Veni. Vedi. Vénus.
Ce jeudi-là. Chambre de Loreleï.
La première fois, Vivian se sentit très nul. Ils avaient mis de la musique. La compil de Loreleï.
Lui disait : « ta compil de cul ». Elle : « notre compil spéciale ». Il entendait les guillemets sur « spéciale » quand elle parlait.
Elle la lui avait offerte, avec quelques jours de retard, pour ses 18 ans.
Compil trop efficace sûrement. Il avait fini avant la fin de « Push it » de Salt-N-Pepa. Il avait bien vu que Loreleï était déçue. Elle n’avait pas eu mal, c’était déjà ça. Il avait senti un truc, il avait poussé un peu et ça avait craqué. Pas de sang, ils venaient de vérifier. Elle ne lui demandait pas de partir, c’était déjà ça. Ils avaient encore quelques heures devant eux. Si elle voulait bien recommencer.
Pour le moment, elle regardait le plafond en caressant distraitement les cheveux de Vivian. Elle se leva pour aller au toilettes. Elle poussa un petit cri en arrivant à la porte de sa chambre :
- Mais ça coule !
Il ne put s’empêcher de sourire.
- Tu pensais que ça restait collé ? T’es forte en physique pourtant !
- Tu crois que j’avais pensé à ça ? C’est dégueu !
Elle revint après une dizaine de minutes. S’allongea à nouveau près de lui au moment au Chris Isaak susurrait « The world was on fire and no one could save me but you ». Elle tourna Vivian vers elle. L’embrassa. Non, Vivian trouvait ce mot totalement inadapté. Loreleï ne l’embrassait pas. Elle le mangeait. L’invitait. Le prenait. Le baisait.
Il la fit jouir avec ses doigts avant de la pénétrer à nouveau. Quand Loreleï gémit, de plus en plus fort, Vivian se sentit devenir un homme.
Au fil de leurs explorations, Vivian découvrit qu’il n’y avait pas que pour la compil que Loreleï avait ses mots à elle. Vivian trouvait ça autant étrange que mignon.
Sucer ? Tailler une pipe ? Non. Elle avait trop entendu d’insultes : suceuse, bouche de pipeuse. Elle avait proposé « faire un chêne ».
- OK. Mais… C’est quoi le rapport ?
Loreleï pouffait, comme fière de sa bêtise.
- Le fruit du chêne. Le gland. Logique, non ?
- Parfois, je sais pas si t’es trop intelligente ou juste débile.
- Un peu des deux ?
Comme elle glissait déjà sa bouche vers son ventre, il jugea prudent de ne rien ajouter.
Elle avait émis une autre idée pour le cunnilingus : feuille de rose. « Cunnilungus », ça faisait trop cours de latin, « cuni », ça sonnait mal. Et elle trouvait que son sexe méritait la comparaison. Elle ajouta, malicieuse :
- Et c’est un moyen mnémotechnique. Pour te rappeler de viser le bouton de rose.
Après leur première fois — Vivian corrigea mentalement : « leurs premières fois ». Après leurs premières fois, donc, ils profitaient de la moindre occasion pour faire l’amour. Thomas, le meilleur pote de Vivian, en fit les frais. Il était tombé sur eux en train de baiser debout dans la salle de bains. Sans compter la fois où il était entré sans frapper, alors que Vivian léchait Loreleï. Elle lui avait crié de fermer la porte, tout en ramenant la tête de Vivian vers elle. Et il ne parlait pas de tous les baisers pornos et doigtages pas du tout discrets pendant qu’ils mataient un film. Vivian trouvait ça marrant. Ça montrait à quel point Loreleï était accroc. Elle lui avait même dit une fois qu’elle l’aimait. Mais elle était en train de jouir. Pas sûr que ça compte.
Vivian avait lu un truc. Il aimait bien la philo.
- T’es amorale, tu sais ?
- Non. Je suis gentille. Je mange même pas d’animaux. C’est moral, ça !
- Non, amorale, c’est pas immorale. Pour le sexe, t’es amorale. Tu trouves pas les choses bien ou mauvaises. T’aimes ou t’aimes pas. Tu penses qu’au plaisir. Le tien, le mien. Pas aux autres, à ce qu’ils diraient ou à ce qui est bien vu.
Loreleï prit le temps de peser cette idée.
- C’est vrai. J’ai pas de préjugés. C’est pas comme si j’y connaissais quelque chose ! Je mate pas des pornos, moi !

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