23. Matt (Gatita)

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 Les immeubles tordus de Gatita se profilaient devant lui. Des informations qu’il avait obtenues, l’Alchimiste se trouvait dans le coin. Ce qu’il avait entendu n’était pas clair, mais sa présence avait été confirmée par deux de ses collègues.

 Matt n’attendait que ça. L’affronter de nouveau. Ils continueraient leur combat où ils l’avaient arrêté. Un match-nul n’était pas une solution. Le Mage Noir ne s’arrêterait pas tant qu’il ne l’aurait pas vu souffrir. Et ce, de quelque manière que ce soit.

 Matt se rendait à Gatita seul. Les Nomis qu’il avait croisés jusqu’alors l’avaient laissé tranquille, probablement dissuadés par sa longue cape noire. Aux abords de la ville, mieux valait penser à soi avant de s’occuper des autres.

 Il croisa trois personnes dans le Désert, à une vingtaine de mètres de lui, qui marchaient dans le sens inverse. Matt fut surpris de reconnaître la fille et le garçon rencontrés dans l’infirmerie de ce camp. La fille ne le regarda pas, mais le garçon si. Il sut qu’il l’avait reconnu. Son regard n’était pas agressif mais lui conseillait de ne pas s’approcher d’eux.

 Matt continua sa route. Ils ne l’intéressaient pas.

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 Il ne s’attendait pas à autant de mouvement dans la ville. Que pouvait-il bien se passer ?

 Il héla un des passants qui lui expliqua qu’une machine permettant de guérir du Souffle circulait et qu’il fallait qu’il se dépêche s’il voulait « sa dose ». L’homme repartit aussitôt dans la foule. Matt décida de le suivre. Une machine qui guérissait du Souffle ? Ça n’était pas possible. Ça n’existait pas. Tout le monde en parlerait depuis longtemps dans le cas contraire.

 La rumeur d’un traitement se répandait en échos chuchotés parmi les malades. Mais Matt n’était pas dupe. Un traitement ? Dans le monde actuel ? C’était impossible. La santé, ça le connaissait, il aurait été mis au courant. Quoi que fut ce « traitement », ce n’était qu’un mirage.

 Il y avait quelqu’un au bout de cette masse de gens. Il tenait une petite machine qu’il passait sur le corps de toutes les personnes qu’il croisait. Étrange, cette machine lui était familière…

 Il regarda tout autour de lui.

 Là !

 Il repéra aussitôt l’Alchimiste sur le toit d’un des bâtiments. Il scrutait la foule, les poings serrés. Puis, avant que Matt ait pu faire un pas dans sa direction, il disparut en sautant dans la masse de malades.

 Matt partit à sa recherche. Cette fois-ci, il le coincerait pour de bon ! Il se disait souvent que l’Alchimiste devait faire partie d’un camp que des Mages Noirs auraient cambriolé et qu’il en avait gardé de la rancœur au point de les traquer partout où ils allaient.

 Mais dans cette situation, Matt ne comprenait pas. Que faisait-il à Gatita ? Que venait-il y chercher exactement ?

 Ses pas le menèrent vers un grand bâtiment blanc et neuf qui contrastait avec le reste du paysage. C’était quoi, ce truc ? Les scientifiques, ça existait encore ? Mais qui les finançait ? Beaucoup de gens faisaient la queue pour pouvoir entrer dans le bâtiment. C’était sûrement là que le traitement dont tout le monde parlait était donné. C’était louche. Tous les gens de cette ville étaient malades et aucun ne se vantait d’avoir reçu un traitement.

 Matt continuait de scruter la foule quand une main tapota sur son épaule. Il se retourna vivement pour trouver cet enfoiré qui le narguait d’un geste de la main. Avant que Matt n’ait pu faire quoi que ce soit, son redoutable adversaire lui offrit deux doigts d’honneur avant de se fondre dans la foule. Le Mage Noir tenta de le suivre mais le perdit rapidement. Merde ! Quel culot !

 Il le retrouva un peu plus tard en train d’escalader la surface du bâtiment blanc. Qu’essayait-il de faire ? D’autres personnes le pointèrent du doigt et bientôt il eut toute l’attention de la foule.

 L’Alchimiste brisa une fenêtre et pénétra à l’intérieur du bâtiment. De longues minutes passèrent avant que deux masses gonflées ne soient éjectées du premier étage. Tout le monde convergea vers elles.

 Matt se fraya un chemin, intrigué par la situation. Alors qu’il s’apprêtait à trouver deux objets massifs gisants sur les pavés, il ouvrit des yeux ronds quand il vit qu’il s’agissait de personnes.

 ─ Mais je les connais ! Ils étaient là, à attendre il y a encore une heure ou deux !

 ─ C’est vrai, ça ! Ils étaient un peu plus loin devant, je le reconnais avec son tatouage tribal !

 Sur le sol, il y avait deux corps tellement boursoufflés qu’il était difficile de trouver leur visage. On aurait dit qu’ils avaient été gonflés de l’intérieur. Ils ne ressemblaient plus qu’à deux gros ballons de chairs. L’horreur prit possession de la foule.

 ─ Qu’est-ce qui leur est arrivé ?

 ─ Ils étaient censé prendre le traitement…

 ─ Je vous l’avais dit ! C’est du flanc tout ça !

 ─ Ils font des expériences sur les humains dans ce laboratoire, c’est certain !

 Alors que l’agitation des malades grandissait, l’Alchimiste réapparut à l’une des fenêtres, au troisième étage, cette fois-ci en compagnie de l’un des… scientifiques ? médecin ? qui travaillait là. Il le poussa dans le vide. Il était attaché à une corde, les bras derrière le dos et n’avait aucun moyen de s’en défaire. Il se balançait au-dessus de la foule. La réaction souhaitée ne se fit pas attendre et les gens commencèrent à lui demander des comptes.

 L’homme en blouse blanche fut bien obligé de répondre car l’Alchimiste menaçait de couper la corde qui le retenait.

 ─ Il n’y a pas de traitement ! Il est… Nous sommes encore en train de le tester !

 ─ C’est ça que vous appelez tester ?!

 ─ Pourquoi faites-vous ça ?!

 ─ Pour- pour trouver un vaccin…

 ─ Menteur !! Vous l’auriez déjà trouvé depuis longtemps !!

 ─ La vérité !

 ─ La vérité !

 Bientôt toute la masse malade scandait « La vérité ! La vérité ! La vérité ! ». L’homme leva les yeux vers l’Alchimiste qui le menaça avec son couteau.

 ─ D’accord ! D’accord… Nous… nous voulons éradiquer cette maladie. Mais… nous n’avons pas les moyens suffisants de trouver un remède alors… alors on nous a ordonné de tuer tous les porteurs.

 Un silence brutal s’empara de la place. Ils n’étaient que des bêtes en pâture finalement. Pire, des insectes qu’on écrasait avec le doigt parce qu’ils devenaient trop gênants. Matt fixa l’Alchimiste. Derrière son masque, impossible de savoir à quoi il pensait, mais il coupa la corde et le scientifique tomba dans la foule qui ne fit qu’une bouchée de lui. Ses cris s’arrêtèrent rapidement.

 De la fumée commença à sortir des fenêtres du bâtiment. Une alarme retentit, les portes s’ouvrirent et une dizaine de personnes de se précipita dehors. Elles s’arrêtèrent net devant les porteurs du virus. Quelqu’un appela à la vengeance et une vague géante déferla sur les personnes en blouses blanches.

 Cela n’intéressa pas Matt qui essayait de marcher à contre-courant. Il le chercha du regard, mais l’Alchimiste avait de nouveau disparu.

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FIN DE LA PARTIE 1

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