La demande de rançon

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Il était neuf heures du matin lorsque Jean se leva péniblement pour prendre un café aussi amer que médiocre. Il fut accompagné d’un petit-déjeuner sommaire. En marchant dans le couloir de son appartement, une lettre passée sous la porte attira son attention. L’enveloppe était noire, marquée d’une tête de mort rouge. Tout semblait indiquer l’œuvre d’un mauvais farceur. Toutefois, une phrase écrite à la main et à l’encre rouge sang piqua la curiosité de Jean, il était écrit : « Lisez ou mourez »

Jean emporta doucement la lettre jusqu’à sa terrasse, la déposa précautionneusement au sol comme s’il tenait un objet hautement explosif. Il recula sans tourner le dos à la lettre, en ne la quittant pas du regard un seul instant. Ce n’était pas d’une bombe dont il avait peur, l’objet était trop petit, mais d’une attaque bactériologique.

Il mit quelques coups de balai sur l’enveloppe afin de s’assurer qu’il n’y avait pas de dispositif de détonation puis se décida à l’ouvrir par le dessous à l’aide d’un couteau.

A son grand soulagement, elle ne contenait pas de poudre mais des photos et un morceau de papier sale sur lequel était écrit à l’encre noire les mots suivants :

« Bonjour monsieur, j’ai le regret de vous annoncer que vous avez été choisi pour participer à notre programme de rançon pour la vie. Le principe est simple : Vous devez payer par bitcoin à l’adresse indiquée ci-dessous la somme de 10 000 euros sous 24h. Si vous ne payez pas, vous serez tué. Bonne journée =) »

Des polaroids tombèrent de l’enveloppe, Jean fut stupéfait en les voyant : il avait été pris en photo à des endroits où il était systématiquement seul et vulnérable, le tout dans la lunette d’un fusil de précision.

Il avait du mal à croire qu’une telle pratique était possible, bien que facilement imaginable dans une telle zone de non droit et un pays maudit. Il empoigna son téléphone portable et appela hâtivement le commisaire Ratish, son amis d'enfance et la seule personne à qui il peut faire confiance dans cette nation déchue où règne assassinats impunis et corruption. Il lui décrivit précisément la lettre et son contenu.

  • Oui Jean, malheureusement ces menaces sont sérieuses et tu perdras la vie si tu ne t’y plies pas. Nous avons déjà eu des centaines de cas similaires, le procédé est toujours le même : simple et efficace. Les rares victimes qui refusent de payer sont abattues d’une balle dans la tête par un fusil de précision militaire. Il n’est pas aisé de se soustraire à ce groupe de tueurs à gage, nous n’avons jamais réussi à les attraper car ils n’ont aucun lien avec les victimes. Les comptes contenant les bitcoins sont intraçables, ce sont des hackers doublés de meurtriers…
  • Que se passe-t-il pour ceux qui payent ? demanda Jean, dépité.
  • Ils sont tranquilles pendant un moment : un mois, deux mois, parfois plus suivant leurs revenus. Puis une nouvelle lettre arrive, encore plus menaçante, avec des sommes demandées plus importantes. Le manège continue mois après mois jusqu’à ce que la victime et sa famille n’aient plus de quoi payer, elle est alors abattue et les lettres sont ensuite adressées aux proches de la victime. Des familles entières sont retrouvées mortes.
  • Personne ne tente de fuir ?
  • Leur voiture est piégée et traquée par GPS, si la victime s’éloigne de l’itinéraire défini par le hacker : sa voiture explose. Si la victime prend les transports pour s’enfuir, elle est constamment suivie et épiée puis poignardée dans le dos par un inconnu impossible à identifier
  • Quelles sont nos options ?
  • Une seule option : tu as attiré l’attention des mauvaises personnes, je vais venir te chercher en humvee blindé et sous bonne escorte, je t’emmène jusqu’à l’aéroport et tu rentres en Suisse, ton séjour en France s’arrête ici, il n’y a rien à faire contre ces gens-là, je t’assure.
  • Comment m’ont-ils repéré ?
  • Habituellement, ils ne choisissent pas leurs victimes par hasard, ils prennent des personnes suffisamment aisées pour payer, mais pas assez riches pour pouvoir se protéger ou s’enfuir dans un autre pays. Pour toi, je pense que quelque chose a motivé leur choix : ils ont été mandatés par quelqu’un qui leur paye un bonus. Le but est de maquiller ton meurtre commandité en simple affaire de chantage. En abattant cet homme et en découvrant son affaire tu as énervé les mauvaises personnes. Il est étonnant que tu ne sois pas déjà mort. Leur intention est probablement de te faire fuir sans histoire pour étouffer l’affaire et nous allons saisir cette opportunité avant qu’ils ne changent d’avis.
  • J'imagine que ma voiture est déjà piégée et traquée, comment comptes-tu faire?
  • J'arrive en humvee blindé au plus vite et je t'escorte jusqu'à la frontière, Tu as toujours l'arme que t'ai donnée?
  • Bien sûr, approvisionnée et chargée.
  • Parfait, nous étions probablement sur écoute, attends toi à du grabuge. En attendant, reste loin des fenêtres. Avec un peu de chance, ils n'oseront pas s'attaquer à l'ami d'un commisaire. Ou du moins, ils vont prendre le temps de se consulter entre eux avant de le faire, ça nous laisse un peu de temps.
  • Je suis désolé de t'attirer autant d'ennuis...
  • Ne t'en fais pas, ils vont juste augmenter le prix des rançons... Le commisériat les paie pour que nos policiers restent en vie. Vu que tu as économisé 10 000 euros, tu pourras nous faire un virement quand tu seras rentré...

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