21. Yaretzi (Gatita)
Morts.
Tous leurs assaillants étaient morts.
Paco avait fini le combat au corps à corps. Des dizaines et des dizaines de cadavres s’entassaient dans l’entrée de la pièce. Il n’y avait eu aucun survivant.
Elle serrait tellement fort le manche du canif que les jointures de ses doigts commencèrent à saigner. La maladie rendait sa peau de plus en plus sèche et de plus en plus fragile. Elle sentait ses forces la quitter mais refusait de se laisser aller.
Paco était dos à elle, rempart infranchissable de la bataille. Ses épaules étaient affaissées vers l’avant. Il se retourna pour poser son regard exténué sur elle. Du bruit retentit derrière lui et Paco se retourna instantanément en pointant son arme dans la direction du son.
─ C’est nous ! C’est nous ! s’exclama la voix d’Al. Bon sang… quel carnage… Vous n’avez rien ?
Al et Carmen entrèrent dans la pièce en enjambant les piles de cadavres.
─ Tout va bien. Personne n’a été blessé, les informa Paco.
Au regard de Carmen, Yaretzi comprit aussitôt ce qu’elle avait découvert. Ses yeux brillaient. Tant de désespoir dans un regard fit de la peine à Yaretzi.
Il était temps.
Carmen et elle se firent un signe de tête entendu. Elles en avaient déjà discuté.
─ Vous pouvez nous laisser un moment ? demanda-t-elle faiblement.
Carmen et Al, la tête basse, sortirent de la pièce. Al jeta un dernier regard à Yaretzi avant de partir. Elle leur avait déjà fait ses adieux.
Paco releva la tête vers elle, inquiet. Il s’approcha.
─ Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta-t-il d’une voix d’enfant.
Il savait pertinemment la réponse.
─ Approche, Paco, dit-elle faiblement.
Il s’assit à ses côtés et planta ses iris bleues dans ses yeux.
─ Tu dois… savoir quelque chose, commença-t-elle. Il n’y a... pas de traitement.
Paco fut confus.
─ Quoi ? Mais si, Carmen et Al sont allés le chercher.
─ Pourquoi nous ne l’ont-ils pas donné alors ?
─ Je-
─ Ce traitement… il n’a jamais existé, Paco.
─ Arrête de dire ça. Bien sûr qu’il existe ! On ne serait pas venus sinon, c’est-… Regarde le nombre de personne dehors !
Elle sentait la détresse de Paco grandir à chaque mot. Elle plaça une main sur son torse.
─ Je m’en doutais… depuis le début. Je voulais juste… faire une dernière… aventure avec vous…
Elle sentait que ses dernières forces la quittaient. Elle avait de plus en plus de mal à respirer.
─ Et c’était… de loin… la meilleure…
─ Arrête de parler comme ça, Ezi ! On- On va trouver une autre solution. Le Liquéfieur ! Je vais- je vais le modifier pour qu’il soit plus puissant encore !
Elle secoua doucement la tête.
─ Ça ne… servira à rien.
Elle sentait ses paupières devenir de plus en plus lourdes. Elle était si fatiguée. Son corps commença à se détendre. Sa respiration était de plus en plus laborieuse. Paco la prit dans ses bras. Elle sentait le cœur de son sauveur battre à tout rompre. Cela contrastait avec le sien qui était si lent.
─ Tu… accompliras de… grandes choses… Tu as… tant d’amour à donner… je veux… que tu sois heureux…
Sa voix en était réduite à un murmure.
─ Je ne serai heureux qu’avec toi, Ezi !
Elle secoua la tête.
─ Mon seul regret… c’est qu’on… ne soit pas devenus… des sorcières… ensemble…
Paco la regardait, terrifié et conscient de la situation. Elle sentait qu’il tremblait. Ses yeux, ses beaux yeux bleus avec leurs petits reflets roses, elle les fixait sans s’en détacher. Sa safe place.
─ J’ai un… dernier service… à te demander…
─ Tout ce que tu veux !
Elle désigna du doigt l’arme qui avait lui servi à tuer leurs assaillants.
─ Je t’en prie… abrège mes souffrances…
Les yeux de Paco s’agrandirent.
─ Non…
─ Écoute-moi, Paquito. Je ne vais plus tenir longtemps… mon cœur, mes poumons… ils se durcissent de seconde en seconde… je vais bientôt m’étouffer… Je veux pas… mourir comme ça… Je veux… je veux que ce soit toi…
C’en fut trop pour Paco. Des larmes dévalèrent ses joues. Yaretzi pleurait aussi.
─ J’en… j’en serai pas capable…, s’étrangla-t-il.
─ Je t’en prie… je veux juste que… que ce soit rapide…
Paco la quitta des yeux et passa une main tremblante dans ses cheveux. Il regarda son arme. Puis Ezi. Il se mordit la lèvre. Elle voyait le débat intérieur qui faisait rage en lui. Il articula :
─ Tu… es ce qui m’est arrivé de mieux… et je- je t’oublierai pas. Je te le promets.
Il continuait de pleurer en parlant. Yaretzi avait arrêté.
Ses lèvres se posèrent une dernière fois sur les siennes. C’était chaud et agréable. Yaretzi sentit son cœur continuer de s’affaiblir. Elle se contentait de le regarder en souriant. Avec les dernières forces qui lui restaient, elle lui donna ses boucles d’oreille. Paco referma sa main sur cet ultime souvenir.
Il se recula, prit son pistolet en tremblant et le colla contre le front de sa bien-aimée. Il tremblait tellement. Elle lui adressa une ultime louange :
─ Tu as rendu… mon monde… un peu plus doux…
De nouvelles larmes s’ajoutèrent aux anciennes et Paco déglutit.
─ Je t’aime.
Il attendit un peu.
Et la lumière s’éteignit.
▻▸◉◂◅

Annotations