Die Leiden der jungen Loreleï
Ma Sarah,
Comme tu le vois, j’ai fait le plein de papeterie à Kaufhof. J’aurais tellement, tellement adoré que tu sois là ! Pour compenser, tu as vu ce que j’ai glissé dans l’enveloppe ? Des autocollants Diddl, la classe non ?
La photo, c’est avec tous mes cousins et cousines devant un bächle. Les petits ruisseaux qui traversent Fribourg. On pourrait se dire qu’ils sont trop grands pour sauter dedans, mais non ! Juste après la photo, c’était la bousculade ! Vraiment, tu t’amuserais bien ici. Quand on sera vraiment grandes, on partira en vacances ensemble ? Juste toutes les deux.
Je me gave de lichouseries. Mais ça, ça ne rentre pas dans l’enveloppe. Maintenant que tu es à Lyon, je ne pourrais plus t’en ramener. Tu te plais là-bas ? Tu as déjà des amies ? Je suis sûre que tu te feras plein de copains et copines. Évite juste de leur sauter dessus en hurlant au bout d’une minute !
En plus de ce joli papier à lettres, de stylos trop mignons et de trois tonnes de marzipan (la pâte d’amande, remember !), j’ai acheté plein de bouquins. Je vois ta tête ! Hahaha ! En plus, j’ai déniché un trésor ! Sérieux ! Tu verrais, il est trop beau !!! J’ai été chez un bouquiniste avec mon cousin Paul (mon cousin préféré, je l’adore). Et là, un magnifique livre ancien, tout doré, me tendait ses pages ! Une histoire de la littérature allemande de 1887 ! 1887 ! Tu te rends compte ! Et il était pas cher, j’ai pu me l’acheter. Paul m’a offert un livre aussi. Mais je crois que c’était pour se moquer de moi. « Die Leiden des jungen Werthers », « Les Souffrances du jeune Werther » (Goethe himself). Un truc indigeste, tu as envie de crier à Werther de se mettre à poil et d’aller courir un peu pour arrêter de déprimer.
Tu vois pas le rapport ? Pour résumer, ta Loreleï a ENCORE fait des conneries ! Et heureusement que Paul était là ! Je te passe les détails, mais tu m’aurais mis des claques. Mais tu n’es pas là.
Pour Vivian, tu avais raison. D’ailleurs, je sais pas comment dire, mais je m’excuse. Je ne suis pas une bonne copine. Je t’ai laissé tomber pour Vivian.
Mais promis, je vais me rattraper, même si c’est dur maintenant que tu es loin. J’ai pas envie de rentrer à Périgueux. Là, on est encore en Bretagne, chez ma grand-mère Katell. C’est tranquille de chez tranquille. Mais à la rentrée… est-ce que les autres seront passés à autre chose ou j’aurais encore cette réputation de merde ? Et je serai toute seule. Toi à Lyon, moi trop loin. Je vais faire comment sans toi ?
J’ai demandé à mes parents pour venir te voir. Ils doivent appeler les tiens. Ce serait méga chouette, non ?
Tu me manques. Ta Loreleï.
PS : Les fleurs séchées, c’est pour que tu les sentes en pensant à moi. Si tu te concentres, je suis sûre qu’il reste un peu de Forêt-Noire dedans.

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