Adulescent… parait-il

2 minutes de lecture

Bastien. 2000, 23 ans.

Je vois moins Loreleï depuis qu’elle s’est exilée à Paris.

Mais ça me permet de profiter de la vie parisienne. On a fait la Nuit du Zapping et une Gloubiboulga night. Soirée à base de dessins animés des années 80, à beugler des génériques et se goinfrer de bonbons. Vingt-cinq ans et déjà nostalgiques. J’ai rencontré ses nouveaux potes. Céline, Claire et Simon : sympas. On a été au Louvre et au Muséum d’histoire naturelle. Je suis un garçon cultivé.

Et surtout — surtout ! — je l’ai invitée à Disney Land pour son anniversaire. Elle a essayé de résister : « Walt Disney a collaboré pendant (truc dont j’ai oublié le nom, faites vos recherches) ! Blabla capitalisme ! Blablabla massacre culturel ! » C’est dur d’être ami avec une gauchiste quand on est centriste. Mais je reste ferme sur mes valeurs de compromis. Je l’entends presque hurler : « La neutralité sert toujours l’oppresseur ! » Je suis un saint. Ou masochiste. Ses râleries ont pris fin en descendant du RER, au moment où elle a vu le château de princesse Disney. On n’était même pas encore dans le parc. Le soir, elle est ressortie avec les yeux qui brillaient et une tasse Winnie l’Ourson. Moi ? J’ai été raisonnable. Un pull Tigrou, une tasse Mickey, une peluche Winnie, une casquette Fantasia (j’avais oublié la mienne), des stylos, des chaussons Panpan, un art book et du Toblerone géant. Deux en fait. Mais on en a boulotté un sur le retour, ça compte pas.

Pour répondre à votre question : parfois. Vous ne pensez qu’à ça, pfff. On est surtout le doudou l’un de l’autre. Et non, on ne finira pas ensemble. Je vous rappelle que c’est moi qui l’ai laissée filer.

Et j’ai compris — il y a 5 minutes — que Loreleï avait besoin de plusieurs vies. Et moi… je trouve ça bien l’amitié amoureuse. Moins de pression. Et tant qu'elle me tape sur les fesses quand je passe, je suis heureux, je me sens désiré.

Elle me parle de ses « explorations » : les trucs drôles et ses peines, aussi. Les mecs prennent sa générosité pour du détachement. On la pense trop facilement forte. Alors qu’elle est sensible. Romantique, même. Elle me tuerait si elle m’entendait. Non, elle n'est pas romantique : elle est absolue, nuance importante. Faut pouvoir assumer. C’est pour ça que ça pourrait pas marcher entre nous.

Et moi ? Ça va. Tranquille.

J’ai été soulagé quand Marion est partie avec son chat. Petit pincement quand même quand elle a claqué la porte : elle avait un beau cul. Avec Aurélie, c’était sérieux. Je lui ai offert un exemplaire dédicacé de Loisel. Mais bon, j'avais pas spécialement envie que ça continue non plus.

J’ai pas le temps de m’ennuyer. J’ai un emploi-jeune à Lormont : responsable de la salle informatique de l’espace jeunesse. Et je prépare des concours de la fonction publique territoriale. Vive l’âge adulte. Youpi.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire En attendant la pluie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0