26. Paco
Profitant que ses amis se soient éloignés, Paco prit un comprimé. Il avait dû menacer un pharmacien pour qu’il lui donne deux boîtes d’anxiolytiques. Depuis Gatita, il se sentait perdre pied et ces comprimés l’aidaient à retrouver une forme de sérénité.
Il souffla et réajusta la chaîne autour de son cou qui le serrait un peu. Sa main se posa sur le pendentif à travers ses vêtements. Même s’il savait ce qu’il représentait, sa présence acheva de le calmer.
Paco avait décidé de remettre en état son arme la plus lourde. Une qui envoyait des boules en acier à une vitesse incroyable. C’était le lanceur de balles de tennis de Yaretzi, un de ses derniers souvenirs, en plus de l’anneau turquoise qui ornait désormais son oreille. En général, il s’en servait pour tirer dans des murs pour dégager un passage. Ou alors comme dissuasion. Aussitôt la dernière pièce clipsée, il arrêta son minuteur. Bien, seulement six minutes pour tout démonter et remonter. Malgré son état, il ne perdait pas la main. Il soupira de contentement et porta son regarda sur Carmen au loin qui marchait près d’un bassin.
Puis Al hurla depuis le haut d’une des structures à côté de lui.
- PACO !! IL Y A UN CROCODILE DANS LA PISCINE À VAGUES ET IL FONCE DROIT SUR CARMEN !!!
Paco partit aussitôt au mot « crocodile ». Il avait chargé précipitamment son arme lourde et emmenée avec lui.
Il courut comme il n’avait jamais couru, oubliant de respirer. Sa course lui fit traverser le vieux parc aquatique à une vitesse que même lui ne soupçonnait pas. Le monstre traçait des sillons dans l’eau verte de la piscine. Derrière lui, Al hurlait à Carmen de courir, mais elle ne l’entendait pas, trop occupée à regarder quelque chose dans l’eau.
La bête se rapprochait dangereusement de Carmen. Encore quelques secondes et ce serait trop tard. Paco accéléra et plongea sur elle au moment où le crocodile ouvrit sa gueule béante en sortant de l’eau.
La mâchoire se referma dans un clac sonore qui résonna dans tout le parc.
Paco tenait fermement Carmen contre lui. Il s’était projeté en dehors de la portée du crocodile. Une bête de cette taille, ce n’était plus un crocodile, mais un véritable monstre, un dinosaure ! Ses crocs étaient aussi grands que la main de Paco.
Paco ramena son arme devant lui alors que le reptile se dirigeait dans sa direction avec des pas lourds marquant sa faim. Il actionna la gâchette. Bloquée. Bloquée !! Il appuya dessus plusieurs fois alors que le mastodonte se dirigeait vers lui.
- FAIT CHIER !! hurla-t-il en donnant un coup de genou sous le chargeur.
Il enclencha de nouveau la gâchette qui s’actionna après une dernière résistance.
Une boule de métaux agglomérés défonça le crâne de la grosse bestiole qui s’effondra aussitôt sur le sol. Une mare de sang s’étendit sous elle.
Paco continua quand même de se reculer sur le sol, pour mettre le maximum de distance entre lui et le monstre mort, le bout de la queue encore dans la piscine. Il se frottait le menton car dans sa précipitation, il n’avait pas réajusté sa prise et le recul de l’arme au moment du tir avait cogné sa mâchoire. Il se mit des claques mentales pour n’avoir pas remboîté les pièces correctement. Ça n’arriverait plus jamais !
Il se retourna pour constater que sa cousine, bien que choquée, n’était pas blessée.
Elle se précipita sur Paco et l’enlaça. Elle tremblait. À moins que ce ne soit lui qui tremblait. Al ne mit pas longtemps à les rejoindre et se joignit à leur étreinte. Réunis et sécurité, ils prirent un moment pour se remettre de leurs émotions.
Alors que la tension baissait, Al proposa :
- Ça vous dit du crocodile, ce soir ?
Ils se tournèrent vers l’énorme crocodile. Il était tiré vers un autre bassin.
Un autre crocodile. Presque aussi gros. Et sorti sans un bruit de son étang.
À bonne distance, et encore dans leur étreinte collective, le groupe ne bougea pas d’un pouce, observant l’immense cadavre disparaître dans l’eau verdâtre.
Les yeux écarquillés, Paco leur dit tout bas :
- Tant pis pour notre repas de ce soir. Et ce ne serait pas mal de s’éloigner, histoire de ne pas devenir celui d’une autre de ces créatures.
- Tout à fait d’accord, répondit Carmen de la même façon.
Ils se levèrent et se reculèrent lentement. Quand ils furent à une bonne distance, ils partirent chercher leurs affaires et quittèrent le parc sans s’y éterniser davantage.
Ils s’installèrent à quelques kilomètres du parc. Paco remarqua qu’Al avait le regard dans le vide.
- Tout va bien ? lui demanda-t-il.
- J’ai trouvé l’utilité des lapins. Tu avais en partie raison, Paco. Ils élèvent bien des animaux ici. Mais ce sont les crocodiles les bêtes les plus importantes. Les lapins, c’est juste pour les nourrir.
Un court silence tomba sur le trio avant que Paco ne résume :
- Donc il y a un ou des types qui élèvent des crocodiles géants dans un lieu abandonné au milieu du désert. Qui ? et pourquoi ?
Sa question demeura sans réponse. Il ne dit rien, mais il avait déjà sa petite idée. Heaven. L’organisation pourrait être mêlée à cette affaire, il en caressait la certitude. Comme de bons prédateurs, ses dirigeants se déplaçaient dans l’ombre de Paco. Le jeune homme commença à se demander si les épreuves étaient également de leur fait.
Car, si c’était le cas, il était dans un sacré pétrin…

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