12 août - Centre du plateau
Je reste là.
Je ne sais pas combien de temps.
Je prends le carnet. Je veux dessiner ce que je vois. Fixer les lignes, leurs directions, leurs proportions. Mais je ne peux pas.
Pas parce que c'est compliqué.
Parce que je ne sais pas par où commencer. Les lignes ne commencent pas. Elles sont déjà là, elles existent depuis avant que je les regarde, elles continueront après.
Je referme le carnet.
Je comprends quelque chose.
Pas avec des mots. Autrement.
Je reprends ma marche. Le son sous mes pieds a changé. Pas pierre. Pas métal. Autre chose. Je ne peux pas dire quoi.
Je m'arrête.
Je note.
Pierre - non.
Ligne - non.
Surface - non.
Je rature.
Je regarde ma main sur le carnet. Je sais ce que c'est. Mais le mot tarde. Comme si le mot et la chose avaient commencé à se séparer.
Main.
Oui. Main.
Je respire.
Je ris un peu. L'altitude. La fatigue. C'est normal de perdre le fil par moments, en haute montagne. Le cerveau manque d'oxygène. J'ai déjà vécu ça.
Je continue.
Chaque pas fait quelque chose. Pas un son. Pas une sensation exactement. Quelque chose entre les deux que je ne peux pas nommer.
Je regarde les lignes.
Elles ne sont pas dessinées.
Je dois écrire. Je dois poser des mots. Sinon ça disparaît.
Je suis sur le plateau.
Il y a…
Quelque chose.
Pas des ruines.
Pas…
Je ne peux pas dire.
Je continue.
Tant que je peux.

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