La stagiaire de Merteuil
4 juin 1992, Périgueux. Loreleï, 15 ans. Vivian, 18 ans.
Loreleï.
Je suis allongée sur mon lit, la lettre de Vivian posée sur la poitrine.
Je vais faire l’amour. C’est décidé. J’ai bien réfléchi :
- Il est aussi vierge que moi. Donc il ne m’oubliera pas.
- On se connaît bien physiquement.
- C’est le seul qui m’a fait cet effet.
Et…
- je prends la pilule depuis 1 mois ! Ma mère me l’a proposé quand il y a eu l’histoire avec Vivian. Papa a failli pleurer.
Franchement, si je pouvais vraiment choisir, j’aurais préféré Yann. Il est mignon, intelligent et on parlait d’autre chose que de sexe ! Mais zéro effet. Nada. Niente. Nichts.
Un bilan s’impose.
La boum de Caro… On va dire qu’elle a pas eu lieu.
Guillaume. Premier baiser avec la langue. D’un côté j’étais contente de l’avoir fait, mais d’un autre : beurk, quoi. Et je suis passée subitement de « l’intello coincée qui se la pète » à « la salope de 4e qui se la pète parce qu’elle sort avec un terminale ». J’ai rien demandé moi ! De toute manière, il s’est vite lassé de mes gloussements débiles. C’était mon petit copain et dès qu’il approchait, je rougissais et je ricanais. Désespérant.
Jördis. Haaaaaa ! Trop bien ! C’était pendant la fête au chalet de la meute. Toute la famille Wolf réunie comme d’hab. C’est un copain de mon cousin Aleksander. 16 ans, trop mignon, doux, gentil. Jördis, pas Aleksander. Faut dire que j’adore la Forêt-Noire. L’odeur des pins sûrement, ça m’enivre. C’est moi qui ai proposé qu’on se retrouve plus tard. Il faisait nuit, j’avais apporté une couverture, lui aussi. On a rigolé. On s’est embrassé (bien !!!!), caressé en gardant les vêtements.
Première fois que je sentais ça chez un garçon. C’était… bizarre. Bizarre bien et bizarre gênant.
Je comprends seulement maintenant certaines de ses allusions. Il me demandait si je voulais plus. J’ai pas compris, il a pas fait. Bien. Pas comme l’autre connard, là, quand j’avais cassé avec Vivian, et qui a glissé sa main dans ma culotte sans prévenir. Et il s’en est vanté en plus ! Mon poing dans sa gueule, ça l’a calmé. Sarah a applaudi. Sarah... C'est pas pareil. Rien à voir.
Vivian, il a toujours demandé. Pas forcément avec des mots. Je sais pas comment dire… Il bouge un peu et il attend. Si je dis rien, mais que je bouge comme il faut, il continue.
Grand sujet de discussion ça. Il trouvait qu’il devait me baratiner à chaque fois pour me toucher. J’ai dû expliquer (plusieurs fois !) que j’aime prendre mon temps. Patience et douceur, il avait du mal. Et sens de l’orientation aussi. Hahaha ! Monsieur « je suis expert en pelotage et doigtage » ne savait pas où était le clitoris. Bon, en même temps je savais où c’était mais pas comment ça s’appelait. On se complète. Il a plein de mots.
Cyprine. C’est joli. C’est la mouille. Je ne connaissais ni l’un ni l’autre. Et comme je me doigtais pas, j’avais jamais fait gaffe que c’était mouillé. Quel gâchis quand j’y pense ! Parce que c’est pratique pour mouiller le clito ! Shmouick shmouick, ça glisse !
Et on peut pas retirer ça à Vivian : il apprend vite. Passé un moment en mode « mais où trainaient mes doigts avant ?!? », il a vite maîtrisé le bordel. Je me demande s’il compte mes orgasmes depuis.
Il apprend plus vite que moi, ça c’est sûr. J’avais un peu peur de ce machin. Bite, queue… c’est moche. J’aime bien « sexe ». Pénis, ça fait médical. Phallus, ça fait trop sérieux.
Alors qu’en fait, c’est marrant un sexe de garçon ! C’est tout flappi et hop ! magie ! Ça change de forme. Je dis ça, j’ai pas vu le changement de suite. Vivian bandait tout le temps.
Ça, bander, le mot me gêne plus. Je préfère que « avoir la gaule ». J’imagine Vercingétorix sinon. Bref, je m’égare. Vivian me disait que dès que je lui tenais la main, il bandait. Donc limite je pensais que c’était l’état de base des garçons.
La première fois que je l’ai touché, j’ai été étonnée. C’est doux ! Je sais pas, j’imaginais un truc rugueux comme une barbe mal rasée. Maintenant, je m’amuse. Je suis magicienne des métamorphoses. Je lui ai demandé de me montrer comment il fait, seul. Waouh ! Je me suis rendue compte d'un truc à ce moment-là. Du plaisir, il m'en donnait. Moi, un peu quand même. Je le caressais, je le massais. Il s'endort souvent d'ailleurs, ça lui fait du bien après le sport.
Mais du plaisir, du vrai plaisir, je lui en donnais pas. Enfin pas directement. Là, je le voyais prendre son pied. C'était... Pffff. Je me suis caressée en même temps. Ça a franchement dérapé les semaines suivantes.
Et je parle pas de sa peau. J’aime pas les gros mots. Mais là, j’ai envie de le dire :
Putain ! J’aime sa PUTAIN de peau ! !
Ça, c’est moi qui aie découvert. Je lui fais toujours enlever (quand on peut) son t-shirt. Je me colle à lui. J’adore. Il adore. Alors j’imagine avoir toute sa peau pour moi. Brrr. Gros frisson.
Je suis prête. Enfin non, je sais pas trop ce que ça veut dire. Mais j’ai envie, ça c’est sûr. Si on fait pas l’amour rapidement, je pense décéder de consomption.
Jeudi prochain, j’ai plein de profs absents.

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