1492
Lyon, vacances de la Toussaint 1992. Loreleï et Sarah, 15 ans.
Ingrid et Maurice avaient laissé leur voiture à Bordeaux et accompagné Loreleï en train jusqu’à Paris, afin de l’aider à faire le changement entre la gare Montparnasse et la gare de Lyon. Une fois leur fille dans le train, ils rejoignirent leur hôtel. Ils avaient prévu une semaine en amoureux dans un petit hôtel du Marais.
Sur le quai de la gare de Lyon Perrache, Sarah sauta dans les bras de Loreleï. La journée s’étirant vers la fin, elles rentrèrent directement. Loreleï retrouva avec plaisir la chaleur de la famille de Sarah. Son grand frère lui promit des histoires encore plus gores. Sa petite sœur tomba en admiration devant sa nouvelle coupe de cheveux. « J’ai arrêté de vouloir des cheveux lisses ! » En disant cela, elle passa ses doigts dans ceux de Sarah, frisés. « J’ai un cadeau pour toi ! »
Sarah aida Loreleï à défaire sa valise. Elle était déçue qu’elles ne dorment pas dans la même chambre, mais elle ne dit rien. Elle lui donna son tableau, que Sarah contempla pendant plusieurs minutes. « C’est beau ! Merci ! » Elle le posa sur sa table de chevet.
Une fois tout le monde couché et la maison calme, Loreleï attendit. Pour elle, il était évident que même si elles ne dormaient pas ensemble, Sarah viendrait la rejoindre. Mais elle finit par s’endormir, seule.
Le lendemain matin, Loreleï mit du temps à émerger. Elle se demanda où elle était. En allumant la lampe de chevet, elle se rendit compte qu’un magazine était posé à côté : « Ok ! », une revue pour ado. Elle se souvint du nombre de fois où Sarah et elle avaient rigolé en lisant le courrier des lecteurs. « Le fil de mon tampon est cassé, comment le faire sortir ? » Les deux amies avaient hurlé de rire : « T’imagine, si elle attend toujours la réponse ? » Loreleï tourna quelques pages et eut subitement du mal à déglutir, quand elle tomba sur un article sur les « amours particulières à l’adolescence ». L’article disait que c’était normal, pas honteux. Tout le monde faisait ça. C’était une phase. Le mot fit saigner Loreleï. « Une phase ». Elle se leva pour examiner la table de chevet. Il n’y avait rien d’autre que ce magazine.
Dans la journée, elles allèrent faire du shopping. Rirent en essayant des chapeaux improbables au Galeries Lafayette. Dévalèrent les traboules. Se firent draguer à une fête foraine. Avec la famille de Sarah, elles admirèrent en soirée les lumières de Notre-Dame de Fourvière, avant d’aller au restaurant. Elles allèrent voir « 1492 » au cinéma, avec des copains de Sarah. En sortant de la salle, ils beuglaient la musique de Vangelis. Loreleï était contente de voir que Sarah s’était fait de nouveaux amis. Non sans une pointe de jalousie.
Le jour du départ arriva. Sarah avait l’air sincèrement peinée. Pourtant, en passant devant sa chambre avec sa valise, Loreleï ne vit plus le tableau. Elle ne revint pas à Lyon, mais Sarah et elle continuèrent à s’écrire.

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