I'm gonna be...

4 minutes de lecture

Bordeaux, mars 1995. Vivian, 21 ans.


Vivian claque la porte de son casier après un dernier regard à la photo de Loreleï. Celle dont il a découpé le bas – elle était seins nus. Ce cliché a su capter cette part d’elle qui le rend fou : ses yeux verts pétillants et son sourire… Putain, son sourire. Dans ces moments-là, la pauvreté de son vocabulaire le navre. Pourtant, il pourrait en écrire des pages, sur ce sourire ! Parler de son pouvoir érotique incandescent. De cette impression qu’elle va le bouffer. De cette lumière qui le fait exister. Et qui lui fait peur. Il a été le premier à allumer ce feu. Pas le seul à s’y réchauffer. Mais, s’il est honnête… Il kiffe de voir les regards sur elle. S'il est là. Pour contrôler l’incendie. Pour le bien de Loreleï. Elle le lui a dit. Avec lui près d'elle, elle se sent plus sereine quand elle veut « être jolie ». Contre son oreille, son murmure : « Mon garde du corps. » Vivian avait souri. Mais quelque chose de plus sombre s’était déployé à ces mots.

Après avoir rangé ses affaires dans son sac de sport, il rejoint Marco dehors. Ils se dirigent vers l’amphi ensemble. Ils parlent de la prochaine soirée. Marco se moque :

  • Tu vas encore mettre un vent à Pauline ?
  • Je te rappelle que je suis maqué !
  • Des nichons pareils, franchement, c’est du gâchis… Pauline demande que ça ! Dès qu’elle te voit, ses yeux crient « braguette ! »

Vivian rigole, change son sac d’épaule.

  • Elle est bonne… Mais je suis fidèle ! J’ai même pas le droit de danser avec une autre. Sinon ma meuf m’arrache les yeux.
  • Elle est très jalouse ? – Soupir dramatique. – Moi, j’ai pas ce problème… Tu m’enverras Pauline ce soir ?
  • Promis, j’essaierais. Et ouais, ma copine est jalouse. Pas chiante. Mais il y a des trucs qu’elle supporte pas : mes ex et que je danse avec une autre. Que veux-tu ! Je danse comme je baise ! - Il écarte les bras et baisse la tête, faussement modeste - Trop bien !

Marco éclate de rire. Ils arrivent devant l’amphi.



*****


Deux semaines plus tard, Vivian rejoint Thomas dans son appartement étudiant à Bordeaux. Samedi soir classique : ils matent un porno. Thomas baisse le son :

  • Je croyais pas dire ça un jour, mais… « Dirty dancing », c’était plus chaud !

Vivian claque la cuisse de son ami en riant, avant d’afficher un rictus désolé.

  • Putain, je bande même pas.
  • Moi non plus. Tu veux faire quoi ? On sort ?
  • Non, j’ai dit à Loreleï que je restais à Bordeaux pour bosser.
  • Quelques bières et tu rentres sagement alors ?


Vivian acquiesce et va les servir pendant que Thomas ouvre un nouveau paquet de chips.

  • C’est pas le régime idéal pour un sportif, Thomas. Tu pourris mon hygiène !


Après avoir bu quelques gorgées, Vivian demande :

  • T’en es où avec Emilie ?
  • Sur la fin… C’est pas ça. C’est jamais ça. J’ai toujours l’impression que ça sonne faux. Même au pieu. Surtout au pieu. Tu sais quoi ? – Il se penche vers son ami d’enfance, l’œil vitreux de trop d’alcool. – C’est de ta faute. Loreleï et toi, vous avez placé la barre trop haut.


Vivian hoche la tête.

  • T’inquiète, t’en trouveras une bien. Mais fais gaffe ! – L’expression de Vivian devient indéchiffrable. Impossible pour Thomas de savoir s’il plaisante. Cela arrive de plus en plus souvent. – J’oublie que vous êtes sorti ensemble… mais parfois, ça me revient ! Surtout quand je vous entends rigoler comme des cons.
  • T’as la jalousie aléatoire !


Entre eux, des images et des soupirs.


Thomas observe son ami. Hésite avant de se lancer.

  • Tu te souviens, tu m’as demandé de bien la regarder la semaine dernière ? – Vivian confirme de la tête. – Elle t’aime. Quand t’es là, elle voit que toi. Elle peut rire avec moi, ça t’enlève rien. – Il prend la mesure de ce qu'il peut risquer. – Elle peut même sortir sans toi, tu crains rien.

Vivian se crispe, son regard se charge de colère… ou de peur. Difficile de saisir.

  • Pourquoi tu dis ça ?
  • Qui d’autre que moi le fera ?– Thomas devient grave. – Tu la bouffes, Vivian. Elle était si vivante, un peu barrée, toujours à te tacler. Maintenant, elle sort plus, elle ressemble à rien avec ses gros pulls.
  • J’essaie de lui faire confiance, je te jure ! Quand elle me regarde avec ses yeux… – Il ferme les siens, frotte ses tempes. Quand il les rouvre, les larmes ne sont pas loin. – Je la crois. Mais quand je suis pas là, j’ai peur, juste peur. Je me répète qu’elle partira pas. Mais parfois… – Sa voix vibre, tendue. – Parfois les gens disent qu’ils reviendront et ils reviennent pas. Jamais.

Thomas serre sa main. Fort. Meilleur ami, ce n’est pas rien. Il a toujours été là, ils ont toujours tout partagé. Il murmure presque.

  • Lâche-la. Juste un peu. Assez pour qu’elle respire. Si tu continues, c’est pas pour un autre qu’elle te quittera. Mais parce que tu l’étouffes.




* I'm gonna be… the man who wakes up next to you – Je serai l’homme qui se réveille à côté de toi. I'm gonna be, The Proclaimers

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Vous aimez lire En attendant la pluie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0