Karim point d’interrogation [V2]
Paris, octobre 1998. Loreleï, 21 ans.
Karim.
Avec l’asso étudiante, on a décidé de refaire un stand de prévention dès la rentrée. Banderole Sidaction et saladiers pleins de capotes, on ne peut pas nous manquer. Les habituées sont là : Marion, Loreleï, Aurèle et moi.
Je discute tests VIH avec deux mecs, quand je le vois arriver de loin. Henri. Déjà, le nom. Bref. Il est en STAPS avec moi : un beauf, qui se croit drôle… Mes épaules anticipent les blagues racistes. Mais non, il se dirige vers Loreleï. Grave erreur, mon gars ! Il pense la gêner avec ses questions, je le sais à son sourire de merde. Ça manque pas, je l’entends : « C’est vrai que sucer des bites, c’est plus dangereux que lécher ? »
Moi aussi, j’étais tombé dans le piège de l’allure sage de Loreleï. Mais quand elle ouvre la bouche, accroche-toi ! Loreleï l’explose à coups de détails anatomiques : « La cyprine, tu connais ? C’est plus acide que le sperme. On pense que c’est pour ça que les virus y prolifèrent moins. Tu peux demander à Marion, à côté, elle affirme que les lesbiennes sont le peuple élu. Tu as d’autres questions ? Sur la sodomie peut-être ? » Il y a des bouts de Henri jusque sur les panneaux d’affichage !
À la fin de l’aprem, on range le matos dans le local de l’asso. Quand je le ferme, il reste que Loreleï. Elle m’invite chez elle. Il y a plus près pour prendre un verre. J’hésite pas trop.
Karim opportuniste.
Dans son salon, on continue à discuter comme d’hab. On est assis à côté sur son canapé. Son regard est différent. Mais elle est plutôt sociable. Peut-être qu’elle invite facilement les gens chez elle ? Nos cuisses se touchent. Sa main se pose parfois dessus. J’ai pas remarqué qu’elle touche les gens comme ça. Elle m’a même dit qu’elle n’aime pas faire la bise… mais ça fait plusieurs fois qu’elle me la fait quand on se croise. En posant sa main sur mon épaule.
Loreleï tactile ?
— Karim, tu m’écoutes ?
— Non… oui !
Elle rigole.
Karim loser.
— Comment va ton genou ? Tu vas reprendre le taekwondo ?
— Dans deux mois, si tout va bien.
Elle caresse doucement mon genou. Elle caresse mon genou ! Son regard, encore. Je fais quoi ?
Mes doigts sur sa jambe.
Rapprochement des lèvres. Bingo ! Elle s’assoit carrément sur moi. Plus pratique pour s’embrasser, mais putain… c’est direct !
Loreleï tactile !
Elle s’arrête soudain, les mains à plat sur mes épaules, comme si elle avait besoin d’une pause. Elle me fixe.
— Karim…
— …
— Je sais pas comment dire…
Loreleï timide ?
Ses mains tremblent légèrement. Je tente :
— Je crois qu’on est deux à pas savoir comment dire.
On se sourit. Ça l'aide.
— Karim, tu me plais… Mais… J’ai l’impression que les mecs prennent tout ce qui leur tombe dessus. Même s’ils ont pas trop envie. Je veux pas qu’on couche ensemble et qu’après tu m’évites.
— C’est pas mon genre.
J’hésite, mais je sais pas vraiment quoi dire d’autre. Je la sens pas vraiment rassurée, alors je me jette à l’eau.
— Je dis pas ça pour que tu couches avec moi. J’ai pas envie de me prendre la tête, mais pas envie non plus d’être « le mec de STAPS qu’on présente pas à ses copines ».
Loreleï pousse un soupir et revient contre moi. Sa langue dans mon cou. Je savais pas que j’étais sensible de l’oreille. Son souffle, ça m’excite. Ses mots coulent sur mon lobe .
— Tu as dit que tu massais bien. Tu veux ?
Elle enlève son pull. Un pull bleu informe. Soutien-gorge en tissu brillant violet et dentelle noire. Ses seins ont l’air de chercher de l’oxygène. Elle avait prévu tout ça ? Je loupe une ou deux respirations.
Loreleï secrète.
Elle se lève, m’entraine dans sa chambre.
Son jean et ses chaussettes finissent sur le parquet. Elle reste en sous-vêtements, sort un flacon d’huile de massage de sa table de chevet, puis s’allonge sur le lit.
Loreleï directe.
Je garde mon boxer. Qui cache pas grand-chose. Je la masse comme j’ai appris en STAPS.
Karim professionnel.
Je défais l’attache de son soutien-gorge. Elle ne bouge pas, mais sa respiration change. Je caresse les bords écrasés de ses seins. Je dessine la ligne de ses vertèbres. Le creux de sa taille. Elle se tortille et rigole. Pétrissage de ses épaules. Elle gémit.
Karim ingénieur du son.
Elle tourne sa tête sur le côté. Je me penche pour mieux l’entendre.
— Karim, tu me parleras ? Le silence, ça m’angoisse.
Je colle mon torse contre son dos.
— Dis-moi aussi… ce que tu veux…
Ses mouvements m’obligent à me redresser. Elle quitte le lit, se met devant moi. Enlève sa culotte.
Loreleï bandante.
Elle me regarde. Le visage et le reste.
Puis elle s’agenouille, tire mon caleçon et se relève.
Chaque morceau de moi passe dans ses yeux.
Karim… bandant.

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