27. Matt
Il tourna sa carte dans un sens, puis dans l’autre. Et soupira. Non, il n’était pas perdu. Il avait juste un doute sur son orientation. Chasser un fantôme avec un masque de corbeau était plus difficile que ce qu’il avait cru.
De nouveau, il était parti en mission solitaire. Du moment qu’ils se tenaient à leurs règles internes, les Mages Noirs pouvaient faire ce qu’ils voulaient. Lui avait choisi de traquer et combattre leur pire ennemi, une mission spéciale qu’il ne pouvait qu’accomplir seul. Ce n’était pas qu’il ne faisait pas confiance à ses confrères, mais il réfléchissait mieux sans source de distraction. Seulement, pister l’Alchimiste était une tâche bien ardue. Il n’était même pas certain d’être parti dans la bonne direction.
Plusieurs fois, Matt s’était demandé d’où venait ce nom original. Était-ce les personnes qui l’avaient croisé qui le lui avait donné ? Ou bien se l’était-il lui attribué ? Souvent, dans le Désert, on trafiquait d’anciens objets pour leur donner une nouvelle utilité. Mais l’Alchimiste, lui, créait à partir de rien, comme s’il avait le pouvoir de fusionner n’importe quels matériaux pour en faire ce qu’il voulait. Malgré son aversion pour ce rival gênant, Matt reconnaissait qu’il était doué.
Il mit la main devant ses yeux. Le soleil se couchait pile dans une fissure de la paroi rocheuse qui l’entourait. Matt se trouvait dans un ancien quartier pavillonnaire, construit à flanc de falaises. L’endroit n’avait pas trop souffert des tempêtes de sable. Il se dirigea vers une maison qui paraissait encore neuve. Ce serait le lieu idéal pour établir son campement.
À peine entré, un bruit anormal résonna dans les rues et se répercuta sur les parois abruptes. Une sorte de grondement dont il était difficile d’établir la provenance. C’était fort, très fort. Le sol vibrait sous les pieds de Matt.
Puis, tout s’arrêta aussi brusquement que ça avait commencé.
Prudent, Matt referma la porte et alla se poster discrètement à la fenêtre. Il écarquilla les yeux d’horreur.
Dehors, des dizaines et des dizaines d’androïdes sortaient dans les allées, de derrière les maisons, passant entre elles. Ils ressemblaient à des statues en pierre ornant les palais aztèques mais la réflexion de la lumière fit comprendre à Matt qu’ils étaient faits d’un alliage de plusieurs métaux. Les instincts primaires du médecin ressentaient le danger qui se dégageait de ces figures automatisées. Il avait une impression de déjà-vu, ses figures lui étaient désagréablement familières…
À quoi servaient-elles ? D’où venaient-elles ? Qui les envoyait ? Y en avait-il d’autres qui étaient sorties ailleurs, dans d’autres villes ? Le flot de question disparu soudain de la tête de Matt quand des pas métalliques se rapprochèrent de lui. La peur le paralysa.
Il ferma fort les yeux et attendit, aussi immobile qu’une statue. Cinq minutes. Dix minutes. Quinze. Mais rien ne se produisit. Il rouvrit les yeux.
Les robots avaient tous disparus.
Cette nuit-là, Matt dormit d’un sommeil agité. Au moindre bruit, il se réveillait en sursauts, en sueur, prêt à tomber nez-à-nez avec la silhouette d’un robot.
Il plaignait déjà les malheureux qui croiseraient leur route.

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