22. Carmen (Gatita)
Carmen et Al étaient silencieux. Ils avaient entendu Paco et Yaretzi s’échanger leurs derniers mots avant qu’un bruit sourd ne résonne.
Puis le silence.
Un silence oppressant, qui leur tomba dessus comme un couvercle en plomb. Dans la peur d’un second coup de feu, Carmen partit retrouver son cousin rapidement.
Paco était près du corps de Yaretzi. Il était calme. Il la regardait, simplement.
Ils s’approchèrent. Elle vit le point rouge sur le front de son amie et la flaque ensanglantée qui s’étendait sous elle. Paco releva la tête à son arrivée. Ses yeux étaient brillants mais toute trace d’émotion avait quitté son visage.
─ Je l’ai tuée, Carmen.
─ Tu as fait ce qu’il fallait, Paco.
Elle s’assit à côté de lui. La lanterne les éclairait faiblement. Elle prit sa main et se colla contre lui. Al s’assit de l’autre côté et posa la main sur son épaule.
Un sourire éternel étirait ses lèvres. Un sourire si doux. On aurait dit qu’elle dormait.
─ Le traitement n’existe pas, Paco. Elle est mieux là où elle est. Elle a… arrêté de souffrir.
─ Elle le savait et malgré tout, elle a voulu venir jusqu’ici. Juste… pour passer du temps avec nous.
─ Ça a bien marché, non ? répondit doucement Al. C’était une belle aventure.
─ Elle voulait devenir Sorcière.
─ Alors faisons tout pour exaucer son vœu.
Pendant plusieurs longues minutes, ils demeurèrent près du corps de leur amie, lui rendant silencieusement un dernier hommage.
Ils discutèrent ensuite du meilleur endroit pour l’enterrer. Dans la ville ? Impossible. Paco voulut l’enterrer dans une dune mais Carmen émit des réserves. Elle expliqua à Paco que les scientifiques du bâtiment récupéraient les corps. Elle pensait qu’ils seraient capables d’aller en chercher au-delà des frontières de Gatita.
Paco mit un moment avant de proposer de l’incinérer. Ils opinèrent du chef. Ils se rapprochèrent tous les trois dans une étreinte solide et le silence envahit de nouveau la pièce.
Le temps sembla durer une éternité.
La rumeur discrète d’une foule et des toussotements brisèrent la quiétude de leur recueillement. Paco se leva et prit le Liquéfieur. Il partit à la fenêtre et leur décrit l’origine des bruits. Dehors, des curieux s’étaient attroupés devant leur bâtiment suite aux bruits de lutte. Aucun n’avait été assez courageux pour venir les voir. Paco brandit le Liquéfieur et leur hurla :
─ C’est ça que vous voulez ?? Alors prenez-le, sales vautours !
Il jeta la machine dans la masse noire sous lui. Aussitôt, cela créa une émeute. Il revint vers Carmen.
─ On n’en a plus besoin de toute manière.
Il retourna se blottir auprès de ses amis. Malgré sa discrétion, Carmen ne put ignorer la manière dont sa voix se cassa sur la fin de sa phrase.
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Ils trouvèrent de vieux draps et autres tissus pour envelopper le corps de Yaretzi, réunirent des morceaux de bois (portes, pancartes) et construisirent un bûcher à l’extérieur de la ville.
Paco l’embrassa une dernière fois.
Puis, il mit feu au tas de bois avant de rejoindre Carmen et Al qui se tenaient la main. Il prit celle de sa cousine et la serra.
Paco ne versa pas une larme. Il la regarda devenir cendre jusqu’à la fin, avec sérénité.
Il était le dernier à se tenir près du bûcher. Il attendit jusqu’à ce que la dernière flamme s’éteigne. Quand tout fut terminé, il partit collecter quelques cendres qu’il mit dans une petite fiole. Le sang-froid dont il fit preuve fit frissonner Carmen.
Elle se dit que c’était le moment de leur raconter ce qu’elle avait vu exactement. Après s’être installé non loin des cendres, elle expliqua à son cousin et à Al la terrible réalité du faux traitement. Alors qu’Al devenait livide, Paco se contenta juste de serrer les dents, le regard sombre.
─ Il y avait un logo sur leur blouse, dit-elle gravement en plantant son regard dans celui de son cousin. Celui d’Heaven.
Les yeux de Paco se chargèrent de panique. Elle entendit son souffle se faire plus court.
─ Qu’est-ce que- Qu’est-ce qu’ils foutent là ?
─ Je ne sais pas… Peut-être que ça fait partie de leurs expérimentations.
─ Tu penses qu’ils savent qu’on est là ?
Carmen aurait voulu le rassurer, mais elle ne détenait pas ces réponses-là. Paco se leva.
─ J’y retournerai pas. Je ne les laisserai pas m’attraper. On s’en va.
Ils rassemblèrent rapidement leurs affaires et partirent vers l’Ouest. Loin du chaos de la ville. Loin de ce qui était mort avec Yaretzi.
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