Libertines
Après les vacances de la Toussaint, Loreleï invita Nadia chez elle. Elle était heureuse d’avoir une amie plus âgée, avec qui elle pouvait également parler de sexe et de désir. Le décalage avec ses camarades de seconde était trop grand. Ce mercredi après-midi, l’entrainement de natation avait été annulé. Elles avaient donc la maison pour elles seules. Allongée sur son lit, Loreleï observait son amie qui farfouillait dans ses tiroirs et placards.
— J’adore tes cheveux Nadia, c’est joli les boucles. Les miens, ils sont ni raides, ni frisés. Ils choisissent pas leur camp.
— Faut voir le temps que j’y passe ! Comme pour le maquillage ! Toi, t’as l’air de sortir d’une pub Tahiti douche. Genre plouf de l’eau sur la figure et regardez comme je suis fraiche !
— Je mise sur la beauté intérieure. Regarde dans ma commode.
Nadia ouvrit un tiroir et siffla :
— T’es une chaudasse, j’en suis sûre maintenant !
— Y’a pas grand monde qui en profite. C’est pour moi. J’aime la lingerie. C’est une question d’esthétique.
— Et Vivian, il en pensait quoi ?
— Il aimait bien, mais il me préférait sans. T’aime pas ça toi ?
— Sans plus. Seulement si quelqu’un va regarder. Ou un soutif qui fait un beau décolleté.
— Ça va, la nature t’a déjà bien aidée.
— Arrête de te plaindre. Faut que tu te trouves un mec pour te remonter le moral. Et rentabiliser tes fringues de marquise !
— Merde, tu me fais penser à ma dernière connerie.
Nadia sauta sur le lit, s’allongea à côté de son amie, curieuse. Loreleï ne la fit pas attendre.
— Gilles, tu vois qui c'est ?
— Ouep, un petit brun en Term ?
— Voilà. Il me tourne autour depuis un moment. Je l’ai croisé la semaine dernière en ville. Je venais de claquer mes économies dans un body en dentelle.
Elle se leva, prit le body en question dans son tiroir. Dentelle crème avec des empiècements de satin. Nadia s’exclama :
— Putain, c’est sexy ! Faudra que tu me le montres sur toi ! Tes parents disent rien ?
— C’est comme un secret avec ma mère. Quand elle range mes affaires, je pense qu’elle tombe sur certains trucs, mais elle dit rien.
— C’est quoi le rapport avec Gilles ? Tu lui as fait un strip ?
— Pire… enfin pire pour lui, j’imagine. On discutait, posé sur un banc dans le parc. Je précise que c’était un coin tranquille, désert. Il me demande ce que je fais et blabla. Et moi, toute contente de ma trouvaille, je sors le body du sac. Tu aurais vu sa tête ! J’ai clairement vu le film qu’il se faisait !
— Mais évidemment ! Tu pensais à quoi en sortant ton truc de pute !
— À rien ! J’étais simplement contente ! Ça t’arrive pas de réfléchir après ?
Nadia roula de rire sur le lit. Loreleï poursuivit :
— Tu aurais vu son regard ! Je me suis dit « Machine arrière, machine arrière, sors-toi de là, pauvre débile ! ». J’ai rangé le body rapidement. J’ai dévié sur les cours. Mais le pire…
Nadia s’étonna :
— Comment ça pourrait être pire ? T’es pas croyable !
— Le pire c’est qu’il connait Vivian ! Genre, ils sont potes ! Pas proches, c’est pour ça que je n’en savais rien. Mais assez pote pour que Gilles me sorte : « Vivian m’a parlé de toi. Beaucoup. T’es comme il dit : naturelle. »
— Là, j’ai réfléchi à toute allure…
— Enfin !
— Pfff ! Bref, j’ai repensé à tout ce que Vivian avait pu lui dire. J’ai trouvé que « naturel », c’était pas trop mal. Il aurait pu dire pire. J’ai fait genre j’avais un truc important à faire et je suis partie. Je pense qu’il est toujours sur le banc à se demander ce qui s’est passé.
— Tu me fais délirer meuf. Faut que tu fasses gaffe.
En se tournant vers Loreleï, son expression se fit plus grave.
— Faut te protéger. Ça t’a pas servi de leçons les rumeurs ? Et les mecs en Allemagne ! Sérieux ! Tu me fais peur parfois !
— J’y pense tout le temps. Quand je m’habille, quand un mec me plaît. Mais y’a rien qui marche. J’ai plus envie de coucher avec un mec ? Alors je suis une allumeuse. Je m’en sors pas. T’as une solution, toi ?
— Oui.
Elle marqua une longue pause avant de reprendre.
— Le plus marrant avec ma réputation de « salope des vestiaires », c’est que j’ai vraiment fait des trucs de salope. Mais ça, personne le sait.
Nadia s’arrêta, Loreleï trépigna.
— Faut que je te torture ? Te supplie ? Tu sais comme ma vie sexuelle est déserte. Fais-moi rêver !
— J’ai déjà couché avec deux mecs. En même temps.
Silence.
— Tu dis rien ?
— Je suis en train d’imaginer. Ça doit être bien, non ?
Nadia était hilare.
— T’es vraiment une petite chaudasse !
— Dit celle qui a baisé avec deux mecs ! Et l’équipe de rugby !
Elles étaient maintenant l’une sur l’autre, secouées de rire. Loreleï sécha ses larmes.
— Sérieux, comment ça se fait que personne le sache ? Tu les as enterrés où ?
Loreleï reprit, après une pause :
— Je sais ! T’es devenue une mante religieuse !
— Approche, petite.
Nadia prit une voix faussement mystérieuse.
— Et découvre le grand secret de la reine des putes. Quand on a baisé... - Et oui, c’était bien. Trop bien putain ! - Je leur ai dit que s’ils ouvraient leur gueule, je dirais qu’ils sont pédés, qu’ils se sont touchés devant moi.
Loreleï médita ces paroles.
— Pédé, c’est pire que pute ?
— Je suis pas sûre.

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