Opération récupération
Périgueux, 29 février 1992. Loreleï, 14 ans (pour encore une semaine). Vivian, 18 ans.
Nue, Loreleï contemplait ses vêtements posés sur le lit. Elle affinait sa stratégie :
« Le jean moulant avec mon bombers ? Pas assez sexy. La jupe à volants en jean avec mes boots ? Intentions trop claires. »
Elle fouilla encore dans son placard. Sarah n’était pas là pour l’aider à choisir : sa meilleure amie aurait été contre. Alors, autant choisir seule.
Sarah lui avait dit : « On récupère pas un mec juste parce qu’une autre veut lui mettre le grappin dessus ». Et elle avait raison ! Vivian était sorti avec d’autres filles depuis qu’elle l’avait quitté. Mais pas Cindy ! Il ne pouvait pas se farcir cette dinde !
Loreleï n’était pas restée seule non plus. Son statut était passé de « intello coincée » à « salope ». La versatilité des gens la fascinait toujours autant. Ce qui ne l’empêchait pas d’être blessée.
Un soupir. Elle ouvrit le tiroir de sa commode, passa un doigt sur sa lingerie. Le coton côtoyait le satin, les brassières, les balconnets. Devant le coût de certains ensembles, elle culpabilisait parfois. Mais c’est tellement joli ! Faire les boutiques avec sa mère, c’est ça qui n’avait pas de prix. Cela faisait partie de leurs rares moments de complicité.
Son choix se porta sur le soutien-gorge en satin abricot et dentelle ivoire, qu’elle trouvait romantique. Vivian avait ri : « Sexy. Bandant. Joli, à la limite. » Avant de le lui enlever et de glisser sa langue contre sa peau. Il l’empêchait de penser clairement. Les autres garçons avaient les mains froides ou intrusives. Lui… Tout son corps s’accordait au sien. Pas la peine de lutter.
Après avoir enfilé ses sous-vêtements, elle sortit sa jupe plissée : « Classique. Je croyais qu’elle était sage. Mais maintenant, je sais l’effet qu’elle produit. »
Chaussures plates, bombers brodé Naf-Naf, collants opaques pour affronter l’hiver. Elle se regarda une dernière fois dans le miroir, brossa ses longs cheveux. Pas de maquillage, pas de parfum. Jamais. Et Vivian aimait ça, son naturel. Balader son grand nez partout pour mieux la sentir.
Elle. Lui.
Elle se morigéna : « Te déconcentre pas maintenant, Loreleï ! »
Elle claqua la porte de la maison, après avoir prévenu ses parents qu’elle allait au stade.
Arrivée là-bas, Loreleï se dirigea vers le terrain de foot. Il était là. Bien sûr qu’il était là. Comme tous les samedis à 10 h 30. Elle avait douté pourtant : il avait fêté ses 18 ans le jeudi. Peut-être qu’il avait d’autres plans pour le week-end.
Il lui tournait le dos quand un joueur lui donna un coup de coude avant de désigner Loreleï. Il la rejoignit en courant, un sourire large comme un soleil.
« T’es venue me souhaiter un bon anniversaire ?
— Un peu en retard, désolée.
— T’excuse pas. L’important, c’est que tu sois là.
Loreleï avait perdu les phrases qu’elle avait si soigneusement préparées. Vivian vint à son secours :
— Pour te faire pardonner, j’ai une idée. Comme d’hab : je propose, tu disposes. Je t’invite au resto.
Ses joues chauffèrent. Elle se souvenait de toutes les propositions qu’il avait faites : semer des baisers (presque) partout avec les glaçons de la limonade toujours dans la bouche, enlever sa culotte quand elle était à califourchon sur lui dans le canapé, glisser sa main à elle dans son jean…
C’est en pensant à ses propres propositions qu’elle lui répondit :
— JE propose. La piscine demain, à 15 h.
— OK. Ça me va. Tout me va.
— Je te laisse t’amuser. À demain !
Elle se retourna, sachant qu’il ne la quittait pas des yeux. Elle avait prévu de se retourner. Une fois. Elle le fit. Lui envoya un baiser. Le sourire de Vivian la fit fondre.
Il y eut la piscine. La séance ciné. Le 8 mars, Loreleï fêta ses 15 ans avec ses copines. Vivian lui offrit une édition de « L’Odyssée » en grec. Temps d’observation, d’hésitation et de tension… frissons au long cours.
Ils se retrouvèrent à nouveau à la piscine, quinze jours après le stade. Quand elle sortit des vestiaires, Vivian l’attendait dehors, sur un banc. Elle le trouva beau. Elle s’assit à côté de lui. Il ne bougea pas. Elle fit le premier mouvement, posa sa bouche à la commissure de la sienne, avant de la glisser le long de ses lèvres. Sans les toucher, juste en les caressant de son souffle. Leurs genoux se touchaient. Vivian posa sa main sur la sienne, en la serrant légèrement. Loreleï continua à balader son souffle, avant de se réfugier contre son oreille. Elle chuchota :
« Tu m’as manqué.
Recommence plus. »
Il serra sa main plus fort et promit. Elle glissa sa langue entre ses lèvres. La pulsation déferla à nouveau d’une bouche à l’autre.

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