban d’asphalte dans ce qui semblait être la cour d’une ancienne ferme, dont le propriétaire était mort depuis deux décennies.

Il fallut quelques secondes pour que ses yeux fassent une mise au point. La poussière soulevée en avant-garde du dévoreur de monde lui brûlait les yeux. Elle retint son souffle et poussa un petit hoquet de surprise.

Son compagnon s’était rapproché de sa position.

— Ils sont à moins de deux jours, Dav, cracha-t-elle, la voix étranglée par la poussière qui saturait l'air. À cette vitesse, ils auront dévoré le versant nord avant que l’ombre du soir n’atteigne le pied de la colline.

— Klair... Encore quelques heures et on rentre ? interrogea-t-il en soulevant à son tour son masque végétal, dévoilant un sourire ravageur. Sa barbe naissante lui donnait un air de trentenaire alors qu’il venait de fêter ses seize ans. Elle lui sourit en retour.

— Allons explorer cette vieille bâtisse, on trouvera peut-être des trucs utiles pour Joh... indiqua-t-elle de la tête. Dav acquiesça et empoigna son arbalète. Il arma son arme d'un geste expert, sur le qui-vive...

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