Chapitre 5 : Le relais
La nuit était tombée depuis peu lorsqu’ils arrivèrent à l’ancien relais mis en place par un autre groupe de survivants. Plus le temps passait, moins les rencontres devenaient possibles. Klair installa la remorque dans une sorte de garage, depuis longtemps débarrassé de son contenu afin de commencer à vider les entrailles de sa proie. Plus tôt en fin d’après-midi, ils avaient entendu sur leur gauche à plusieurs kilomètres, portés par le vent, les jappements d’une meute de coyotes affamés.
Placer les abats loin de l’endroit qu’ils allaient occuper pour la nuit attirerait loin d’eux, les rares prédateurs qui pouvaient traîner dans le coin.
Dav alla directement vers la cache inviolable indiquée par une croix peinte en blanc sur le mur d’une ancienne station-service, où les survivants de passage pouvaient y déposer ou récupérer des ressources salutaires. La vieille cuve à fioul, vidée depuis de nombreuses années, servait maintenant d’abri. Celle-ci était ouverte, la porte blindée avait été forcée par la main de l’homme.
— Arf, des Charognards... grogna-t-il avec une grimace de dégoût. Klair, dépêche-toi. Cet endroit me fout la trouille...
Serrés l’un contre l’autre, évitant d’allumer un feu pour ne pas être vus de loin, les deux éclaireurs passèrent une nuit assez calme, juste entrecoupée par une bataille désespérée autour des viscères du cerf offert en pâture aux coyotes.
Au petit matin, épuisés, transpirant, les jeunes gens reprirent la route en direction de leur groupe, tirant de quoi manger pour quelques jours de plus. La chaleur du soleil estival et la carcasse attiraient toute sorte d’insectes volants, bourdonnant trop près des visages, rendant désagréable la dernière partie de leur chasse.
— J’espère que les autres ont eu autant de chance que nous ? questionna Dav. C’est une belle bête... mais ça ne suffira jamais pour tout le monde...
— Arrête avec tes questions idiotes. Tu sais très bien que le grand Herv a toujours une recette miraculeuse pour nous régaler. Il a le don de multiplier les quantités... Aide-moi... souffla-t-elle dans un dernier effort pour grimper la petite butte de terre qui bloquait l’une des roues.
Vers midi, lorsque le soleil atteignit son zénith, le camp apparut enfin au détour d'un vallon : un assemblage hétéroclite de caravanes délavées et de camions liés ensemble par de lourdes chaînes, tel un grand serpent d'acier prêt à ramper. Les deux amis descendirent la colline tentant de retenir leur trophée d’un accident et d’une chute en cascades. Une centaine de jeunes gens, ayant tous moins de vingt ans, s'y activait dans une effervescence fébrile...

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