Le refuge

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Lycée de Périgueux, 1992. Loreleï, 15 ans


Loreleï vérifia que le couloir était bien désert avant d'entrer dans la salle. Elle ne s'attendait pas à trouver quelqu'un à l'intérieur.

Elle reconnut la fille assise sur une table, fumant près d'une fenêtre ouverte.

Loreleï hésita, puis referma derrière elle.

  • Salut. Je pensais être la seule à venir ici.
  • Désolée. C'est la première fois – Elle écrasa sa cigarette – Ça fait du bien de plus voir ces têtes de con.

Loreleï sourit tristement, s'assit sur une table à côté de la fille, après avoir posé son sac.

  • C'est clair. Je sature. Je deviens parano. Tu t'appelles Nadia, c'est ça ?
  • Ouais, la pute des vestiaires. Et toi, c'est Loreleï ?
  • Elle-même. La pute qui suçait dans les chiottes du collège.

Elles se serrèrent la main. Leur sourire finit en un ricanement gêné. Nadia fixait toujours Loreleï. Elle siffla, ironique.

  • T’as commencé tôt, bravo ! Moi, j'ai attendu la Première pour me taper toute l'équipe de rugby !

Loreleï répliqua sur le même ton :

  • Je suis en avance ! Première de ma classe, première à me faire défoncer !

Elles partirent dans un rire qui ne dura pas. Après un instant à se jauger, Nadia se lança :

  • J'ai couché avec UN mec de l'équipe ! Un seul ! – Elle se leva, parla plus fort – Mais je l’ai largué. J'ai embrassé un autre mec, puis un autre. Embrassé, c'est tout ! Mais dans leur sale bouche, ça a fini en tournante dans les vestiaires. Avec toute l'équipe, évidemment.

Loreleï éclata franchement de rire :

  • T’as couché avec mon ex alors ! C'est à cause de lui, ma réputation de merde ! On a couché ensemble. Il a ouvert sa grande gueule, et voilà.

C'est ce jour-là que Nadia et Loreleï fondèrent le « club des putes qui ont besoin de respirer loin des connards ». Leur amitié ne se limitait pas aux confidences partagées dans leur refuge. Elles mangeaient également souvent ensemble. Ce qui n'arrangea pas leurs réputations respectives, comme un effet de contamination. Mais maintenant, elles s'en foutaient. Elles en jouaient même. Bras dessus, bras dessous, elles fredonnaient « Libertine » quand elles croisaient quelqu’un qui les regardait de haut ou un groupe qui chuchotait à leur approche.

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