Get up, stand up !
Quand Loreleï s’habille, elle pense aux escaliers.
Au début, elle ne comprenait pas quand on lui parlait de ses jambes.
« Des jambes, c’est des jambes. Une cheville, un mollet, une cuisse… Elles n’ont pas changé. Elles servent toujours à courir, sauter, nager. »
Un matin, elle remontait les escaliers en colimaçon du collège. Quatorze ans, innocente pour encore 5 min. Un camarade de classe l’attendait en haut des marches.
« Loreleï, tu dois savoir. Ils font ça à chaque fois. Regarde en bas. »
Aux pieds des escaliers, ils regardaient sous sa jupe.
Deux élèves.
Un professeur.
Chez sa tante Solène, le lendemain de la pendaison de crémaillère. Elle descendait prendre son petit-déjeuner. En chemise de nuit — imprimé « Get up, stand up ! », encore ensommeillée. L’escalier donnait au milieu de la cuisine, devant la table. Tous les invités mangeaient. Bruits joyeux des conversations et des cuillères sur les bols. Arrivée au milieu de l’escalier, tout le monde se tut. Les regards posés sur elle. Enfin… pas elle. Ses jambes. Une femme a grommelé quelque chose comme : « Moi aussi, à son âge… ».
Alors, aujourd'hui, elle ne met pas de jupe.
C’est dommage, elle aimait bien.

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