8. Alina

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Le Soprodzh était un centre de relaxation particulier, où les élites de Novvy Rodnik aimaient se retrouver pour affaires ou se livrer à d'interminables conversations de loges, invariablement auto-centrées, phallocratiques.

Il s’agissait d’un lieu à la fois fantasmagorique, et de nature très équivoque, avec une atmosphère clinique dissimulée sous une opulence artificielle. Rien n’y était laissé au hasard : l’ambiance musicale, très élaborée, autour d’ondes binaurales envoûtantes, les lumières tamisées, chaudes et douces, le salon, feutré et saturé de parfums subtils stimulants. Des hôtesses ou des robots proposaient aux invités des boissons et des snacks variés. Le centre avait été pensé afin d’offrir à des cercles d’hommes triés sur le volet un espace à la hauteur de leur statut.

Cependant, derrière son apparence de club privé, Le Soprodzh demeurait avant tout un laboratoire avant-gardiste de la Nouvelle Société. Tout avait été pensé pour leur permettre d’explorer, d’optimiser et d’assouvir leur potentiel reproductif, sous l’assistance d’une intelligence artificielle, cheffe d’orchestre biologique et sociale invisible.

Il y avait du monde dans le lounge, ce soir-là, contraint certainement par le hasard du calendrier biologique. Des groupes d’hommes allaient et venaient détendus, leur devoir accompli et probablement satisfaits de leurs statistiques.

À peine avaient-ils passé le seuil de la porte, qu’ils étaient baignés d’ondes adaptées à leur état d’esprit. Aussitôt leurs hormones s’équilibrèrent. Leurs bracelets diffusèrent discrètement de nombreuses données biologiques, automatiquement enregistrées. Oliver et Sacha s’installèrent dans un fauteuil, puis bavardèrent un peu à l’écart d’un autre groupe, échangeaient quelques plaisanteries.

De nombreux salons et alcôves avaient été aménagés autour du foyer principal, permettant aux visiteurs de trouver des refuges dimensionnés à la taille de leur groupe. Ces niches avaient été hiérarchisées strictement. Un ordre social, intégralement masculin régnait au Soprodzh.

Des consoles et des bornes mobiles permettaient aux hommes de sélectionner les profils qui les intéressaient, parmi une liste prédéfinie. Dès lors, ils se rendaient habituellement accompagnés d’un robot-concierge, dans la salle de conditionnement. Derrière une grande baie-vitrée, s’élevait un gigantesque dôme, parcouru d’ascenseurs et de dizaines d’alvéoles translucides, empilées sur plusieurs niveaux, telle une ruche. Parfois, les visiteurs pouvaient apercevoir de furtives silhouettes féminines à travers les vitres des cellules, avant que celles-ci, mises en activité, ne se teintent de rouge. L’ensemble était bien plus qu’un simple lieu de plaisir masculin. La Nouvelle Société avait conçu un outil où machines et personnel médical surveillaient le bon fonctionnement de la chaîne biologique.

La cellule s’était à nouveau éclairée au moment où Oliver s’apprêtait à quitter les lieux. Il jeta un dernier regard vers la couchette. Elle y était encore allongée, le regard triste, les yeux rougis. Elle parvenait à peine à retenir ses larmes.

  • Tu as été doux…

Oliver ne répondit pas. Une bouffée de chaleur lui monta au visage. Il inspira profondément, cherchant à reprendre le contrôle.

  • Tu as été si humain avec moi… dis-moi ton prénom, avant que… avant que tu ne disparaisses à jamais ?

Il était déjà sur le pas de la porte. Il hésita. Il regarda longuement ses grands yeux clairs. Il baissa la tête.

  • Oliver, murmura-t-il, d’une voie atone.
  • Я… Алёна (Moi,… c’est Alina…)

Oliver n’entendit pas ces derniers mots, la porte venait de se refermer. Alina éclata en sanglots.

Ils avaient emprunté un long couloir blanc aseptisé qui les ramenait au salon, à quelques minutes d’intervalles. Sacha marchait vivement, d’un pas assuré, presque militaire. Sa posture était droite, son visage fermé. Il plissa les yeux lorsque son bracelet vibra discrètement. Oliver, affalé sur un canapé, sirotait un alcool aromatisé. Lorsque Sacha apparut derrière le rideau, il lui fit un petit signe de la main. Sur la table basse, une bière l’attendait.

  • Ca va pas ?
  • Si… bien sûr… répondit Oliver en soulevant les épaules.

Sacha consulta brièvement ses données sans commentaires.

  • Sacrée soirée. Moi, j’ai donné. Elle n’en pouvait plus… D’ailleurs, toi, comment ça s’est passé ?
  • Normal…
  • Normal ?
  • Signaux positifs. Point. Je n’ai pas envie d’en parler.

Sacha sentit bien qu’Oliver cachait une instabilité émotionnelle, mais n’insista pas.

  • À la tienne.

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